‹ PaulinaChapitre 18 sur 63 · V ■ SAUL ET PIERRE · texte numérisé non relu

V ■ SAUL ET PIERRE

Il est facile de comprendre que la population de Damas fût curieuse d'entendre Saul prêcher Jésus- Christ. On connaissait son histoire, et il la racontait lui-même dans tous ses détails avec une entière franchise. ^' Vous êtes étonnés, disait-il aux Juifs, et vous avez bien raison de l'être, et de vous demander si je suis le même homme que vous avez entendu il y a trois ans, et qui persécutait avec rage les disciples de Jésus de Nazareth. Etonnezvous, mais croyez-moi. C'est moi qui ai fait lapider Etienne, et qui maintenant prêche à sa place le même Evangile. Le Seigneur l'avait choisi et admirablement doué pour cette prédication, et je l'ai fait mourir. Et maintenant, c'est moi qui prêche le nom de Jésus, avec le même zèle que je l'ai combattu. Et pour la gloire de ce nom je subirai toutes les souffrances et la mort. Le Seigneur me l'a prédit : je serai lapidé comime Etienne, et mis à mort, mais tant que j'aurai un souffle de vie, je me dévouerai tout entier au service de ce Jésus que vous avez crucifié, et qui est ressuscité."

Les Juifs ne supportèrent pas longtemps ces discours enflammés de Saul qui opéraient de nombreuses conversions parmi les Grecs. On le chassa

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des synagogues, on le dénonça aux autorités, et il devait être arrêté pendant la nuit, lorsque les disciples organisèrent son évasion de la ville dont les portes étaient fermées. Ils le hissèrent sur la muraille, et ils le descendirent en dehors dans une corbeille.

Saul se cacha d'abord pendant quelques jours, et il partit secrètement pour Jérusalem. Il re\dt sans s'y arrêter l'endroit où le Seigneiu* l'avait foudroyé. Mais dès qu'il fut arrivé à Jérusalem, il voulut visiter le lieu où Etienne avait été lapidé.

Le petit tertre de pierres sous lequel le saint martyr avait rendu l'âme subsistait encore. Saul s'agenouilla, et pria : '^ 0 doux Etienne, qui même avant de mouiir avez vu les cieux ouverts, et qui maintenant vivez de la vraie vie à côté de Jésus, demandez-lui de me pardonner et de me préparer une place à côté de vous."

Saul demanda ce qu'on avait fait du corps du saint martyr, et il apprit que Gamaliel l'avait recueilli, et lui avait élevé un tombeau dans sa villa. Il voulut visiter ce tombeau, et il le trouva dans la crypte d'une petite chapelle que Gamaliel, devenu disciple de Jésus-Christ, avait fait construire en l'honneur du premier martyr chrétien.

Saul y pria longtemps en versant des larmes amères. Puis il alla visiter Gamahel son ancien maître, qui logeait tout à côté. Il lui raconta sa merveilleuse histoire, et toutes les faveurs extra-

ordinaires dont Jésus de Nazareth l'avait comblé. Le vieux Gamaliel F écoutait en pleurant. Paul n'oublia pas d'aller visiter le Golgotha, et de baiser le rocher où la croix de son divin Maître avait été plantée. Puis il descendit au sépulcre, que Joseph d'Arimathie avait transformé en autel et entouré d'une grille. Il y pria longtemps avec d'autres pèlerins qu'il y rencontra.

De là, il se rendit au temple, et il y retrouva les abus qui avaient soulevé l'indignation de Jésus, les vendeurs avec leurs échoppes, et leurs hypocrisies, et les troupeaux de victimes sanglantes fumant sur l'autel des holocaustes. Il était révolté de voir ses compatriotes offrir encore à Dieu le sang des taureaux, quand l'Agneau divin était venu luimême verser son sang pour le salut du monde.

Son cœur se souleva à la vue de ce spectacle, et il alla se rasséréner au Cénacle qu'il ne connaissait pas encore. Là enfin il trouva le nouveau temple, le nouvel autel, le nouveau sacrifice, le vrai culte de Dieu en esprit et en vérité.

Mais ce n'était pas tout ce qui l'avait attiré à Jérusalem. C'est Pierre qu'il était venu voir, Pierre qu'il reconnaissait dès lors comme le chef de l'Eglise ; et il se dirigea vers la maison de Marie la mère de Jean, surnommé Marc, non y loin du Cénacle. C'est là que Pierre habitait.

Il avait tant de choses à lui raconter et tant d'autres à lui demander.

Pierre connaissait déjà la miraculeuse conversion de Saul. Il savait comment ce persécuteur acharné des premiers chrétiens était devenu soudainement un disciple de Jésus, plein de foi, et tout brûlant du zèle apostolique.

Mais c'était pour lui un grand bonheur de voir Saul et de l'entendre.

Avec une sincérité parfaite et une émotion profonde, Saul lui fit le récit complet de tout ce qui lui était arrivé à Damas, et de ce qu'il avait fait depuis. On l'accusait d'être un contempteur de la loi de Moïse, et cependant c'est lui qui était allé jusqu'au Sinaï demander à Moïse des inspirations. C'est lui qui dans la grotte de l'Horeb, sur le sol sacré où la loi de Jéhovah avait été donnée à Moïse avait étudié de nouveau et médité pendant trois ans la Loi ancienne et ses mystères.

Non, il n'avait pas cessé de croire à la divinité de cette Loi ; mais il y avait un honrnie qu'il plaçait bien au-dessus de Moïse, puisqu'il était Dieu, et au service duquel il voulait consacrer le reste de sa vie : c'était Jésus de Nazareth.

Il comprenait maintenant que Moïse n'était qu'un précurseur, une figure du Messie promis, non pas aux seuls Juifs, mais à toutes les nations et il croyait fermement que ce Messie était venu, et que c'était Jésus de Nazareth.

'' O vous, qui avez eu le bonheur de le connaître, disait Saul, parlez-moi de Lui !

— O Saul, répondait Pierre, c'est un bonheur que nous n'avons pas su apprécier. Si tu savais combien longtemps nos cœurs et nos esprits lui sont restés fermés ; combien nous avons été lents à comprendre ses enseignements et surtout à croire à sa divinité.

— Espérez-vous encore le revoir sur cette terre ?

— Non, Saul. Pendant les quarante jours qui ont suivi sa résurrection, nous l'avons revu bien des fois, parce qu'il avait pitié de notre faiblesse, et qu'il voulait nous confirmer dans notre foi.

'^ Certes, il était bien nécessaire qu'il vînt nous consoler, nous encourager, nous donner la fermeté qui nous faisait défaut. Mais depuis qu'il nous a envoyé son Esprit, qu'il nous avait promis, cet Esprit nous enseigne toutes choses, et doit nous suffire.

— C'est vrai, disait Jacques, présent à l'entretien.

— Et cependant, reprenait Pierre, combien j'aimerais le revoir encore tel qu'autrefois pour me jeter à ses pieds, et les baigner de mes larmes î Tu ne sais pas toi, Saul, qu'à son dernier jour sur terre, j'ai été assez lâche pour le trahir et le renier. Je le pleure encore tous les jours ce crime impardonnable, et souvent je suis éveillé la nuit par ma douleur.

— Il y a longtemps qu'il t'a pardonné ta faiblesse, disait Jacques. As-tu donc oublié le jour

mémorable où il nous apparut au bord du lac de Génésareth, notre pêche miraculeuse, notre déjeûner avec lui sur la grève de Capharnaum ? Ne te somdens-tu pas qu'il te choisit alors pour le chef de son Eglise ?

— Et c'est à toi, notre chef, que je viens parler de la grande œuvre de l'évangélisation des nations païennes, dit Saul.

'' Sans doute, il faut travailler à la conversion des Juifs qui ont été les premiers appelés. Mais s'ils refusent le salut qui leur est ofïert, comme ils ont refusé de reconnaître le Messie en Jésus, il faut aller vers les Gentils ; et c'est la mission qui m'a été confiée plus spécialement par Jésus, chaque fois qu'il a daigné me parler et m'instruire. A quoi bon d'ailleurs nous attarder à vouloir faire de Jérusalem le siège de FEghse du Christ ? C'est une ville condamnée à périr ! Son déicide a comblé la mesure de ses crimes, et son sort est scellé. Le Seigneur n'a-t-il pas prédit que le temple lui-même sera détruit, et qu'il n'en restera pas pierre sur pierre ? Je ne l'ai pas entendue moi-même cette effrayante prophétie ; mais vous qui l'avez entendue, en doutez-vous ?

— Non, Saul, nous n'en doutons pas. Le Seigneur a parlé clairement et énergiquement. Il n'a pas pu nous tromper. Le sort de notre peuple sera lamentable ; mais il l'a voulu, il l'a appelé sur sa tête, ce châtiment. Au jour du grand crime, le

plus grand que l'homme ait commis, il a prononcé sa propre sentence : " Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! "

— En attendant ce châtiment national, y a-t-il eu déjà des châtiments individuels parmi ceux qui ont pris part à l'accomplissement du grand crime ?

— Oui, Saul. Tu sais d'abord que Judas s'est fait lui-même justice. Eh bien ! Caïphe a subi le même sort. Un an après la mort du Christ, il a été déposé comme grand prêtre, et sa disgrâce l'a plongé dans un tel désespoir qu'il s'est suicidé !

" Anne a vu sa maison détruite dans une émeute, et son fils flagellé et traîné dans les rues par les émeutiers. Hérode Antipas a été détrôné et exilé en Germanie, et la malheureuse Hérodiade y a trouvé la mort d'un façon dramatique. En traversant un lac glacé, la glace s'est ouverte sous ses pas, et quand elle a été plongée dans l'eau jusqu'au cou, les morceaux de glace se sont rapprochés et lui ont tranché la tête, comme elle avait fait décapiter Jean-Baptiste.

— Et Pilatus ? Qu'est-il devenu ?

— Il a été dénoncé à César par les Juifs, condamné et banni. C'est à Vienne, dans la Gaule, qu'il subit maintenant son exil. Longtemps il a été en proie aux remords et au désespoir. Mais Claudia, sa femme, qui est devenue chrétienne, a tant prié pour lui qu'elle a réussi à ramener un peu de calme dans son âme. Ses accès de désespoir

sont aujourd'hui moins fréquents, et Caïus Oppius, qui est son beau-frère et qui commande encore ici les troupes romaines, est plein d'espoir que Pilatus se fera chrétien ! C'est au moins ce que sa bellesœur lui écrit de Vienne.

— La miséricorde de Dieu est infinie. Pilatus a péché par ignorance, par faiblesse^ et les Juifs ont péché par haine. Puisque le Seigneur m'a pardonné, il peut bien pardonner à Pilatus.

— Et Nicodème ? Qu' est-il devenu ?

— Il est maintenant prêtre du Christ."

Et c'est ainsi que Saul fut renseigné sur les commencements de la foi nouvelle, et sur le sort néfaste de ses ennemis primitifs. Mais ce qu'il voulait avant tout, c'était de se mettre d'accord avec Pierre sur toutes les questions de doctrine, et quand ils se furent mutuellement éclairés, Saul se mit à prêcher surtout aux Hellénistes et aux Gentils.

Ce fut une sensation parmi les princes des prêtres et les scribes. Ils ne voulaient pas en croire leurs oreilles. Etait-ce bien Saul de Tarse, le bouillant pharisien, l'ardent persécuteur des premiers chrétiens, qui était devenu l'apôtre zélé de Jésus de Nazareth ressuscité ? Cette conversion extraordinaire attirait la foule, et la parole de Saul entraînait des centaines et des milliers d'Hellénistes,

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