LETTRE XXXIX
Genève, 46 novembre.
Les contrevents clos! la maison vide!...- LagrîUe même était fermée ; j'ai dû' héler le fermier pour qu'il vint m'ouvrir. Il ne sait rien, il m'a regardé d'un œil hébété ; il n'avait pas l'air de comprendre que j'étais chez moi. A force de prières et de menaces, je me suis fait livrer les clefs. Dans l'atelier, sur un pupitro noir, il y avait un encrier et une plume. J'ai brisé cette plume entre mes doigts, je l'ai écrasée sous mon talon... J'ai ouvert le volet; des poules picoraient dans le verger ; elles ne se doutaient de rien... Les arbres, le ruisseau, le petit banc. . . Ils se taisaient tous. Comment leur arracher leur secret ?
Tout conspire à mon bonheur! Absente depuis quelques semaines, Mme B... vient de m*écrire :
« Voilà donc comment vous nous traitez ! C'est par un tiers que nous avons appris l'événement. N'avons
nous pas sujet de nous plaindre? En vérité, pourquoi douter de nos sympathies? Je vous ai dit un jour com* bien Mlle Méré m'avait plu. Elle vous devra le bonheur. Vous avez eu la foi, vous avez fait preuve de cœur et d'esprit. On crie un peu contre vous. Patience ! aux cris succède l'enrouement et à l'enroue ment le silence. N'allez pas vous fâcher : vous avez à Genève plus d'amis que vous ne pensez ; vous les connaîtrez plus tard. Nous espérons arriver à temps pour assister au mariage. Noubliez pas que jadis j'allai visiter dans sa triste cage le francolin prisonnier et qu'il ne me reçut pas. Je compte sur vous pour que Mme Roger acquite les dettes de Mlle Paule Méré. Sérieusement je serais heureuse que votre charmante femme attachât quelque prix à mon amitié... » Je repars à l'instant pour Montreux.