Paulet Virginie [microforme]
Jacques-Hexri-EmenaRDiV DE SAINT-PIERRE naquit au Havrs le 21 jan .er 1737. Sa famille descendait, dit-on, du fameux Eustache de Saint- Pierre, dont le dévouement sauva la ville de Calais, obligée de se rendre à Édouard III, roi d'Angleterre. Ses parents lui donnèrent une éducation soignée, et firent tous leurs efforts peer Jui inspirer l’amour ds la vertu. Le jeune
rnardin répondit d’abord pirfaitement à leurs vues. Il lisait avec délices la Vie des saints, surtout celles des solitaires de la Thébaïde. Leur mépris À red les biens da la terre, leur confiance en Dieu, l’attention bienveillante de le Providence le frappaient d’une vive admiration. © rapporte à ce sujet qu'étant âgé de neuf sas, il en la résolution de renoncer à tout, pou r s'attacher comme eux à Dieu seul. Il pertit dome sans avoir communiqué son dessein à perse ; et, ayant trouvé un petit bois à quelque tance de la ville, ils’y arrêta, croyant
que me solitude inaccessible à tous les pre wmains. Il passa la journée d’une manièr: # agréable, entremélant, comme on
pense, :+ jeu A so Cependant ia nuit approchais Les petites provisions étaient consommées, à faim se faisaif sentir; que faire dans uu si psant besoin ? Ilse mit à genoux fort
dévotement, et pria le bon Dieu d'envoyer un 9 ge à sou secours, Dieu écouta sa prière; car au même instant sa bonne arriva tout épuisée de fatigue, et, après l'avoir bien grondé, le ramena à la maison.
Depuis ce temps, son imagination ardente ne lui laissa presque plus de repos. La passion des voyages avait remplacé le désir de la vie solitaire. I’ avait lu les aventures des voyageurs célèbre , perdus sous des cieux étrangers, errant eur des mers inconnues. Il n’aspirait plus qu’à se mettre en mer pour d'couvrir des îles et fonder des colonies. Sur ces entrefaite:, il se prit d’amitié avec un capucin qui fréquentait la maieon de son père. Ce religieux le charma tellement par le récit dr es courses qu’il voulait absolument l’accom ::ner, et ses parents furent chligés d’y consenur. Il parcourut ainsi la Normandie, un bâton à la main, supportant avec co toutes les fatigues d’un genre de vie si pénible. Il paraissait décidé tr.1t de bon à se faire capucin, et pour l'en détou':: il fallut lui permettre de suivre soù oncle, q.: commandait un vaisseau destiné pour la Maiunique. Ce voyage lui fut utile; car il souffrit horriblement du mal de mer, et fut attaqué, en arrivant à la Martinique, d’une maladie qui faillit le conduire au tombeau. Ces événements fâcheux, et quelques contrariétés qu’il avait éprouvées de la part de son oncle, calmèrent un peu son imagination, et à son retour il consentit à reprendre le cours de ses études. Ses parents le placèrent à Gisors, chez les jésuites, où il goûta quelques moments de paix et de bonheur dans la pratique de la vertu.
t état ne pouvait durer longtemps; la lecture des Lettres édifiantes, les travaux apostoliues des missionnaires lui inspirèrent le désir à s0 faire jésuite, et, comme il était incapable
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RIOGRAPHIE DE L'AUTEUR. 7
de garder aucune mesure, il rêvait continuellement le martyre et la conversion des peuples sauvazes. Mais cotte ferveur était plutôt dans son imagination que dans son cœur; il désirait la gloire plutôt que l’opprobre de la croi: : il n; pouvait Fons atteindre ces hauteurs.
Après avoir terminé ses études classiques, il entra à l’école des ponts et « .aussées, et so livra avec succès aux mathématiques. Ce fut alors que des liaisons intimes avec de jeunes incrédules ébranlèrent fortement sa foi, et lui firent faire un triste naufrage. Il conserva toujours l'amour de la vertu, la croyance en Dieu, du respect même pour l'Evangile; maisil ne vit plus dans la religion chrétienne qu'une institution humaine, et dans Jésus-Christ qu’un législateur plus parfait que les antres.
L'école des ponts et chaussées ayant été dissoute, il entra dans un corps d'ingénieurs, et partit pour l’Alleu:agne, où nous faisions une guerre malheureuse, L'année suivante, il fut envoyé à Malto, menacée d’une invasion par les Turcs. Après ces expéditions il se vit privé de sa place, délaissé de ses parents, et réduit à la dernière nécessité. Il résolut donc d'aller chercher fortune dans les pays étrangers. Depuis longiemps il rêvait la fondation d’une république parfaite, où l'injustice et la corruption sraient complètement bannies, où tous les hommes s’encourageraient mutuellement à la vertu. Catherine 11, qui régnait en Russie, lui paraissant plus propre que tous les autres souverains à comprendre ses plans, il vendit le peu qu'ii possédait, et se rendit à Saint-Pétersbourg. Son intention était d'aller s’établir sur les bords de la mer d’Aral. Mais ses projets ne furent point adoptés, et il se trouva fort heureux d’obtenir le grade d'ingénieur lieutenant dans le corps du génie. Cette piaco lui procura une honnête ai.
sance, et il aurait passé volontiers le reste de ses jours en Russie, si la rigueur du froid n’eût altéré sa santé, ou plutôt s’il eût été assez mattre de lui-même pour se fixer quelque part.
Lorsqu’il revint à Paris, on parlait de coloniser l’île de Madagascar, Cette nouvelle fut pour lui un trait de lumière: il recueille toutes ses idées, présente au gouvernement plusieurs plans qui attirent sur lui l'attention, et est envoyé à l'ile de France en qualité d'ingénieur. 11 devait passer de là à Madagascar pour y réaliser ses projets ; mais une division qui s’éleva entre les principaux chefs le retint à l'ile de France, heureusement pour lui; car presque tous ceux
ui passèrent à Madagascar périrent de faim et e misère.
Pendant son séjour à l'ile de France, il eut beaucoup à souffrir de la persécution de ses collègues, qui ne voyaient en lui qu’un rival dangereux.
De plus, son traitemont, payé en papier-monnaie, était si faible qu’à peine pouvait-il suffire aux besoins les plus pressants. Il sollicita donc son retour en Dee et l’obtint. Il avait recueilli grand nombre de curiosités ; il espérait en retirer une somme considérable, en les offrant à un ambassadeur qui lui avait promis sa protection. L’ambassadeur accepta son présent, et ne lui douna que des paroles pour récom-
ense, ° Dès ce moment Bernardin résolut de ne plus compter que sur lui-même ; il se mit à écrire et publia la relation de son voyage à l'ile de France. Cet ouvrage lui attira les railleries des philosophes qui avaient abjuré toute croyance en Dieu. Qtelques opinions trop libres le rendirent. suspect au gouvernement, et ile trouva réduit à hnee une petite chambre au cinquième étage dans le faubourg Saint-Victor. Il y passa