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LETTRE XXV

Genèye, 25 octobre.

Je m'étais juré d'être calme; j'ai mal tenu ma promesse. La discussion s'est aigrie. Je n'ai pu m'empècher de témoigner à ma mère combien sa conduite me semblait déloyale. J'attendais des larmes ; elle a

été sèche et dure, et la violence de son geste répondait à l'âpre accent de sa voix.

« D vous plaît de m'accuser, m'a-t-elle dit, pour avoir le droit de reprendre votre parole. A votre aise ? Mais quelles étaient nos conditions? Un sursis de trois mois après lequel mon consentement vous était assuré. Qui de nous deux se soustrait à ses enga* ments? Vous traitez de noirceur la démarche de M. Gérard. A-t-il outragé votre princesse, cet excellent et digne ami? Lui a-t-il mis le poignard sur la gorge? n lui a révélé simplement ce qui est vrai et ce qu'il était de son intérêt de savoir, car, ne le niez pas,

pauvre aveugle, vos yeux s'étaient ouverts par instants, àjenesais quelles importunes clartés. Aujourd'hui vous voilà de nouveau fasciné. Cette petite fille a de l'école ; son tuteur est un habile homme ; il gagnera son pari. Dieu sait les gorges chaudes ! ... »

J'essayais en vain de l'interrompre. « A cette heure, continua-t-elle, la justesse de toutes mes conjectures m'est démontrée jusqu'à l'évidence. Vous êtes l'innocente victime d'une intrigue adroitement ourdie. Cette rencontre fortuite à Saint-Laurent, comédie I On vous attendait, on vous cherchait, le chasseur était à l'affût. L'aventure des deux cachets, comédie! Les hésitations calculées de ces bonnes gens à vous admettre dans leur intimité, comédie ! Les délicatesses affectées de votre aventurière, comédie ! Ses insomnies, ses sanglots» l'anneau renvoyé, comédie, comédie ! »

Elle prononçait ce mot comédie avec un accent que je n'oublierai pas. J'en ai encore le tympan déchiré. Elle finit par me dire :

c Des aveux sincères m'eussent désarmée. Mlle Mérô a mieux aimé se poser en sainte immaculée et abuser, votre crédulité par de ridicules fictions que vous seul pouvez prendre au sérieux. Ne vous faites pas d'illusion : qui a menti hier mentira demain. Quand vous serez marié, fermez bien votre porte, ayez l'œil au

guet, et Dieu vous garde du scandale I Adieu, Marcel, que votre destinée s'accomplisse 1 Un jour vous vous souviendrez que vous avez une mère, et que le métier des mère** est de consoler... »

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