‹ PaulinaChapitre 44 sur 63 · MIRABILIS IN ALTIS DOMINUS · texte numérisé non relu

MIRABILIS IN ALTIS DOMINUS

(Ps. 92)

En ce temps-là, les naufrages étaient fréquents sur la mer Tyrrhénienne. Les voyages étaient nombreux, et les navires à voiles et à rames, les seuls connus alors, étaient trop faibles pour résister aux tempêtes de la mer.

Deux fois déjà, F apôtre avait failli périr dans les flots, et il se demandait s'il ne serait pas exposé à un troisième naufrage dans la traversée qu'il allait faire de César ée à Rome. Le centurion Julius de la cohorte d'Auguste, chargé de la conduite de Paul, le fit embarquer sur un navire d'Adramytte, qui n'allait pas en Italie, mais qui dans ses escales à différents ports de la côte d'Asie rencontrerait probablement quelque vaisseau en route pour l'Italie. Ces prévisions du centurion étaient bien fondées, et il trouva à Myre, en Lycie, un vaisseau d'Alexandrie qui faisait voile pour Néapolis. Il s'y embarqua avec son prisonnier.

Les premiers jours de la navigation furent d'un calme et d'une lenteur qui désespéraient les mariniers. Parfois pendant la nuit tout s'endormait dans un silence de temple abandonné. La

mer était douce comme un parvis d'onyx et nul souffle de vent n'en ridait la surface Les voiles alanguies et immobiles pendaient le long des mâts et les rameurs, assis sur leurs bancs, dormaient la tête appuyée sur leurs bras croisés au-dessus des rames inmiobiles. Sur le pont attiédi, après le coucher du soleil, les passagers gisaient, sommeillant ou rêvant. Seul, Paul veillait, les yeux fixés sur les étoiles, qui luisaient comme des clous d'argent dans l'immense tente violette du ciel.

'' Quel beau temple ! " disait-il aux voyageurs lassés et '^ qu'il est grand le Dieu qui l'a bâti ! " Et il leur racontait des épisodes de ses missions, et des villes qu'il avait converties à Jésus-Christ. De temps en temps, des souffles intérieurs soulevaient de grandes vagues douces qui berçaient le navire comme une mère berce son enfant.

" Mirabiles elationes maris, disait Paul avec le poète-roi, Mirabilis in altis Dominus ! "

Mais une nuit, un vent violent s'éleva du Nord, et après plusieurs jours de navigation difficile, ils abordèrent en Crète à un endroit nommé Bons- Ports. Paul conseilla d'y passer l'hiver ; car la mauvaise saison était venue et la navigation devenait périlleuse. Il n'y avait guère d'espoir d'arriver en ItaUe. Mais le maître du navire et le pilote ne furent pas de cet avis, et ils reprirent la mer.

I^ tempête se déchaîna bientôt, selon le pro-

nostic de Paul, et le bateau fut ballotté, secoué, emporté dans toutes les directions.

^^ Le vieil Eole est fâché, disaient les marins, et il a déchaîné contre nous ses terribles enfants les Aquilons et les Autans. "

Il fallut abattre les voiles, hâler les rames à bord et se laisser entraîner à la dérive.

Le centurion, qui lisait VEnéide, s'approcha de Paul et lui dit : '' Nous entrons dans les parages où les malheureux Troyens furent décimés par la plus terrible des tempêtes. Virgile en fait une description très poétique et trop vraie, et je crains que nous n'en fassions l'expérience. Le poète nous montre que Neptune s'aperçut trop tard que son royaume était profondément troublé ; et quand il intervint pour calmer la mer, une grande partie des compagnons d'Enée étaient ensevehs dans les flots.

'' Certes, le vieux dieu au trident aurait dû être plus vigilant. Il est vrai qu'à cette saison de l'année, il est très occupé sur toutes les mers du monde.

— Je vois, dit Paul, que vous ne croyez plus à cette fabuleuse divinité de la mer.

— Oh ! non, dit le centurion.

— Le Dieu que je prêche, reprit Paul, est plus puissant.

— Il faudra nous le montrer si la tempête augmente.

— Je le prierai certainement pour tous, " dit Paul.

Bientôt la tourmente grandit encore, plus rageuse et plus profonde. C'était une lutte de souffles et de vagues, et la mer si belle dans les calmes ondulations des jours précédents était devenue un horrible chaos. Un invisible fossoyeur y creusait d'innombrables tombes. Le faible na\'ire, ballotté sans pitié, obéissait à toutes les forces contraires de l'ouragan, dans les obscures profondeurs de la nuit. Pour alléger le navire, on dut sacrifier la cargaison, mais ce ne fut pas assez. On coupa les mâts et les agrès, qu'on jeta à la mer.

" \'oyez, disait Paul aux marins, à quel point nous sommes les jouets de la nature, et comme elle aurait bientôt fait de nous anéantir si la main de Dieu ne nous soutenait pas contre elle. "

Mais sa parole se perdait dans les mugissements de l'aquilon. La mer se dérobait sous la faible carène et la voûte céleste, devenue lugubre, s'abaissait comme un plafond qui s'effondre. Tout s'effondrait aussi dans les cœurs des passagers ; pas une étoile à l'horizon, pas une lueur, pas un reflet ; des éclairs fendaient les nues, si effrayants qu'on fermait les yeux pour ne pas les voir, et des roulements de tonnerre jetaient l'épouvante jusqu'au fond des âmes. Pour empêcher la carène de s'ou\'rir on l'avait encercelée av«c des cables.

Personne ne parlait plus, la terreur était générale. Sans force ni courage, muets de stupeur, plus désemparés que le vaisseau lui-même, écrasés sous la force et la cruauté des éléments, les passagers gisaient sur le pont comme des machines brisées.

Il y avait treize jours que la tempête durait, et la mort paraissait inévitable quand le quatorzième jour commença. Plusieurs passagers qui croyaient encore à Neptune le suppliaient en vain de calmer la tempête. Heureusement Paul avait à son service une force nouvelle, encore inconnue, et qui pouvait maîtriser à la fois et les flots de la mer et les âmes. Au milieu de tous ces malheureux dont la perte était imminente, Paul se leva soudain et leur dit :

'' Ecoutez-moi, et prenez courage. Aucun de vous ne périra. Cette nuit même, un ange du Dieu à qui j'appartiens et que je sers m'est apparu et m'a dit : Dieu t'a donné tous ceux qui naviguent avec toi ; nous allons échouer sur une île, et nous serons tous sauvés. "

Tous ces désespérés le crurent, et firent tout ce qu'il leur demanda. Il prit le commandement du navire. Il dénonça aux officiers le projet que quelques matelots avaient formé de mettre la chaloupe à l'eau pour s'enfuir, il la fit jeter à la mer. Puis, il dit à tous : ''Je vous le répète, aucun de voub ne périra ; mais il ne faut pas vous

laisser mourir de faim, il faut manger, " et il se mit à manger lui-même.

Malgré toute l'horreur de la situation, tous reprirent courage et mangèrent avec l'apôtre. Quand le jour se leva, une petite île était devant eux à l'horizon. Emporté par le vent, le navire alla s'enliser dans un banc de sable, où la vague commença à le démohr. Il y avait deux cent soixante-seize passagers à bord. Les uns à la nage, les autres sur des épaves, tous arrivèrent sains et saufs au rivage.

L'île se nommait Alelita (Malte) et les naufragés y furent très bien traités par *les insulaires. Ils y passèrent l'hiver.

La mission que Paul allait remplir à Rome, il la commença donc à Malte. Souvent il allait en compagnie du centurion ou de quelque soldat de sa suite faire de longues courses dans les montagnes ou sur les promontoires de l'île, dans les petits villages de pêcheurs disséminés sur la côte, et conmie le souvenir de Jésus était toujours présent à son esprit, il en parlait sans cesse. Il racontait les merveilles de sa vie, à ces populations païennes, et il leur apprenait à connaître le vrai Dieu.

Le gouverneur de la ville se nommait Publius et son père était gravement malade. Paul entra chez lui, lui imposa les mains et le guérit. Un grand nombre d'autres malades lui furent alors amenés, et il guérissait à la fois les corps et les âmes.

DE MELITA A ROME

Dès cette époque lointaine, comme dans les temps modernes, les vaisseaux en bois portaient à leur avant, sous le beaupré, une sculpture plus ou moins artistique, représentant un personnage historique ou religieux, humain ou divin, qui les désignait et leur conférait un nom. Celui que le centurion trouva à Melita portait Fenseigne de Castor et PoUux, dont les images étaient aussi gravées sur les monnaies romaines. Il venait d'Alexandrie et il avait passé l'hiver à Melita. Après de courtes escales à Syracuse et à Rhegium, il vint jeter l'ancre dans le port de Putéoli (aujourd'hui Puzzuoli, ou PouzoUes). Paul fut bien étonné d'y trouver des chrétiens, qui, à force d'instances, le retinrent pendant sept jours avec ses compagnons de voyage.

Qui avait déjà converti cette population ? L'histoire n'en raconte rien d'authentique. Mais selon la tradition, ce serait saint Pierre qui aurait abordé au même endroit en venant à Rome vers l'an 42, après qu'il eût échappé à la persécution d'Hérode- Agrippa.

Que de récits intéressants dût faire à ces premiers chrétiens le grand apôtre des Nations, pen-

dant les sept jours qu'il passa avec eux ! Et quelle joie ils eurent d'apprendre avec quelle rapidité se répandait dans le monde civilisé la connaissance du nouveau culte ! Lorsque Paul prit congé de ses nouveaux amis, ses prédications s'étaient propagées dans la grande ville de Xéapolis et le nombre des néophytes avait décuplé.

Le centurion connaissait très bien le chemin à suivre pour aller de Puzzuoli à Rome, et c'est à Capua que les voyageurs allèrent rejoindre la Via Appia. Deux jours après, ils avaient atteint Terracina à 70 milles de Rome. Le troisième jour, ils traversèrent les marais Pontins dans un long bateau plat remorqué par une mule ; et vers le soir, ils abordèrent au forum d'Appius formé d'un marché, d'une hôtellerie et de quelques maisons. Ils y passèrent la nuit.

Une agréable surprise les y attendait. La phipart de ceux que Paul avait salués noimnément dans son épitre aux Romains étaient venus l'y rencontrer. Paul les embrassa tous, comme ses enfants ; il s'assit avec eux à la table qu'ils avaient préparée pour le recevoir, et il leur raconta toutes les péripéties de son voyage, et toutes les merveilles de la propagation évangélique.

Le lendemain matin les voyageurs reprirent leur route, en suivant toujours la Via Appia. Le centurion à cheval marchait en t^te avec quel-

ques légionnaires et les autres soldats fermaient la marche. Quarante milles les séparaient encore de Rome.

Il faisait une belle journée de la fin de mars, et sur les bords de la route les violettes s'épanouissaient dans l'herbe verte. Tous semblaient heureux, et cheminaient par groupes, causant en marchant. Les Juifs venus de Rome interrogeaient tantôt Paul de Tarse, tantôt Luc, ou les légionnaires, et chacun racontait les péripéties de leur aventureux voyage.

'^ Oh ! disaient les légionnaires, nous avons failli périr bien des fois, et si nous ne sommes pas tous au fond de la mer, c'est bien parce que cet homme extraordinaire nous a sauvés. "

Chacun faisait son récit de quelque incident du voyage. Aux Tr ois-Tavernes, les voyageurs firent une nouvelle station ; et ils y trouvèrent un nouveau groupe de chrétiens, venus de Rome au devant de Paul. Bientôt, ils entrèrent dans cette partie de la voie qui est bordée de tombeaux.

Les monuments funéraires, les pyramides de marbre, les tours, les rotondes et surtout les inscriptions les arrêtèrent souvent, et ralentirent leur marche. Non loin des tumuli des Horaces et des Curiaces, sur les dalles de marbre d'un tombeau qui n'avait pas encore vieilli, ils lurent les noms de deux femmes restées célèbres à Rome, Terentia, épouse de Cicéron, et Tullia, sa fille.

Arrivés au mausolée de Cecilia Metella, ils firent halte. Paul monta sur le parapet supérieur de la tour à créneaux, et il eut alors sous les yeux pour la première fois le magnifique panorama de la \^lle des Césars.

'' La nature fait de belles choses, dit-il au centurion, mais les honames aussi en font de très belles ; ''et il se laissa gagner par l'admiration. '^ Et pourquoi le génie de l'homme, émanation de l'idéal divin, ne ferait-il pas des œuvres admirables ? "

Paul regarda longtemps. Que d'édifices majestueux couronnaient les sept collines et formaient par leur réunion des montagnes d'architecture grecque et romaine ! Quels portiques ! Quelles colonnades superposées ! Que de palais, que d'arcs de triomphe ! Que de théâtres et de thermes ! Paul se faisait nommer les monuments, les plus élevés qu'il indiquait de la main ; mais il contempla surtout celui qui dominait tous les autres et qui était le temple de Jupiter au sommet du Capitole. Son dôme de marbre et d'or qui scintillait aux feux du soleil lui rappela la coupole du Saint des Saints du temple de Jérusalem. Tout à coup, Paul inclina la tête sur sa poitrine et se prit à pleurer.

Luc s'approcha et lui dit : " Paul, pourquoi pleurez-vous ? "

Paul répondit : " Regarde ce temple splendide

qui domine Rome. C'est le polythéisme fait monument, et l'autre merveille que nous avons quittée pour toujours peut-être, c'est le judaïsme pétrifié dans le temple de Jérusalem. Tous deux paraissent également indestructibles. Et cependant, de l'un comme de l'autre, il ne restera pas pierre sur pierre.

^' Les derniers jours de Jérusalem approchent, et tous les crimes qu'elle a commis et qu'elle n'a pas voulu laver dans les larmes du repentir, elle les expiera dans le sang et dans le feu. Le jour de la terrible expiation est presqu'arrivé pour elle. Or, il en sera de même du temple Capitolin quand Rome aura, comme Jérusalem, tué Jésus de Nazareth dans ses apôtres et dans ses saints. De même que les soldats de Rome auront rasé Jérusalem, les barbares du Nord viendront et détruiront la Rome païenne ! . . . "

Quand Paul sortit du tombeau de Cecilia Metella les voyageurs reprirent leur marche, et bientôt ils passèrent devant le tombeau des Scipions et sous la porte Capena.

— O Romains, qui vous abandonniez tout récemment à des joies délirantes, quand vous receviez dans vos murs le monstre à face humaine que l'histoire a nonrnié CaUgula ! O vous, qui avez alors immolé plus de cent soixante mille victimes en actions de grâces pour cet inappréciable présent des dieux ! O Romains, quel accueil allez-

VOUS donc faire à cet homme qui vous apporte la vérité et la liberté ? Est-il donc vrai que vous allez le loger en prison ?

Quel aurait été votre étonnement quand vous l'avez rencontré aux portes du grand cirque si quelqu'un vous avait dit : C'est le plus grand des citoyens romains qui fait son entrée dans la capitale du monde ci\TLlisé. Humble et pauvre d'apparence, il y arrive comme le plus vulgaire des voyageurs, hâlé, fatigué du voyage et de la mer. Qu'y ^dent-il faire ? Du commerce ? Le trafic des produits d'Orient ? Cherche-t-il des richesses ou des plaisirs ? Oh ! des plaisirs, cette grande ville en est rempHe. Elle est la grande prostituée vers laquelle accourent toutes les nations de la terre.

Y a-t-il des relations ? Appartient-il à quelque grande famille ? Possède-t-il quelques millions de sesterces pour acheter quelque charge publique, ou arriver à quelque proconsulat, dans les provinces lointaines de l'immense empire ? Non, ni les richesses, ni les hoimeurs, ni les plaisirs ne l'attirent. Dormez en paix, ambitieux et courtisans, assoiffés de popularité, et poursuivez vos rêves de grandeur et de gloire.

Il ne vous fera pas concurrence celui qui entre à pied, couvert de sueur et de poussière, dans cette Voie Triomphale, qu'ont parcourue avant lui, avec toute la pompe et la majesté dos dieux,

les grands hommes de guerre, les conquérants et les Césars. Non, rien ne le tente de ce qui attire et absorbe toutes vos facultés. Et cependant, son ambition est plus haute que la vôtre, car elle domine même votre intelligence. Déjà, il a parcouru une grande partie du vaste empire romain, et partout il a laissé des traces de son passage. Partout, il a fait des conquêtes que vous ne soupçonnez pas, car ce sont des millions d'âmes qu'il a conquises à la foi de Jésus-Christ.

Vous ne connaissez en ce monde que les forces matérielles. Lui connaît la force morale, et il la possède ; et il la met au service de Jésus de Nazareth. Et avec cette force que vous ignorez, il renversera tout — autels des dieux et trônes des Césars, institutions séculaires et décrets du sénat, puissance militaire, culte des faux dieux, temples et palais. Tout croulera au souffle de l'esprit nouveau que cet homme apporte, et tout sera renouvelé et rajeuni. Ce sera sa Rome, à lui, qui deviendra la Ville Eternelle. Mais en attendant que les jours de ce grand triomphe se lèvent sur le monde, Paul n'est qu'un pauvre prisonnier ; et c'est au Castrum Prœtorianum que le centurion le fait conduire.

Il semble tout d'abord que Paul commit une erreur en faisant cet appel à César ; car il aurait pu être relâché par Festus, comme Ta déclaré le roi Agrippa. Mais au contraire, sans qu'il ait

songé peut-être à se montrer habile, son appel avait été un acte de grande habileté. Car s'il avait été relâché les Juifs auraient sûrement exécuté le complot qu'ils avaient formé de le faire mourir. En allant devant César non seulement il échappait à leurs atteintes, mais il allait à Rome, qu'il se proposait de visiter depuis quelques années ; et il y était transporté aux frais de l'Etat.

Une fois devant le tribunal de César, Paul n'avait plus qu'à attendre que ses accusateurs de Judée et leurs témoins se présentassent à Rome, pour soutenir leurs accusations. Cette attente se prolongea deux ans, et dans l'intervalle, Paul ne fut soumis qu'à une demie captivité. Cette liberté relative lui permettait de remplir sa mission, et d'opérer de nombreuses conversions. Il eut d'abord des relations avec les Juifs du (ihetto ; mais il n'oublia pas que sa mission spéciale était de convertir les Gentils.

Cette œuvre était déjà commencée, et l'Eglise Romaine était fondée, puisqu'il avait écrit son épître aux Romains trois ans auparavant, alors qu'il était encore à Corinthe. En terminant cette épître, il énumérait les personnes qu'il connaissait déjà, et auxquelles il envoyait des salutations.

Suivant la Ugne de conduite ciu'il s'était tracée, Paul commença par faire connaître sa mission aux Juifs. Dans une réunion convociuée par lui-

même il leur déclara qu'il n'avait jamais combattu ni les Juifs qui étaient ses frères, ni leurs institutions. Ses frères de Judée l'en avaient accusé, mais à tort ; sa croyance dans l'avènement accompli du Messie avait été la seule cause de son arrestation. Les Juifs répondirent sans se compromettre, et demandèrent une autre réunion plus nombreuse.

Cette seconde assemblée eut lieu quelques jours après. Elle dura tout un jour et fut très orageuse. Pendant des heures, Paul exposa sa doctrine, c'est-à-dire la doctrine du Christ. Pendant des heures il discuta très fortement avec ses nombreux contradicteurs. A la fin, il s'indigna comme son Maître dans ses dernières prédications au temple de Jérusalem, et il les flagella avec une éloquence véhémente. Il leur appliqua les reproches du prophète Isaïe : ^^ qu'ils ne voyaient pas et qu'ils n'entendaient pas, parce qu'ils ne voulaient ni voir ni entendre " ; et il leur annonça que. le salut qui leur était offert, et dont ils .ne voulaient pas, serait désormais porté aux Gentils, et reçu et accepté par eux.

Un petit nombre s'attachèrent à lui, mais le plus grand nombre repoussèrent son enseignement. Dès lors, Paul se retourna tout à fait vers les Gentils, suivant la mission qu'il avait reçue.

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