LETTRE XXXVIII
Montreux, 15 novembre au soir.
J'ai consumé tout le jour en recherches inutiles. A combien de portes n'ai-je pas frappé ! Tout ce pays abonde en hôtels, en pensions. Je suis entré partout, j'ai fureté partout. Jugez de mes angoisses! Tantôt j'avais la tête en feu, tantôt une sueur glacée découlait de mon front. Enfin ce soir, un hôtelier que je fatiguais de mes questions s'est souvenu qu'hier un Anglais, voyageant en famille, avait touché barres chez lui, et qu'il était reparti sur-le-champ pour Genève. Le signalement qu'il m'a donné ne me laisse aucun doute. Ma confiance m'est revenue. Paule s'est ravisée ; son cœur, remis de sa surprise, a parlé plus haut que son orgueil. Tu as compris, fille cruelle, qu'il est des nœuds sacrés qui ne se rompent pas, et que nos faibles volontés ne sauraient prcvaloir con-
tre les destins !... Elle m'attend aux Terraux. Que ne puis -je y voler dès ce soir! Tout est bien : c'est là que le crime a été commis ; c'est là que je veux implorer le pardon.