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Paul Verlaine

Banal comme l'amour, la mort et la beauté. Marbre pur envolé de bannières de soie. Au geste du Poëte un temple se déploie Où s'exhale en amen toute l'humanité.

Banal comme l'amour^ la mort et la beauté, En cris d'ivresse, en fleurs de feu tonne et flamboie Sous des nuages d'or fauve un jardin de joie Où s'exhale en désir toute l'humanité.

Graves processions et vagues théories, Des bosquets radieux aux voûtes assombries Va. priant et riant, toute l'humanité :

Et vers le ciel penché sur cet éternel drame, Banal comme l'amour, la mort et la beauté, Monte l'accord d'un Psaume et d'un Epithalame.

Charles Morice.

Par l'Intensité sincère de son Humanité, par sa communion perpétuelle avec les essences éternelles des choses €t par le sens prodigieusement subtil qu'il a de la Simplicité, ce poëte à ceux qui savent l'aimer procure la sorte âpre et flatteuse de joie spirituelle qui témoigne qu'une BEAUTÉ NOUVELLE est révélée.

Mais cette beauté ne se communique point aux inattentifs ; elle n'est point « plaisante » puisqu'elle est « neuve», puisqu'elle n'est pas encore — dût-elle jamais l'être ! — une familière idole de la foule ; puisque, pour comprendre cette révélation, il faut d'abord écarter toute préférence d'habitude ou d'éducation. Sa simplicité même rebute le grand nombre, car elle n'est qu'un glorieux effort de dessiner par ses nuances, de préciser par ses harmonies les plus intimes, les plus proches (spéciales et c'est dire, pour la majorité des hommes, les plus lointaines) l'Idée. — Avec un poëte tel que celui-ci, absolu, — ou maudit, comme il dirait lui-même, — tout beau premier lecteur, s'il veut jouir pleinement de l'œuvre, ne doit pas rêver de l'entreprendre au hasard et tout de suite : à qui vient des

brutalités de midi les douceurs du clair-obscur sont des ténèbres, et comment pourraient des oreilles assourdies par de confuses clameurs entendre une gamme mineure? 11 faut l'interruption des soucis bruyants, le silence, les paupières baissées, — une initiation, pour peu à peu se faire à l'atmosphère du poëme, apprendre à ne rien perdre des détails afin de saisir l'ensemble et bientôt se complaire avec l'extraordinaire artiste aux surprises successives de suggestives méprises.

N'est-il pas admirable que, malgré tant de délicatesses, Paul Verlaine ne soit pas inconnu entre les poètes? Car il est, en dépit de l'injustice contemporaine, en dépit même de lui-même. — car nul moins que lui ne soigna sa gloire, — l'objet d'une curiosité bien ou malveillante, — mal plutôt, il est vrai. Sauf, sans doute, cette rare portion du public, la plus petite, la plus exquise aussi, l'œuvre, pourtant, du poète est inconnue : mais partout on s'accoutume à saluer d'un étonnement hostile son nom qu'environnent des légendes.

Peut-être est-ce, de la part des gens, la plus décente attitude et la plus désirable. — On n'y prétend rien changer. On veut seulement peindre ce poète, faire l'analyse de son œuvre et indiquer comment s'y spécialise le génie moderne.

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