AU PIED DES MONTS SACRÉS
Comme Elie de Thisbé, le prophète du Carmel,
qui marcha quarante jours et quarante nuits vers la montagne d’Horeb, Saul de Tarse avait eu l’inspiration de faire le même pèlerinage. Sac au dos, et le bâton à la main, il cheminait las et triste, depuis des jours et des nuits, tantôt sur les grandes routes tracées par les caravanes de l'extrême Orient, et tantôt dans les sentiers perdus des pasteurs nomades, descendants d’Ismaël, Déjà il avait franchi les montagnes de Moab, semblables à des temples coupés d’ogires, et Couronnés de flèches gothiques. Et maintenant il traversait des mers de sable aux vagues jaunes
; et mouvantes, qui crissaient sous ses pas, et qui
brûlaient ses sandales.
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Derrière lui, les syrtes onduleuses avaient fu bien loin, et sur sa tête planait toujours le cie flamboyant, morne et illimité.
À lhorizon, des mirages décevants et toujours renouvelés lui montraient des îles de verdure et des lacs bleus qui s’évanouissaient à son approche. |
Sous les feux du soleil, la plaine fauve s’embrasait, et le sable d’or formait un réflecteur impitoyable. Il se sentait comme plongé dans une fournaise ardente. Mais cela n’était rien, pensaitil, comparé à l’embrasement du ciel qui l’avait terrassé sur le chemin de Damas.
Une incurable ophtalmie rendait le pauvre voyageur presqu’aveugle, et lui infligeait des tortures indicibles.
Quel bonheur quand il voyait enfin surgir à l’horizon sans limite et monotone les tentes grises ou brunes, en peaux de chameau, des pasteurs arabes, et leurs troupeaux de brebis Jaunes et noires.
Quel soulagement quand sous la verdure des rares oasis, il entendait les murmures d’une eau courante, aussi doux que les paroles d’un ami.
Quelles délices quand lui apparaissaient les premières étoiles, piquées comme des diamants dans le velours cramoisi du firmament !
Il s’enroulait alors dans son manteau, et sommeillait pendant quelques heures sur la dune
H immobile et tiède :
ent fui puis il reprenait sa marche le ciel à la lueur des étoiles. Il s'était dit en quittant Damas, que le Seigneur qui l'avait foudroyé aux
ujours ! portes de cette ville Je nourrirait, comme les erdure : anges avaient nourri le prophète du Carmel. Or ON aP- * aucun envoyé céleste n’était venu lui apporter ‘ un pain cuit sous la cendre ni un vase d’eau.
s’em- !
Mais d’autres messagers, des
oiseaux inconnus * impi- j de lui, s’approchaient et se 1
aissaient prendre,
8 une } comme ceux qui nourrirent les Hébreux dans le ensait- + désert. Pendant quelques jours il avait voyagé, l'avait À soit avec une Caravane qui lui avait fourni du
* pain et des viandes séchées, soit avec des berauvre { gers qui paissaient leurs troupeaux dans une vallée t des :
{ herbeuse, et qui l'avaient nourri et désaltéré. + Souvent il avait souffert de la faim et de la soif, Bir à et ces terribles privations s'étaient jointes aux grises douleurs de ses yeux malades :
; Mais ces peines steurs 4 physiques, comparées aux souffrances de son âme, es et £ n’étaient rien.
Les souvenirs de sa vie passée le torturaient ; e des
‘ et, dans ses longues insomnies, le fantôme d’'Etiene EAU % ne lui apparaissait, agitant encore ses bras aumi. 2 dessus du monceau de pierres qui était devenu t les 2% son tombeau ; Etienne, son camarade d’études nants # aux pieds du vieux Gamaliel, son rival et son supé- + rieur en éloquence, dont il avait été jaloux peutêtre, et qui avait été cruellement mis à mort sous ses yeux et de son consentement !
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ans lehéene ui
C’est à la suite de ce crime qu’il avait appo tant de fanatisme et de cruauté dans la persé tion des premiers disciples de Jésus de Nazare
Mais ce n’était plus contre eux qu’il aurai lutter désormais. Car Jésus de Nazareth av déployé contre lui une puissance surhumai et l'avait vaincu. Il l'avait terrassé violemme brusquement, avec une force qui était ver d’en haut, pleine de mystère, de terreur, de lère, et d'amour. Il l'avait aveuglé physiqn ment pendant quelques jours ; et puis il lui av. rendu à la fois la vue des yeux et la vue de l’ân pour lui faire bien comprendre qu’il était s vainqueur et son maître.
Sa conversion avait été soudaine, entière absolue. C’en était fait de ses mouvements d’c gueil, de ses instincts homicides et de ses fureur
Mais il ne voyait encore qu à travers un voi mystérieux la grande et glorieuse mission qt Jésus paraissait vouloir lui ecnfier.
C’est pour cela qu'il avait senti le besoin de : retirer dans la solitude pour y méditer. C’e pour cela qu’il s'était dirigé vers les monts sacr où Jéhovah descendait jadis pour enseign.
Moïse et le grand prophète Elie.
C'était un long et difficile pèlerinage. La séch resse et la famine n'étaient pas seulement sur | terre, comme au temps d’Elie : elles étaient dar
son cœur. Il avait faim et soif de la parole d
Mb ns FREE lertèesass réihsad
t apporté ? Dieu, et il se disait : Là-bas, sur le mont Horeb, persécu- { Jésus de Nazareth me parlera. Car s'il ne me Nazareth. . parle plus, je n’aurai qu’à mourir. aurait à : Dans les nuits sans lune, il suspendait sa mareth avait # che, et se reposait parce qu’il ne pouvait plus se humaine, * diriger dans les sentiers perdus du désert. Et lemment, ! quand la chaleur du jour était excessive, et qu’il it venue À trouvait quelques palmiers arrosés d’un maigre r, de co- } filet d’eau, il s’asseyait à l'ombre et il lisait le )hysique- { Deutéronome qui lui servait d'itinéraire, car il relui avait © faisait en sens inverse le grand voyage que le peuple de l’âme, : d'Israël avait fait à la suite de Moïse et de Josué. tait son + Toutes les étapes de cette merveilleuse émiî gration d’un peuple étaient devenues des lieux itière et { historiques.
nts d’or- | Les Amalécites, les Chananéens, les Jébuséens,
si
“mbistaite
fureurs. {les Amorrhéens, les Moabites, condamnés à,
un voile : périr par Jéhovah, avaient disparu. Mais au ion que # milieu des ruines de leurs villes, des bergers dresi saient leurs tentes, ou habitaient de pauvres vilin de se { lages, dont les noms primitifs avaient à peine C’est ? survécu dans les souvenirs des générations.
S sacrés ; Qu'’étaient devenues Hésébon, Basan, Astaroth, nseigner # Cadès, les villes des Amorrhéens ? Un soir, ! Saul s’arrêta au bord d’un torrent surnommé | Néhélescol, ‘ Grappe de raisin ”. C'était là que
a séche-
t sur la {les explorateurs de Moïse avaient trouvé cette nt dans grappe merveilleuse qu’ils avaient apportée à role de {leur chef, et qui prouvait la fertilité de la Terre