‹ PaulinaChapitre 17 sur 63 · LE RETOUR A DAMAS · texte numérisé non relu

LE RETOUR A DAMAS

Les maisons orientales sont à Textérieur des blocs de pierre, presque sans ouvertures, dont l'aspect sévère attriste ; et quand vous en franchissez le seuil, vous croyez entrer dans la nuit ; mais, à l'intérieur, s'ouvre une vaste cour sans toiture, et la lumière du soleil, inonde, réchauffe^ et colore toutes choses.

C'est une illumination de ce genre qui se fit dans l'âme de Saul quand il s'abandonna entièrement à la direction de Jésus de Nazareth, avec cette différence que la nuit n'y pénétra plus jamais. Le Soleil de la vérité entra en lui, et il y suspendit sa course, à la parole du nouveau Josué. Jamais plus la vérité ne cessa de l'éclairer ; et cet homme devint un phénomène de lumière, un mh^acle de sagesse et de science transcendante.

C'est que l'Horeb n'avait pas été pour lui une solitude absolue. Il avait été une école, dont Jésus de Nazareth était le professeur.

Bien souvent, après des heures de prière, de supplications et de larmes, il s'était vu enveloppé d'une lumière interne, éblouissante. C'était le buisson qui lui seivait d'cmbrage contre les ardeurs du soleil qui s'était soudainement embrasé ;

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et du milieu des flammes ardentes une voix puissante et douce à la fois lui adressait la parole :

" Saul, Saul, reconnais-tu ma voix ?

— Oui, Seigneur, répondait Saul, c'est la même voix qui m'a parlé sur le chemin de Damas. Daignez me parler encore ; votre serviteur écoute."

Et la voix du Seigneur répondait à Saul, et l'instruisait.

Jésus de Nazareth restait invisible, mais il s'entretenait avec Saul, comme jadis avec ses disciples aux bords sacrés du Jourdain.

Il lui annonçait la grande mission qu'il aurait à rempHr chez les Gentils, et au prix de quels sacrifices il aiderait Pierre à bâtir son Eglise. Il lui prédisait les mêmes épreuves, les mêmes souffrances. '^ Souviens-toi, lui disait-il, du berger de Madian, et de la mission que Jéhovah, mon Père, lui confia de délivrer les enfants d'Israël de la terre d'Egypte. — Moïse l'a remplie cette mission.

" Aujourd'hui, ce n'est plus seulement les enfants d'Israël, c'est toutes les nations que je veux retirer de la terre de perdition, et c'est toi que j'ai choisi pour les soustraire à la domination du prince de ce monde qui est le démon.

'^ Nouveau Moïse, il faut que tu leur apprennes à traverser le désert de cette vie pour arriver à l'éternelle Terre Promise, où je réunirai un jour les rois et les peuples qui me seront fidèles. C'est

toi qui leur donneras ma loi, qui est une loi d'amour et de miséricorde. . .

'^ C'est ici que Moïse a reçu de mon Père les Tables de la Loi Ancienne. C'est ici que je te donne les Tables de la Loi Nouvelle que j'ai déjà données à mes apôtres. . ."

Ces ra\dssements de Said se renouvelaient souvent, et la science de Dieu s'était développée de plus en plus dans l'âme du futur apôtre des Gentils.

Dorénavant il connaissait sa mission ; et la carrière qui allait s'ou\Tir devant lui n'avait d'autres limites que les confins du monde civilisé.

Sa formation spirituelle avait duré trois ans comme celle des Apôtres, et il avait eu le même maître, Jésus de Nazareth. Un jour l'Esprit lui dit : " Retourne maintenant, à Damas, et tu porteras mon nom chez les Gentils jusqu'aux confins de la Terre."

Et Saul se remit en route. Il retraversa le désert d'Arabie. Il repassa par les montagnes des Amorrhéens, et par la vallée de la Grappe de Raisin. Il revit la Pétrée, et la montagne d'Abouim, et le pays de Moab.

Sur le mont Nébo, il s'arrêta longtemps. C'était là que Moïse était mort, et qu'un tumulus de pierres marquait son tombeau. Quels souvenirs historiques lui rappela la vie extraordinaire du législateur des Hébreux ! Il regarda vers Jérusalem,

et il se demanda en descendant vers le Jourdain s'il passerait par cette ville qui avait pour lui tant d'attraction. Mais dans les dispositions de son esprit, et les mystérieuses élévations de son âme il redouta le bruit et la foule. Il se demandait quel accueil lui feraient les apôtres qu'il avait persécutés? Comment lui pardonneraient-ils la mort cruelle d'Etienne ?

Non, il ne prendrait pas la route de Jérusalem. Il suivrait plutôt la rive orientale de la Mer Morte et du Jourdain. Il longerait ensuite la chaîne des montagnes de Moab, et traverserait le vaste désert de l'Arabie Pétrée.

La route qu'il suivait était encaissée dans un ravin profond. Des nuées odorantes flottaient dans les matins clairs, et déchiraient leurs écharpes blanches aux crêtes des rochers. Un torrent limpide éparpillait des poignées de brillants dans la verdure de la montagne comme un bijoutier range ses pierres précieuses sur le velours de sa vitrine.

Tout à coup, dans l'échancrure des montagnes désolées, sans verdure et sans couleur, il aperçut Jérusalem. Il s'assit sur un sommet rocheux, et il la contempla longtemps.

C'était donc là cette ville des prophètes qui était devenue le tombeau d'un Dieu ! La ville tantôt sainte et tantôt maudite, tantôt royale et tantôt esclave ; la superbe, et la captive chargée de chaînes, lançant vers le ciel tantôt ses lamenta-

lions et tantôt ses impiétés et ses blasphèmes, la glorieuse et la déicide, siège de Jéhovah sm* terre, trône et gibet du Dieu-Homme !

Bien des fois détruite et toujours rebâtie. Toujours vaincue et jamais anéantie. Objet de haine et d'amom'. Berceau et cimetière des peuples. Mystère du passé et de l'avenir. Morte pour son crime, immortelle par le tombeau de sa victime.

Radieuse de gloire et de puissance. Ruine lamentable noyée dans les larmes, lavée dans le sang et purifiée par le feu !

Ce ne fut pas sans émotion qu'il parcourut de nouveau la route de la GaUlée à Damas. Quel contraste entre ses sentiments d'aujourd'hui et ceux qui agitaient son âme trois ans auparavant !

En même temps, quel changement s'était opéré à Damas depuis qu'il avait quitté cette ville ! Jésus de Nazareth y comptait déjà de nombreux disciples, et ses premières prédications reçurent tout d'abord le meilleur accueil.

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