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Prologue à' Une Révolution par L. IMénard, en feuilletons cousus

2 eaux-fortes de Rembrandt : La Mort de la Vierge, — Prédication au Désert, encadrées.

2 eaux-fortes d'Albert Durer : La Melancholia, — Saint- Gérôme.

Ces 4 eaux-fortes ci- dessus sont dans le petit salon, sauf Melancholia qui est dans ma chambre.

4 portraits-charges d'A. Rimbaud, par lui-même.

2 photographies du précédent.

Une reproduction photographique par Carjat du dessin de Daumier représentant le massacre de la rue Transnonnain.

Egalement, un dessin de Gill sur la Commune, avec dédicace.

Plusieurs livres de Vermersch. Les Hommes du jour, deux volumes. Binettes rimées. Le testament du sieur Vermersch. Avec dédicaces.

Madame Putiphar, par Petrus Borel, édition du temps avec eaux-fortes initiales, 2 volumes.

Champavert, par le même, édition de Bruxelles,, avec eaux fortes initiales.

Fortunio par Th. Gautier, édition princeps.

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Un recueil de pièces xviiie siècle, entre autres Ninctle à la Cour, par Favart, avec une eau-forte initiale.

Deux habits noirs.

Un chapeau rond.

Chaussettes, chemises, etc., habits d'hiver et d'été, cols, cravates, etc..

Dans une lettre postérieure, Verlaine ajoutait à cette liste les objets ci-après :

Ma mère t'a remis la liste des bibelots qu'ils me gardent : ajoutes-y ceci :

Une Vénus de Milo, réduction Colas.

Les Délices du Brabanl, i volumes, xvii* siècle, avec une centaine d'eaux-fortes.

Un Sabbat (lithographie) de L. Boulanger.

Et écris-moi à ce sujet avec l'ordre et la marche.

Je déménagerai sans doute bientôt. En attendant nouvelles, écris-moi toujours 3i-3o Howland Street W. Fitzroy. Je souligne 34, parce qu'ici les numéros se ressemblent sans se suivre par pairs et par impairs, mais papillonnent scandaleusement au gré du vent.

Le procès en séparition, cependant, se poursuivait, et faisait, à Londres, l'objet des préoccupations constantes de l'exilé volontaire. La lettre suivante montre l'état d'âme de Verlaine, à celte mélancolique, et pas encore entièrement désastreuse époque de sa vie

Londres, le i4 novembre 1872.

Mon cher Edmond,

Je t'écris beaucoup, parce que je m'ennuie beaucoup, et qu'il fait bon causer avec une vieille branche comme toi, surtout une vieille branche de salut, en les écœurements que voici.

Et puis, je crois utile de te renseigner sur mes derniers agissements. Rimbaud a récemment écrit à sa mère pour l'avertir de tout ce que l'on disait et faisait contre nous, et je suis à présent en correspondance réglée avec elle. Je lui ai donné ton adresse, celle de ta mère, celle des .Mauté, celle de

CROQUIS LONDONIENS 3oy

M. Istace et celle des deux avoués ; tu sais que le mien est Me Perard, rue du Quatre-Septembre. Tu as d'ailleurs reçu mon pouvoir. — Par des retards, d'ailleurs très concevables, vu l'état de la mer, les lettres sont à présent très irrégulièrement expédiées et distribuées ; c'est encore une raison de ma loquacité .

Comment est-ce qu'on procède? Est-ce que les deux avoués se mettent en rapport ? Cela me semble logique, afin qu'il n'y ait nulle surprise le jour de l'audience. Mais il n'y a pas de logique avec la loi, que tous sont censés connaître. Donc veuille me renseigner et renseigner ma mère. Renseigne-la aussi sur les reprises permises à l'adversaire, sur le droit, selon moi monstrueux, qu'il pourrait avoir de garder mes livres, mes vêtements et mes correspondances, papiers et souvenirs personnels. Enfin, je t'en supplie, puisque tu m'as offert ton bon concours, fais diligence autant que tes occupations te le permettront, et, quand tu m'écriras, dis-moi tous les propos, cancans.

Vois-tu toujours ma femme? les Sivry, Carjat, Pelletan ? T'a-t-on fait part des preuves ! ! des aveux ! ! des lettres ! ! ! des projets, des arrière-pensées ? Qu'est-ce que c'est que ces gens qui sont venus chez ma mère,au sujet de Rimbaud, soidisant ? Et cette invitation à mol adressée par le commissaire de police d'avoir à me présenter devant lui tel jour, alors que le commissaire de police, étant du quartier Nicolet, savait parfaitement, par les démarches faites auprès de lui par les Mauté, lors de mon départ de Paris, que je n'y demeurais plus? Ma mère t'a-t-elle fait part de la très folle lettre, commençant par (( ma chère maman », et signée « Anna » (qui est le nom de la bonne que j'avais, rue Cardinal-Lemoine), laquelle lettre, datée de Liège, pour Bruxelles, est parvenue à mon adresse, à mon hôtel, trois jours après le retour à Paris de ma mère, et un jour après Tapparition, à la poste restante, d'une grosse dame, marquée de petite vérole, très rouge, petite, et vêtue d'une robe couleur sombre, laquelle dame a demandé mon adresse que j'ai immédiatement donnée à l'employé? T'a-t-elle dit aussi que, quelques jours auparavant, un Monsieur avait fait la même démarche, que, malgré les adresses données, personne ne s'est présenté à mes domiciks, lesquels d'ailleurs n'ont jamais été ignorés de mes beaux-parents?

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La lettre dont je parle était complètement incompréhensible; seulement, outre le nom d'Anna, déjà caractéristique, il y avait, loUement appliqués, les noms d'Emma et de Charles. II y avait cette expression allemande, que connaissaient ma femme et ma belle-mère : << dormir avec » ; l'écriture était visiblement dég'uisce, et trop pas assez retournée, pour être naturelle. Entin, des fautes d'orthographe particulières ne me laissent aucun doute sur la provenance quelconque de cette mystification impudente. De son côté, Mi"c Rimbaud, elle me l'a écrit, a reçu à plusieurs reprises des lettres anonymes contre son fils. J'attends une nouvelle lettre d'elle pour connaître leur provenance et leurs détails. Il y a, dans toutes ces circonstances, un évident filet dont les mailles doivent être et peuvent être rompues. C'est pourquoi je t'en fais part, afin que tu m'aides de toute ton amicale intuition à épousseter cette toile d'araignée.

Ci-joint trois exemplaires des vers à Bibi, imprimés hier dans l'Avenir. C'est bien vieux, déjà, tu dois les connaître [les Vaincus], mais c'est enfin d'ici. Il y en a deux pour Valade et Blémont. Si tu vois le premier, vitupère sur son silence, ainsi que le jeune Gavroche [Forain], Gros et Cabaner.

J'attends bien prochainement lettre tienne, et suis toujours lien.

P. Verlaink.

Amitiés chez toi. Félicitations sur ta traduction de Swînburne.

Dans une lettre postérieure d'un mois, Verlaine semble faire effort pour écarter de son esprit le tracas du procès. Il me reproche même de l'en entretenir exclusivement dans mes lettres. Il revient aux a Croquis Londoniens ».

Londres, 26 décembre 187a.

Mon cher ami, J'ai, contre mon habitude, tardé à te répondre. N'en accuse que toi. Pourquoi ne me parler que de ce vilain procès, aussi? J'admets tes préoccupations à mon égard, pour son

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issue, mais j'ai, je crois, les miennes qui ne m'empêchent pas, quand je t'écris, âc couper le vin pur des affaires avec cette eau, qu'on pourrait dénommer « légère », en antithèse de celle de Lourdes, et qui est le cancan, le potin, j'entends le potin innocent, le cancan solus, paaper, nudus, et non la preuve... en séparation. Mais il est dit que, de cette lettre, e balaierai toute allusion à cette stupide affaire.

Croquis londoniens : hum ! hum ! nalla dies sine. . .

Cueilli sur le carreau immonde d'une fenêtre à guillotine d'une chambre, voisine de la mienne, et écrit, avec le doigt du locataire, parmi la crasse, ceci : « Very dirty » ! [Très sale !j C'est anglais, n'est-ce pas ? Mais quoi ? ça y est depuis trois mois. N'est-ce pas chez Nicolet que je loge ? J'entends l'honnête Nicolet, celui à la corde. Rien de la rue Mauté, où je logeais, — hélas!

Les grenadiers, splendides hommes en rouge, frisés et pommadés,donnent le bras, moyennant six pence, le dimanche, aux dames. Mais c'est autre chose pour les « Horse guards », cuirassés, bottés, casqués à tresses blanches, un shilling ! dame ! Ceci m'est affirmé par un Anglais, nommé Méjamel, ami de Régamey...

Les nègres des cafés-concerts sont épatants; le climat aussi, qui est, au moins cet hiver, d'une douceur d'ange. Rien du quartier « Angels », oh ! la ! la ! Il fait un soleil de mai, aujourd'hui.

Christmas hier \ Un dimanche plus pire, aujourd'hui, presque aussi bondieusard ! Pourtant l'oie, the Goose, est exquise. M'en être bondé, ces jours-ci, chez insulaires, loith apple sauce.

Bien triste, pourtant. Tout seul. Rimbaud (que tu ne connais pas, et que je suis le seul à connaître) n'est plus là. Vide affreux. Le reste m'est égal, c'est des canailles. G. Q. F. D., et ce qui le sera, démontré, mais chut ! zut !

Je sais à peu près l'anglais, mais comme c'est drôle !

Spleen ne signifie que rate en anglais,

Bitter — bière amèrc (lebitter, apéritif, est inconnu).

Pale Aie n'a pas lieu.

Beef Steack n'existe pas .

AU right .' ne veut pas dire : tout droit, mais : c'est bien!

// yoa please, abstÊcde. On dit : Pleasef

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Price? Non ! On dit : How mach ?

Cliop veut dire : côtelette de mouton.

Water Ctoset est une épouvantable indécence ; on dit (aux garçons) : Deuble-you si, W.-C.

/nn, pris comme cabaret, bonne blague; on dit : publichousc, et « the public can », c'est ie mastroquet.

Slop n'existe que sur les bateaux ; aux cochers, on dit : niuch obliged !

A propos, il paraît que ma femme se rigole chez a eux » tous les mercredis . Cependant ma mère a été en grand danger : érysipèle, et mon fils continue d'être le petit captif des Mauté.

J'exclus toute chose d'afï'aire en cette lettre-ci. Je t'en écrirai prochainement.

Vois-tu les Sivry ? Entends-tu des potins? Amitiés chez toi.

Ton bien dévoué, à qui tu vas répondre, n'est-ce pas?

P. Verlaine.

La lettre suivante est d'un ton rasséréné : Verlaine écrit en homme qui s'est raisonné et a fini par prendre son parti. On remarquera qu'il envisag-e l'éventualité d'un nouveau ménag-e, d'un recommencement d'existence à deux, projet qu'il ne devait mettre à exécution qu'aux approches de sa mort.

Mon cher Edmond,

Tout d'abord mes félicitations à propos de la naissance d'une petite fille. Fassent les Dieux qu'elle ait un plus heureux sort que mon pauvre petit volé ! Amen !

Ma vie ici va changer. Rimbaud doit repartir cette semaine pour Charleville, et ma mère va venir ici. Sa présence auprès de moi, outre qu'elle me fera un immense plaisir, me sera lr.;s utile au point de vue de la « respectability ». Il est probable que nous louerons une petite maison dans les quartiers bon marché, qui sont très nombreux ici, de même que la vie est cent fois moins chère qu'à Paris, le climat cent fois plus sain, et l'occupation infiniment plus facile à trouver.

Alors ma vie redeviendra heureuse, et, ayant tout à fait ou-

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blié ces vilaines gens, je me referai une tranquillité, et qui sait? peut-être un ménag-e. Dame ! on m'autorise à toute revanche.

Je ne vois pas, après avoir tant souffert, tant supplié, tant pardonné, alors qu'on m'attaque monstrueusement, qu'on offense ma sainte mère, et qu'on la blesse dans toutes ses affections, avec toutes les ingratitudes, je ne vois pas pourquoi je renoncerais aux joies d'un ménage honnête, bien que M. le maire de Montmartre n'y ait pas passé. Il y a seulement trois mois, je n'eusse pas parlé ainsi, mais depuis, tant d'offenses m'ont désabusé, tant de masques ont été jetés, tant de perfidie s'est cyniquement dévoilée, qu'en vérité je crains que tout ne soit bien fini, et qu'il ne me reste plus, sauf un quasi m.iracle, que je n'invoque même plus, dégoûté que je suis de croire encore, qu'à prendre mon parti en brave et honnête homme bafoué, mais qui saura un jour mesurer sa douleur à son définitif mépris.

Me voici, diras-tu, bien enfoncé maintenant dans l'Anglicisme, pour avoir commencé par dégobiller sur ce pays-ci tant de griefs (légitimes en partie). — Mon Dieu! voici. Je te parlais, je crois, dans une de mes dernières lettres, de ma recherche de ce qu'il pouvait y avoir de bien ici . Je crois avoir trouvé : c'est quelque chose de très doux, d'enfantin presque, de très jeune, de très candide, avec des brutalités et des gaietés amusantes et charmantes. Pour trouver cela, il faut percer bien des puits artésiens, surmonter bien des préjugés, bien des iiabitudes; — évidemment, ces gens-ci ne nous valent pas ; ils sont moins bons que nous, en ce sens qu'ils sont trop chauvins, et d'une désespérante spécialité d'àme,decœur et d'esprit Mais leur spécialité est exquise, et même, il y a, dans cette espèce d'égoïsme, une très grande candeur, je le répète. Leurs ridicules n'ont rien d'odieux. La famille, qui est stupide en France, parce qu'elle est faible, est ici tellement organisée que les plus bohèmes s'y laisseraient prendre. — Ces observations résultent de tout ce qu'il m'a été donné d'entendre dire, et même chanter, dans les cafés-concerts, mine admirable, en tous pays, d'information sur le vif, n'est-ce pas? et aussi de tout ce que j'ai appris chez les quelques gens que je connaisici. Il va sans dire que c'est sous toutes réserves, et sauf plus amples études, qui pourraient modifier mon dire, que je te griffonne ce petit morceau édifiant.

Rien de neuf ici, si ce n'est la présence, entre autres tableaux Iraut-ais (Manet, Monet, liarpignies, Renoir, etc.), du Coin de Table de Fantin. Nous sortons de nous revoir. C'a été acheté 400 livres (10.000 francs) par uu richard de Manchester. Fantiii lor ever I II y a aussi une dizaine de tableaux de fleurs vendus proportionnellement aussi bien.

Je vais porter chez l'iroprimeur les Romances sans paroles, i parties :

Romances sans paroles. — Paysages belges. — Nuit falote (xviii« siècle populaire). — Birds in the night. Avec ceci pour épigraphe :

« En robe grise et verte avec des ruches, Un jour de juin que j'étais soucieux.

Elle apparut souriante à mes yeux, Qui l'admiraient sans redouter d'embûches. »

400 vers à peu près en tout, tu auras ça dès paru, c'est-àdire eu janvier d873.

Envoie-moi donc ta nouvelle adresse, je l'ai perdue. Et des vers, si tu en fais encore, homme occupé.

Ton vieux fidèle, P. Verlaine.

Rimbaud, cependant, avait quitté son ami. L'aventureux g-arçon, déjà pratique et fort ég-oïste, estimait n'avoir plus rien à faire en Ang-leterre. Il avait mis à profit son séjour à Londres, aux frais de Verlaine. Il avait fréquenté le British Muséum, autant que les tavernes, s'était initié aux mœurs britanniques, avait appins l'ang'iais, acquis de plus de l'expérience, et fait comme un apprentissage de sa future carrière d'explorateur, de commerçant, d'homme d'affaires. Ce séjour à Londres lui fut fort utile. C'est là qu'il se mua en homme pratique, qu'il devint apte aux choses de commerce.

Verlaine, séparé de celui qu'on considérait comme son insépairable, fut saisi par l'ennui, dans son isolement londonien. Il cessa de m'adresser ses croquis humouristiques. Il souffrait d'une double nostalgie. L'éloig-ne-

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ment de Rimbaud le laissait tout entier à ses pensées, le livrait à l'ennui, et le souvenir de sa femme, les soucis du procès en cours, lui rendirent plus intolérables la solitude et l'exil. Il tomba malade et pensa mourir. Il télégraphia à sa mère, à sa femme et à Rimbaud, les suppliant de venir. Il me fit part, seulement quelques jours après, de sa maladie et de son désarroi, n'ayant pas eu, dit-il, ma nouvelle adresse, qu'il me réclamait dans sa dernière lettre.

Londres, samedi.

Mon cher ami.

Si je ne t'ai pas écrit, c'est par l'unique raison que j'ignorais ta nouvelle adresse, sans quoi tu eusses reçu, voilà huit jours, en même temps que les deux ou trois que je considère comme m.es amis sérieux, une espèce de lettre de fairepart, où je leur faisais mes adieux.

En même temps, je télégraphiais à ma femme de venir vite, car je me sentais positivement crever. Ma mère seule vint, et c'est d'elle que je tiens ton adresse nouvelle.

Deux jours après, Rimhaud, parti d'ici depuis plus d'un mois, arrivait, et ses bons soins, joints à ceux de ma mère et de ma cousine, ont réussi à me sauver cette fois, non certes d'une claquaison prochaine, mais d'une crise qui eût été mortelle dans la solitude.

Je te supplie de m'écrire. J'ai bien besoin de témoignages amicaux. Dis-moi où en est le référé?

Je m'occupe de mon petit volume, seulement j'aurais besoin d'an type. Veuille donc m'acheter un exemplaire des Fêtes Galantes, et me l'envoyer vite. Je te rembourserai immédiatement.

L'heure me presse, et d'ailleurs ma faiblesse est extrême. Je te serre la main.

P. V., toujours à Howland Street, 34-35, W.

Inquiet sur l'état physique et moral de mon ami, je m'empressai de lui écrire. Il me rassura en ces termes,

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OUI amertume domine, mais qui cependant indiquaient plus de calme cl une reprise d'énerg-ie :

Mon cher ami.

Merci bien de ta cordiale lettre. Mon mieux continue, bien que ma santé soit toujours très précaire, au point que je crains — diiai-jeque je crains ou que j'espère ? — ne vivre plus bien lonjçftemps.

D'ailleurs, on m'a cassé ma vie par mille cochonneries perfides et grossières, et sans être positivement une sensitive, tout ça m'a tué par de^é. Aussi ai-je, à présent qu'on m'a bien abreuvé, que j'ai tout tenté pour guérir ma malheureuse femme de sa folie, — sinon la sérénité, du moins la résignation d'un juste. Je ferai donc le procès puisqu'on m'y accule, je poursuivrai l'action en référé (occupe-t'en dès que tu pourras) — et, eu attendant, je travaillerai mordicus ! Je n'attends que les Fêles Galantes pour livrer mon petit bouquin à l'impression. Veuille me les envoyer au plus vite.

Quel que soit mon désir d'apprendre l'anglais, et bien que Paris me répugne immensément, je suivrais ton conseil d'y retourner, si je n'avais la certitude que j'y courrais les plus grands risques. Outre les i< attentions » officieuses des gens de la rue Xicolet, j'ai les pieiwes qu'on poursuit, de par l'autorité militaire, tout ce qu'a épargné la justice civile. Je les tiens, ces preuves, d'un employé (ancien) de m.airie, qui n'a échappé que par sa fuite, ici, à un mandat d'amener contre tous ceux qui sont restés.

De plus, et ceci pour ta gouverne, il se pourrait très bien que les troubades revinssent sur les jugements civils. La mort du grand homme iThiers] crie vengeance, et les Gaveaux restant fie commandant Gaveau,qui requit devant les conseils de guerre] tiennent à honorer ses mânes en tapant sur le tas encore pas emprisonné des communards. Ceci est également très sérieux, et je te colle ce renseignement à litre de remerciement de tes conseils, qui sont excellents d'ailleurs,et queje me propose de suivre dès que prudence m'y autorisera.

Ecris-moi toujours à la même adresse, et crois-moi bien Ton dévoué vieux

— A propos, — pourquoi diable, au Rappel, écrit-on tou-

CROQUIS LONDONIENS 3l3

jours Chiselhurst ? C'est bien positivement Chislehurst, ainsi que l'écrivent d'ailleurs tous autres journaux. Amitiés, ma mère se joint à moi.

jyjme Verlaine mère, qui était venue voir son fils malade à Londres, allait repartir. Elle l'enga^'eait fortement à revenir en France. Elle le rassurait, — d'après mes avis, et celui d'amis consultés, — sur les dangers d'une poursuite politique, et elle lui donnait à entendre qu'une réconciliation avecla famille Mauté était possible.

Verlaine hésitait. Le départ de sa mère, qui allait le laisser de nouveau isolé dans la bruyante solitude londonienne, car Rimbaud était retourné à Charleville, l'eng-ag-eait à rentrer en France.

Il m'écrivit à ce sujet, au commencement de 187!^, me faisant part de certaines appréhensions à l'égard de l'accueil qu'il trouverait à Paris :

Mon cher ami.

Je profite du retour de ma mère à Paris, pour te faire parvenir ces mots.

Voudras-tu, quand tu me répondras, me renseigner sur ces divers points :

J'ai l'intention de bientôt retourner à Paris, afin de terminer moi-même toutes ces affaires. Je compte sur ton concours en celte besogne, d'autant que tu connais ma prodigieuse inexpérience. Seulement, je voudrais connaître les êtres, je veux dire, et tu vas me comprendre, savoir un peu qui est, ou fut, pour ou contre moi, parmi les camarades, afin d'éviter tout impair, et de savoir à qui je dois tendre la pince.

Ecris-moi donc bien en détails là-dessus. Dis-moi encore s'il n'y a pas moyen d'accélérer les choses, ça finit par être ridicule, d'autant plus que ma défense est si simple. La négation pure et simple de tout, le défi de fournir une preuve ou un témoin, enfin cette suprême chose : il m'est impossible de rester chez les Mauté, et ma femme a préféré tuer son ménage que de me céder sur ce point.

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Ecris-moi encore cela. Et réponds-moi vite. Envoie-moi donc les Fêles Galantes.

Je t'en écrirai plus long bientôt.

Il devait quitter Londres prochainement, départ raotivé sans doute par son état de santé et le besoin de changer d'air,niais, au fond, il espérait qu'en Belg-ique sa femme consentirait à une entrevue, et que, dans ce milieu nouveau, où elle se trouverait avec lui, loin de l'influence de sa famille, et des souvenirs de la rue Nicolet, la désunion cesserait. Les pièces du procès en cours étant anéanties par suite de cette réconciliation, la vie commune pourrait reprendre. C'était une illusion, assui'ément, mais elle décida Verlaine à s'éloigner de l'Ang-leterre, au commencement du printemps de 187.3, pour se rendre à Jehonvillo, dans le Luxembourg- belge, chez une tante paternelle, M"»^ veuve Evrard.

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