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non pour une seule, mais pour plusieurs
espèces de matières. » On reconnaît des … idées bergsonniennes, auxquelles Valéry … est d’ailleurs arrivé par une voie tout à fait indépendante. Ses intuitions, Valéry ne … pourrait peut-être pas les organiser en philosophe, faute de technique, car cette … anti-technique qu’est, pour M. Bergson, la
philosophie pure, ne peut venir au jour
de l'intelligence que par une technique !
d'autant plus serrée qu’on va chercher plus loin, aux antipodes de la technique, une philosophie plus pure. Mais surtout
il ne veut pas les organiser en philosophe.
En tant que poète, il choisit de ne pas être un esprit, et d’être un homme. Il
choisit d’être celui qui choisit ét non celui qui refuse de choisir. « C’est celui en nous qui choisit et c’est celui qui met en œuvre, qu'il faut exercer sans
repos. Le reste, qui ne dépend de per-
sonne, est inutile à invoquer, comme la
pluie. On le baptise, on le défie, on
le tourmente vainement. » |
Comme la pluie ? Ce « reste » ne ressemble-t-1l pas plutôt à la mer, qui isole les hommes, qui paraît les séparer de l’univers, mais qui, finalement, devient pour eux une excitation au voyage et un moyén de communiquer ? Répétons encore ce propos tout mallarméen de Valéry, et voyons l’image de la page blanche coincider avec celle de l’étendue marine.
« Celui que n’a pas regardé dans la blan-
cheur de son papier une image troublée par le possible, et par le regret de tous les Signes qui ne seront pas choisis, celui-là ne connaît pas davantage. la richesse et la ressource et l'étendue spirituelle Le illumine, le fait conscient de construire.
Construire un navire, et partir | Dans |
. Eupalinos le Socrate réel, le philosophe, n'existe que parce qu’il a abandonné sur sa route tous ces Socrates possibles, choisisseurs et artisans, architectes et poètes,
qui sont devenus Idées. Mais en les abandonnant il n’a pas seulement jalonné la route qui le conduisait à la philosophie, il a créé cette route. Ainsi le sacrifice des signes qui ne seront pas choisis est un
sacrifice fécond, comme celui d’Iphigénie,
et donne la victoire au signe choisi. La mer paraît devoir engloutir le tronc d’arbre qu'elle reçoit, mais ce tronc d’arbre est creux, et les lois de la pesanteur, au lieu de le couler, le soutiennent.
Seulement, il faut avoir confiance en la
mer, confiance en la page blanche. Regard sur la totalité, choix du parti, il y
a là deux esprits à allier, analogues à l’es-
prit de finesse et à l’esprit de géométrie :
l’un qui se rend compte de la complexité
des choses, et qui, s’il était seul, s’abîmerait dans la méditation, le détail, la division infinie de cette complexité ; l’autre
qui tranche dans le vif, qui réalise par l’action une simplicité efficace. La mer-
veille d’un Léonard, c’est d’avoir poussé l’un et l’autre à un degré incroyable, d’a-
voir fait de l’un une raison de ménager et
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d'approfondir l’autre. Valéry écrit, dans l’Introduction, contre Pascal une page qui tombe un peu à faux, car Pascal, en discernant ces deux esprits, n’a jamais entendu sacrifier l’un à l’autre. Et à propos du prétendu abîme de Pascal il dit de Léonard : « Un abîme le ferait songer à un pont. Un abîme pourrait servir aux essais de quelque oiseau mécanique. » Il faut, à la limite de nos choix, de nos techniques, de nos arts, des abîmes de ce genre, les abîimes du hasard, du possible, de la page blanche, pour que l'ingénieur spiri- tuel, le « génie » lance ses ponts et ses machines ailées.
L'espace, a soi pareil, qu’il s’accroisse ou se ne, Éprouve, avec l'ennui des feux vils pour témoin, Ques’est d'un astre en fête allumé le génie *.
Cette dualité en somme harmonieuse, poussée à ses plans extrêmes par Léonard, on la retrouve d’ailleurs, à la manière de deux sexes, de deux ordres, dans toute
or Mallarmé.
dE PAUL VALÉRS 0.