‹ Paul VeralineChapitre 25 sur 27 · DISCOURS DE M. STEPHANE MALLARMÉ · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. STEPHANE MALLARMÉ

La tombe aime tout de suite le silence . Acclamation, renom, la parole haute cesse et le sanglot des vers abandonné ne suivra, jusqu'à ce lieu de discrétion, celui qui s'y dissimule pour ne pas offusquer, d'une présence, sa gloire.

Aussi, de notre part, à plus d'un menant un deuil fraternel aucune intervention littéraire : elle occupe, unanimement, les journaux, comme les blanches feuilles de l'œuvre interrompu ressaisiraient leur ampleur et s'envolent porter le cri d'une disparition vers la brume et le public.

La Mort, cependant, institue exprès cette dalle pour qu'un pas dorénavant puisse s'y affermir en vue de quelque explication ou de dissiper le malentendu.

Un adieu du Signe au défunt cher lui tend la main, si convenait à l'humaine figure souveraine que ce fut, de reparaître, une fois dernière, pensant qu'on le comprit mal, et de dire : Voyez mieux comme j'étais.

Apprenons, Messieurs, au passant, à quiconque, absent certes, ici, par incompétence et vaine vision, se trompa sur le sens extérieur de notre ami, que celte tenue, au contraire, fut, entre toutes, correcte.

Oui, les Fêtes Galantes, la Bonne Chanson, Sagesse, Amour et Parallèlement ne verseraient-ils pas, de génération en génération, quand s'ouvrent, pour une heure, les juvéniles lèvreSjUn ruisseau mélodieux qui les désaltérera d'onde suave, éternelle et française. — Conditions, un peu, à tant de noblesse visibles : que nous aurions profondément à pleurer et à vénérer, spectateurs, naguère, d'un drame sans le pouvoir de gêner, même par de la sympathie, rien à l'attitude absolue que quelqu'un se fit en face du sort.

Paul Verlaine, son génie enfui au temps futur, reste héros. Seul, ô plusieurs qui trouverions avec le dehors tel accommodement fastueux ou avantageux, considérons que — seul,

comme revient cet exemple par les siècles rarement, notre contemporain affronta, dans toute l'épouvante, l'état du chanteur et du rêveur. La solitude, le froid, l'inélégance et la pénurie, qui sont des injures infligées, auxquelles leurs victoires auraient le droit de répondre par d'autres volontairement faites à soi-même — ici la poésie presque a suffi — d'ordinaire composent le sort qu'encourt l'enfant avec ingénue audace marchant en l'existence selon sa divinité. Soit, convint le beau mort, il faut ces offenses, mais ce sera jusqu'au bout, impudiquement et douloureusement.

Scandale du côté de qui? de tous, par un sur soi répercuté, accepté, cherché : sa brav^oure, il ne se cacha pas du destin, en harcelant, plutôt, par défi, les hésitations devenait ainsi la terrible probité. Nous vîmes cela, Messieurs, et en témoignons : cela, ou pieuse révolte, l'homme se montrant devant sa Mère quelle qu'elle soit et voilée, foule, inspiration, vie, le nu qu'elle a fait du poète, et cela consacre un cœur farouche, loyal, avec de la simplicité et tout imbu d'honneur.

Nous saluerons de cet hommage,Verlaine, dignement, votre dépouille.

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