LA PASSION DE PAUL A JÉRUSALEM
Le judaïsme était toujours puissant à Jérusalem, et Paul savait quelles persécutions l'y attendaient quand il y retourna au printemps de Tan 59. Mais il voulait revoir encore la Ville Sainte, qui malgré ses crimes lui était encore chère. Il voulait revoir le tombeau d'Etienne, et surtout celui de son divin Maître. Ah ! que de souvenirs lui rappelleraient ces lieux vénérés et sacrés ! Que de douces larmes il répandrait sur ces tombes, dont l'une était vide sans doute, mais qui avait contenu le Dieu de l'univers pendant trois jours !
Il avait bien le pressentiment que ses nombreux ennemis se soulèveraient contre lui, et formeraient des complots contre sa vie. Mais si le sacerdoce et le peuple de Jérusalem le lapidaient comme Etienne, ou le crucifiaient comme Jésus, de quoi pourrait-il se plaindre ? Endurer les souffrances de la Passion, et mourir sur une croix comme son divin Maître, ne serait-ce pas finir glorieusement sa vie ?
En quittant Milet pour Jérusalem, Paul dit adieu à ses chères ouailles avec un attendrissement extraordinaire :
'' Vous savez, leur dit-il, que je vous ai prêché la foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ, au milieu des épreuves et des larmes, et que bien des fois déjà on a voulu m'ôter la vie. Et maintenant je m'en vais à Jérusalem où nos ennemis sont puissants. Je sais que des chaînes et des tribulations m'y attendent. Mais je ne redoute rien de la persécution ; il faut que j'achève ma course et que je rempHsse mon ministère. . .
'' Hélas, je sais que désormais vous ne verrez plus mon visage, vous tous au milieu desquels j'ai passé. Souvenez- vous de moi, quand les loups rapaces s'introduiront parmi vous, qui êtes mon troupeau bien-aimé. Souvenez-vous bien des vérités que je vous ai enseignées, quand des hommes pervers \âendront vous prêcher des doctrines de mensonge, et s'efforceront de vous entraîner à leur suite. "
En entendant ces touchants adieux, tous ses disciples avaient fondu en larmes ; ils s'étaient jetés à son cou, ils l'avaient embrassé, ils l'avaient conjuré de ne pas aller à Jérusalem ; mais il s'était arraché à leurs étreintes, et ils l'avaient reconduit jusqu'au vaisseau en pleurant.
A toutes les étapes de son voyage, à Cos, à Rhodes, à Patare, à Tyr, à Ptolémais, à Césarée, des scènes semblables s'étaient renouvelées. Dans cette dernière ville, un prophète nonuné Agabus avait pris la ceinture de Paul, et s'en étant lié
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les pieds et les mains il avait dit : " L'homme à qui appartient cette ceinture sera ainsi lié par les Juifs à Jérusalem, et livré aux mains des Gentils. " Et tous ceux qui accompagnaient Tapôtre l'avaient alors supplié avec larmes de ne pas monter à Jérusalem. Mais Paul avait répondu : " Ne pleurez pas ainsi, vous me brisez le cœur. Pour le nom du Seigneur Jésus, je suis prêt à être lié et à mourir dans Jérusalem. "
Tous les frères de Jérusalem lui firent un cordial accueil ; et ils lui conseillèrent de faire le vœu de nazirat pour convaincre les Juifs qu'il n'était pas un contempteur de la Loi. Il y consentit, mais la prophétie d'Agabus ne tarda guère à s'accomplir.
Les Juifs d'Asie, l'ayant aperçu dans le temple, soulevèrent parmi le peuple une émeute violente. Ils se saisirent de lui, le traînèrent hors du temple, et s'apprêtaient à le tuer, lorsque le tribun romain, Lysias, accourut avec des soldats et l'arracha de leurs mains. Mais la foule immense criait : " Tuez-le ! tuez-le ! "
Paul demanda au tribun la permission d'adresser la parole à cette tourbe hurlante. Et quand elle l'entendit parler la langue hébraïque, elle s'apaisa et l'écouta.
'^ Mes frères et mes pères, leur dit-il très habilement, je suis juif né à Tarse, élevé en cette ville de Jérusalem, aux pieds de Gamaliel. J'ai
été comme vous un ardent zélateur de la Loi, et c'est moi qui ai persécuté jusqu'à la mort ceux qui suivent la voie du Christ. "
Après un pareil exorde on l'écouta volontiers, et il raconta le miraculeux appel de Jésus de Nazareth sur le chemin de Damas. Mais quand il en \'int à parler de sa mission auprès des Gentils, les clameurs des Juifs recommencèrent : '' Tuezle, débarrassez la terre d'un tel être ! "
Alors le tribun le fit entrer dans la forteresse, et ordonna qu'on le frappât de verges. Les exécuteurs l'avaient déjà Ué avec des courroies lorsqu'il leur dit énergiquement : ^' Vous n'avez pas le droit de flageller un citoyen romain. "
Le tribun eut peur, et contremanda la flagellation. Le lendemain il délivra Paul de ses chaînes, et il l'amena devant le Sanhédrin afin que ce grand conseil fît valoir ses griefs contre l'accusé. Paul protesta immédiatement de son innocence : '' Mes frères, jusqu'à ce jour, je me suis conduit devant Dieu avec toute la droiture d'une bonne conscience. "
A ces mots, sur l'ordre du grand prêtre Ananie, un satellite le frappa sur la bouche. Paul se redressa et protesta : '' Un tel outrage est contraire à la Loi. A ton tour Dieu te frappera, muraille blanchie. "
Cette sanglante injure était bien méritée, et nous sommes bien tentés d'applaudir. Mais ([uand
on lui reprocha de maudire le Grand-Prêtre, Paul s'excusa en disant : " J'ignorais que ce fût le Grand-Prêtre;" et il trouva alors un moyen fort habile de diviser le Sanhédrin : '^ Je suis Pharisien, fils de Pharisien. C'est parce que je crois à la résurrection des morts que l'on me poursuit. "
La discussion s'engagea immédiatement entre les Pharisiens et les Saducéens qui ne croyaient pas à la résurrection. Et le débat devint si violent que les Pharisiens eux-mêmes prirent la défense de Paul : '^ Nous ne trouvons aucun mal en cet homme, dirent-ils. Et qui sait si un esprit ou un ange ne lui a point parlé ? "
Le tribun mit fin au tumulte en commandant aux soldats d'enlever Paul, et de le reconduire dans la forteresse Antonia. Le lendemain, les disciples découvrirent un complot contre la vie de Paul. Quarante juifs s'étaient ligués entre eux, et s'étaient engagés à s'emparer de l'apôtre quand on le conduirait devant le Sanhédrin, et à le tuer. Un neveu de Paul, fils de sa sœur, domiciliée à Jérusalem, en informa le tribun, et dès la nuit suivante Claude Lysias fit monter Paul à cheval et l'envoya au gouverneur Félix, à Césarée, avec une escorte de soixante-dix cavaliers et de deux cents lanciers. Et voilà comment Jésus de Nazareth continuait de protéger son apôtre et de l'inspirer.
Devant les Grands de Jérusalem, il parlait avec l'autorité d'un prophète et ceux qui le rencontrèrent pendant la nuit sur la route de Césarée avec sa nombreuse escorte le prirent sans doute pour le gouverneur Félix en personne, ou pour un officier supérieur des armées romaines.
Et maintenant, nous allons voir ces deux hommes en face l'un de l'autre, Paul et Félix.