‹ PaulinaChapitre 47 sur 63 · INSTAURARE OMNIA IN CHRISTO · texte numérisé non relu

INSTAURARE OMNIA IN CHRISTO

Dès qu'il fut acquitté, Paul poursuivit avec plus d'activité, et plus librement, son œuvre apostolique.

Tout restaurer, tout renouveler dans le Christ, voilà quel était son programme à Rome. Dans cette ville immense, qui avait bâti des temples à toutes les divinités des nations, il prêchait le Dieu unique et vrai, encore inconnu du monde civilisé.

Dans cet Olympe terrestre où les grands hommes se faisaient dieux, il annonçait le vrai Dieu qui s'était fait homme.

Où régnaient la corruption des mœurs, la soif des plaisirs et l'esclavage, il voulait établir la pureté de la vie, la tempérance, la charité et les autres vertus chrétiennes qui donneraient au peuple la liberté et le bonheur.

Prêchait-il seulement dans les églises particulières, dans les assemblées que les néophytes réunissaient dans leurs maisons ? Certainement non, puisque saint Luc termine les Actes des Apôtres en disant qu'il prêchait en toute liberté, et sans empêchement. Dans les premières années de son règne, Néron ne persécutait pas encore les chrétiens.

Paul devait donc prêcher l'Evangile partout où il rencontrait une foule disposée à l'entendre, sur le forum, au champ de Mars, au Camp Prétorien, dans les Thermes, peut-être.

Au fonun, n'y avait-il pas les Rostres, la tribune aux harangues, où les hommes politiques, les philosophes, les accusateurs pubhcs trouvaient tous les jours, à certaines heures, un auditoire curieux d'apprendre ce qui se passait en ItaUe et dans les provinces, et avide de connaître les doctrines nouvelles qui venaient d'Athènes, d'Alexandrie ou de Jérusalem.

Il est donc vraisemblable que Paul ait souvent adressé la parole au peuple du forum, à cette tribune aux harangues où tant de fois avant lui avaient parlé Cicéron, Hortensius, Caton l'ancien, Brutus, Messala, et tant d'autres.

Les sujets de conférence ne manquaient pas^ et les questions religieuses éveillaient toujours quelque intérêt dans les foules, malgré la décadence des mœurs. On sait qu'une simple profanation des mystères de la Bonne Déesse par le fameux Clochus avait faiUi causer une révolution dans Rome quelques années auparavant.

Les méditations religieuses de Cicéron sur les grands mystères de la vie future, les TusculaîwSy le Songe de Scipion, V Hortensius, et ses trait^Ss De natvra Deorum et De C ojisolatioue, ôhimit très lus et devaient attirer des auditeurs à saint Paul.

On se souvient du discours de Tapôtre devant TAréopage d'Athènes et du parti qu'il avait su tirer de Vautel dédié au Dieu inconnu. Il ne fut sans doute pas moins habile à Rome, et je présume qu'en s 'adressant au peuple du forum il sut tirer parti de leurs croyances religieuses, de leurs autels et de leurs temples.

Sans doute, il n'oublia pas d'attirer leur attention sur un certain autel que l'empereur Auguste avait érigé dans le temple de Jupiter, au sommet du Capitole, avec cette inscription : '^ Hœc est ara Primogeniti Dei ; c'est ici l'autel du premierné de Dieu ".

Quel était ce Premier-né de Dieu que l'empereur avait voulu honorer ? Lui-même n'en savait rien. C'était l'oracle de Delphes qui le lui avait annoncé, comme successeur et comme maître du monde.

Mais ce que l'empereur Auguste ignorait, Paul le savait ; et c'était ce futur maître du monde qu'il venait annoncer aux Romains. Il était né d'une vierge, en Judée, sous le règne d'Auguste, et il avait pour père Dieu lui-même.

Paul connaissait son histoire sur terre, et il racontait aux Romains sa vie, sa mort, sa résurrection. '^ Ce n'est pas une légende, leur disait Paul, ni une fable antique comme celles de vos divinités ; c'est une histoire vraie, toute récente, dont les nombreux témoins vivent encore ; un

grand nombre \dvent ici même à Rome, et ils vous diront comment ils ont cru à la divinité de ce Dieu nouveau. "

Et Paul leur racontait sa propre liistoire ; et il invoquait le témoignage de Luc et des autres disciples, et des Juifs récemment venus de la Judée et convertis à la foi chrétienne.

Mais la parole du grand apôtre était confirmée bien souvent par d'autres témoignages plus éloquents, je veux dire par les nombreux miracles qu'il faisait.

Parfois il évoquait les souvenirs du grand siècle qui \'enait de finir, et des grands hommes qui l'avaient illustré. Comme il avait cité un poète grec devant l'Aréopage d'Athènes, il invoquait devant les Romains l'autorité de leur plus grand poète, Virgile, et de leur plus grand orateur Cicéron. Il tirait de leurs ouvrages des é\'ocations de la Sybille de Cumes annonçant " une race nouvelle descendant des cieux, un enfant extraordinaire, Fils des Dieux, noble rejeton de Jupiter qui allait bientôt gouverner le monde. . . " Et il leur disait : ''Ce futur maître du monde, que votre \^irgile n'a pas comiu, je viens vous le faire connaître.

" On a cru qu'il viendrait de la Judée, et l'on ne s'est pas trompé. C'est là qu'il est né, c'est là qu'il est mort, c'est là qu'il est ressuscité, c'est là qu'il a fondé son royaume, et c'est de là que

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son règne va s'étendre dans le monde entier.

'' Mais ne croyez pas, Romains, que son règne soit une menace pour la puissance romaine. Ce n'est pas un royaume temporel que notre Dieu, le Dieu des chrétiens, est venu établir sur la terre. C'est une souveraineté toute spirituelle exerçant son empire sur les âmes, et non sur les royaumes de la terre. * -

'' Ne confondez pas les chrétiens avec les Juifs de Jérusalem qui sont révoltés contre Rome. Ceux-ci sont les ennemis des chrétiens, ccnnme ils sont les ennemis des Romains. Ce sont eux qui n'ont pas voulu reconnaître notre Dieu Jésus, et qui l'ont fait mourir sur une croix. Mais il a prouvé qu'il était Dieu en ressuscitant des morts^ et en remontant au ciel, d'où il était descendu, comme l'annonçait Virgile : " Nova progenies cœlo demittitur alto. "

Paul n'était pas seul à propager partout la parole évangélique. Il avait de nombreux disciples qui enseignaient avec lui la vérité chrétienne, et, comme son maître Jésus, il avait de saintes femmes qui l'accompagnaient un peu partout et qui collaboraient largement aux œuvres apostoliques.

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