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SCÈNE CHAMPÊTRE

(Pinacothèque de Munich).

11 ne paraît pas d'ailleurs que, pour se tirer d'affaire, Pieter Potter ait trouvé à Leyde plus de facilités qu'à Enkhuizen, car deux ans après il se fixait a Amsterdam où, le 14 juillet 1631, il achetait le droit de bourgeoisie. Dans ce milieu plus riche et plus important, il allait mieux donner la mesure de son talent. Comme plusieurs des peintres de cette génération, nous le voyons occupé à traiter des sujets militaires : embuscades, escarmouches, attaques de convois, etc., et le nombre des tableaux de ce genre qui nous ont été conservés prouve assez que de tels faits étaient encore fréquents et que le pays était loin d'être pacifié. Le Corps de Garde, daté de 1633, qui appartenait également à M. Werner Dahl, nous montre des soudards installés dans une grange où ils ont amassé les produits de leurs pillages, des sacs, des armes, des provisions, prétextes pour le peintre de meubler un coin de son premier plan d'accessoires formant un véritable tableau de nature morte. Les soldats jouent et devisent entre eux, tandis que leur chef donne des ordres à des rabatteurs qui lui amènent des prisonniers élégamment vêtus, à la mine piteuse et suppliante. La scène est assez bien ordonnée, mais les types sont vulgaires, les proportions mal définies et la touche molle et indécise. Il y a plus de talent et de distinction dans un charmant panneau du Ryksmuseum d'Amsterdam, le Haeheur de paille, dont la composition, le clair-obscur et l'exécution elle-même font un des chefs-d'œuvre de l'artiste. A la date de 1629, les Joueurs de Trictrac, du musée de Copenhague, nous offrent, avec des qualités pareilles, une peinture un

M PAUL POTTEH.

peu plus rude et plus mince, mais qui laisse jouer la transparence des dessous bistres.

Des eaux-fortes de Pieter Nolpe nous font aussi connaître d'autres ouvrages de Potter assez insignifiants, bien que les visées en soient plus ambitieuses, comme les Episodes de la vie du Prophète Elie, ou un Hercule entre le vice et la vertu, qui est tout à fait grotesque. On le voit, l'artiste se croit de taille à aborder tous les sujets et, du reste, cette souplesse de son talent l'avait mis en vue, car après la réception à Amsterdam de la reine d'Angleterre, le 28 mai 1628, c'est lui qui fut chargé de dessiner une longue frise représentant la cavalcade organisée en son honneur et qui nous est aujourd'hui connue par les gravures de Pieter Nolpe. Les cavaliers escortant le carrosse de la reine avaient été choisis dans la plus haute société et, parmi leurs noms placés au-dessous d'eux, nous remarquons ceux de Tbollinx et de Tulp dont les familles furent, on le sait, en relations avec Rembrandt, et Paul Potter, nous le verrons plus tard, devait être lui-même le protégé du Dr Tulp.

D'autres sujets traités par Pieter Potter et gravés également par Nolpe ont pour nous plus d'intérêt. Nous voulons parlér d'une suite des Quatre saisons : le Printemps. avec des vaches sortant joyeusement de rétable, motif que Paul Potter reprendra dans le délicieux tableau de la collection du comte Czernin ; Y Eté avec une tonte de brebis, dans un site montagneux ; Y Automne, une écurie avec des vaches et à côté une femme qui fait la lessive ; enfin Y Hiver, un canal glacé sur lequel s'ébattent de nombreux

PAUL POTTER. c27 patineurs, des gens qui jouent aux boules, des traîneaux, et des chevaux dételés devant une auberge, une scène pleine de vie et de mouvement.

Un tableau daté de 1638, au musée de La Haye, Berger et Bergères, est une sorte d'idylle champêtre, avec des vaches, des chèvres, des moutons et des patres dans un paysage aimable où l'on découvre à l'horizon les sinuosités d'une rivière. Les animaux, il est vrai, sont inertes, et les personnages posent dans des attitudes compassées. Cependant cette pastorale ne manque pas d'une certaine grâce rustique; et les arbres indiqués par un léger frottis jaunâtre contrastent agréablement avec un ciel gris bleu, d'un ton assez fin. D'autres sujets d'une simplicité pareille, en même temps qu'ils nous révèlent les tendances qui commencent à prévaloir dans l'école hollandaise, sont aussi pour nous des preuves irrécusables du plaisir que Pieter Potter prenait à peindre les animaux et de l'influence que, par conséquent, il a dû exercer sur la vocation et sur le développement artistique de son fils.

En dépit de cette active production et de la réputation qui peu à peu lui était venue, la vie continuait à être dure pour le pauvre artiste. Mais il ne cessait pas de travailler vaillamment. Espérant ajouter un peu à ses ressources, il entreprenait de diriger en tiers une fabrique de cuirs dorés. 11 ne semble pas que cette industrie ait prospéré, car le 26 avril 1646, il faisait poursuivre un certain Gerrit Cocq, marié à la veuve d'un de ses associés. Sans renoncer à son droit de bourgeoisie à Amsterdam, il avait essayé par deux

fois de trouver ailleurs une existence moins précaire : d'abord à La Haye, où en 1647 il est porté sur les listes de la gilde de Saint-Luc ; puis à Delft où, la même année, il est affilié à la gilde de cette ville. Ces tentatives ne lui ayant pas mieux réussi, il retourne à Amsterdam et deux ans après, le 15 février 1649, il s'y fait délivrer, nous ignorons pour quel motif, un « certificat de bonne vie et mœurs » avec l'assistance de quatre témoins, habitant comme lui Amsterdam, et parmi lesquels nous relevons le nom du peintre Barthélemi Breemberg. Tous déclarent qu'ayant pendant de longues années vécu familièrement avec lui, « ils le tiennent pour très honorable, très posé et très laborieux ; qu'il s'est toujours comporté comme un homme sensé, plein de jugement, de probité et de religion ».

Jusqu'au bout la fortune devait rester impitoyable pour Pieter Potter. Ses dernières années se passaient pour lui dans une gêne extrême et, âgé d'environ cinquante-deux ans, il était enterré à la Vieille-Eglise le 4 octobrè 1652. Si ses funérailles ne furent pas — comme il est arrivé à un trop grand nombre de peintres hollandais, même les plus notables, — celles de la classe des pauvres, il le dut à la piété de son fils Paul qui, moyennant le paiement d'une somme de 10 florins, lui assurait un enterrement convenable. En tout cas, il était mort insolvable et l'inventaire dressé le 11 octobre suivant, à la requête de l'apothicaire Dirck Leuven et d'autres créanciers, ne comprend qu'un très pauvre mobilier d'artiste : quelques tableaux inachevés,

une vieille guitare, des faïences ébréchées, etc., épaves de cette existence aventureuse et toujours misérable. La vie ne lui avait pas été clémente et sa modeste réputation devait être, après sa mort, complètement éclipsée par l'éclat de la célébrité de son fils. Par ses leçons et ses exemples, il méritait du moins de revivre en ce fils qui allait glorieusement réaliser ses aspirations.

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