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PERSÉCUTIONS ET MIRACLES

Paul et Barnabé étaient aussi dans la jubilation : ils avaient souffert pour leur maître. Ils avaient connu les obstaclés de la nature, les montagnes sauvages, les forêts noires sans chemins, les torrents, les précipices, les cavernes peuplées de bêtes fauves et de brigands ; les rocs escarpés avaient tour à tour obstrué leur marche dans l’ascension du Taurus, et les contradictions haineuses, opiniâtres, et perverces des Juifs avaient entravé leur œuvre d’évangélisation.

Malgré tout cela cependant la semence divine avait germé dans des milliers d’âmes, conquises au Christ, et il; s’en allaient gaiement vers Iconinm rêvant de nouvelles conquêtes.

‘ Faites-nous souffrir davantage, demandaientils à Jésus-Christ. Pour vous nous voulons verser notre sang, pourvu qu'il ne soit pas inutile, et qu’il serve comme le vôtre à la rédemption du monde.”

Iconium était une vaste oasis au milieu des dunes de sable et des steppes sauvages de la Lycaonie, peuplée de Juifs, de Grecs et de Romains. Les deux missionnaires y prêchèrent dans la synagogue avec tant de succès ‘qu’une grande multitude de Juifs et de (‘recs embrassèrent la foi,’ disent les Actes.

Les Juifs incrédules en furent irrités, mais ils ne réussirent pas tout d’abord à ameuter le peuple contre les deux disciples de Jésus, et ceux-ci continuèrent à annoncer partout la bonne nouvelle.

Leur séjour dans Iconium se prolongea aussi longtemps qu'on leur laissa la paix et la liberté. Mais le nombre des prosélytes parmi les Gentils augmentait tellemer‘ que les Juifs organisèrent, avec les Gentils restés païens, un mouvement populaire dans le dessein de les outrager et de les lapider. Informés du complot, les deux apôtres s’esquivèrent sans bruit, et se dirigèrent vers Lystres et Derbé.

On croira peut-être que les succès évangéliques de Paul étaient dûs à son éloquence et à ses charmes personnels. Mais son éloquence était rude, et il ignorait les séductions de la rhétorique. Quant à sa personne, elle n'avait guère de charme. Il était petit, faible de santé et toujours souffrant. Une ophtalmie incurable inconnue en Occident, mais fréquente dans les pays d'Orient brûlés par le soleil, rongeait ses paupières et les couvrait de plaies saignantes qui inspiraient du dégoût. Il y a plusieurs de ses épîtres où il se plaint de cette maladie qui lui rerdait la lecture et l'écriture extrêmement difficiles.

C’est évidemment par allusion à ses yeux malades qu’il écrira plus tard aux Galates, si aimants et si dévoués : “Je vous donne ce témc',snage

que si la chose eût été possible vous vous fussiez . arraché les yeux pour me les donner.”

Non, ce n’est pas l’éloquence ni le prestige personnel de saint Paul qui peuvent expliquer les immenses succès de son apostolat. L'œuvre entreprise était surhumaine, et il fallut des forces surhumaines pour l’accomplir. Aussi Paul avait-il re- Cours au miracle quand sa parole était impuissante.

L'écrivain sacré affirme que Paul accomplit de nombreux ‘prodiges à Iconium, mais il ne les raconte pas.

C'est la tradition qui nous a transmis l’histoire merveilleuse de sainte Thècle. Plusieurs récits apocryphes ont ajouté à cette histoire de nombreuses fictions, et des prodiges extraordinaires dont plusieurs sont vrais sans doute, et d’autres ir 1aginaires.

Thècle était la fille d’un riche marchand grec d’Iconium. Elle était très belle et d’une intelligence remarquable. Elle avait fait des études très complètes dans les lettres et la philosophie païennes. -

Le fils d’un proconsul d’Antioche en était devenu amoureux, et les parents la lui avaient promise en mariage. Mais, un jour de fête, sur la place publique d’Iconium, elle entendit prêcher Paul dont tout le monde vantait la parole persuasive.

Son père et sa mère étaient avec elle, et ils en-

tendirent tomber de la bouche du grand apôtre ces paroles extraordinaires : “ Celui qui marie sa fille fait bien, celui qui ne la marie pas fait mieux.”

“Quelle est cette doctrine étrange ? se dirent entre eux les parents de Thècle. Nous ne l'avons jamais entendue dans l’enseignement d'aucune école juive, grecque ou romaine. Nous ne l'avons jamais lue dans aucun livre. Elle est contraire à la loi naturelle de l'humanité.

“L'état de mariage c’est l’union que Jéhovah bénit, et c’est la fin de l’homme sur la terre.

— Qui, répondait la jeune fille, nais l’apôtre soutient qu’il y a un état supérieur, dégagé de la chrir, quasi-angélique, l’état de virginité ; et c'est cette vie supérieure qui m’attire.”

Et sans entendre cette controverse entre ses auditeurs, l’apôtre développait sor. enseignement sur la virginité :

“Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur ; mais je donne un conseil...

“ La femme est liée à son mari aussi longtemps qu’il est vivant. Si son mari meurt elle est libre de se remarier : mais elle est plus heureuse si elle ne le fait pas... Es-tu lié à une femme, ne cherche pas à rompre ce lien. N’es-tu pas lié À une femme, ne cherche pas de femme. Celui qui n’est pas marié a souci des choses du Seigneur ; celui qui

est marié a souci des choses du monde ; mais il n’a pas été donné à tout le monde d'atteindre aux honneurs de la virginité. Ce don n’est fait qu’au âmes d'élite...”

L'enseignement de saint Paul avait opéré de nombreuses conversions parmi les grandes dames d’Iconium ; et Thècl. devenue chrétienne, fit le vœu de virginité, qua. elle eut entendu la prédication de l’apôtre sur le L.ariage et le célibat.

Le proconsul d’Antioche et son fils, ainsi que les parents de Thècle, furent très affigés, ei même indignés d'apprendre cette résolution de la jeune fille. Tous les moyens de persuasion furent employés pour la détourner de la -‘ie religieuse, si non de la vie chrétienne. Mais elle fut inébranlable.

Le jeune homme fit un dernier effort, qui selon les apparences devait assurer son ma.iage, car il lui dit :

‘Non seulement je vous permettrai de rester chrétienne si vous m’épousez ; mais j’embrasserai moi-même le christianisine, et je ferai de vous la plus heureuse des femmes dans la pratique de vcs croyances religieuses.”

Mais Thècle lui répondit : “Je ne connais aucun homme qui soit plus digne que vous de mon estime et de mon affection ; mais j'ai fait choix d’un époux qui est au-dessus de tous les hommes.

— Est-ce donc un Dieu ?

— Oui c’est un Dieu, auprès duquel tous les divux de l’Olÿmpe ne sont que fable et chimère.”’

Dénoncée comme chrétienne par ses parents eux-mêmes, elle fut livrée aux magistrats, qui la condamnèrent à être dévorée par les bêtes dans l’amphithéâtre d’Antioche. Le proconsul et son fils voulurent eux-mêmes assister au supplice. Mais auand les lions entrèrent dans l'arène, ils poussèrent un rugissement en s’approchant de la vierge, et, comme séduits par sa beauté, ils se couchèrent à ses pieds.

Le proconsul la fit alors ieter dans une chaudière d'huile bouillante. Elle leva les bras au ciel, et prononça le nom de Jésus en ajcutant qu’elle se sentait dans un bain délicieux. ;

Le proconsul et son fils furent plongés dans l'admiration, et se convertirent, avec toute la famille de la jeune vierge.

Thècle travailla pendant vingt ans à la conversion des familles païennes dans les villes de l’Asie- Mineure et de la Grèce. Elle retrouva saint Paul à Rome, et dans l’année qui suivit la mort de l’apôtre, elle y cueillit les palmes du martyre.

Au début, les succès des deux apôtres ne furent pas moins grands à Lystres qu’à Iconium.

Dès sa première prédication, Paul aperçut dans son auditoire un malheureux infirme, boiteux de naissance, qui n’avait jamais marché. Son attitude exprimait à la fois son désir d’être

guéri, et sa confiance. Paul lui dit d’une voix forte : “ Lève-toi droit sur tes pieds.” Le boiteux sauta, et se mit à marcher.

La foule qui connaissait l'infirme depuis longtemps fut émerveillée. Elle n’hésita pas à voir dans ce prodige l'intervention divine ; et comme elle ne connaissait pas d’autres dieux que ceux de l’Olympe, eile crut que Jupiter et Mercure étaient descendus parmi eux. Ce fut une joie délirante parmi le peuple. Il courut au temple de Jupiter Pour annoncer au prêtre que le souverain des dieux venait de faire son apparition dans la ville. Barnabé, qui était grand et de noble prestance, était certainement Jupiter, et Paul, qui était petit et chétif, mais qui portait la parole, était Mercure.

Le prêtre ne fut pas incrédule, et bientôt, à la tête d’un nombreux cortège de peuple, il défila dans la ville, conduisant des taureaux tout enguirlandés, destin’s au sacrifice en l’honneur de Jupiter. La procession s’approchait de la demeure ds deux apôtres, lorsqu'ils furent informés de ce jui se passait. Ils en furent tout horrifiés, et se précipitant au devant du cortège, ils déchirèrent leurs vêtements en protestation contre le sacrilège. Et Paul prit la parole :

“ Que faites-vous là ? dit-il à la foule exaltée. Nous sommes des hommes comme vous, sujets aux mêmes infirmités que vous. Celui que nous vous prêchons, c’est le Dieu vivant qui a fait le

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ciel et la terre...” Mais ce ne fut pas sans peine qu’il convainquit les manifestants de leur erreur grossière.

Ils n’e restèrent pas moins convaincus que les deux prédicateurs étaient des hommes extraordinaires, à cause des miracles dont ils étaient les témoins, et un grand nombre crurent au Dieu nouveau que Paul leur annonçait.

Gomme dans Iconium, les deux apôtres fondèrent à Lystres une église : et ils se réjouissaient de la diffusion rapide de l’évangile, lorsqu'ils furent l’objet d’une nouvelle guerre suscitée par des Juifs envoyés par les synagogues d’Iconium et d’Antioche. Et, comme bien d’autres avant eux et après eux, ils firent cette expérience que la Roche Tarpéienne est tout près du Capitole.

Plusieurs de ceux mêmes qui les avaient acclamés comme des dieux ne virent plus en eux que des criminels dignes de mort.

Mais les menaces et les prédictions de mort n’arrêtaient pas l’activité apostolique de Paul. Loin de là, il soupirait après la persécution pour ressembler davantage à son maître. Il se souvenait d’avoir été lui-même un persécuteur, et d’avoir fait lapider Etienne. Bien souvent il se disait : ‘Que ne puis-je expier complètement ma faute en subissant le. même supplice !”’

Ce vœu de son zèle apostolique fut exaucé à Lystres. Un jour il termina son ardente prédica-

tion par cette prédiction terrible : ‘“ Je suis Juif comme vous, et je porte comme vous la responsabilité de la mort de Jésus-Christ. Eh bien ! je vous le prédis, dans l’histoire des siècles futurs on nous appellera le peuple déicide ! ” La foule indignée s’écria : “Il mérite la mort ! Qu'il soit lapidé ! ”

On se précipita sur lui. On l’attacha à une borne, à la porte de la synagogue, et les plus furieux firent cercle autour de l’apôtre.

Une grêle de pierres tomba sur lui. Il protégeait sa tête de ses bras et de ses mains. Mais bientôt ses bras tombèrent impuissants et ensanglantés. : Une grosse pierre lancée avec violence l’atteignit au front, et il s’affaissa.

Les exécuteurs ne se lassèrent pas ; ils ne s’arrétèrent que lorsqu'ils le crurent mort.

Il avait perdu Connaissance, et il gisait sous un monceau de pierres comme dans un tombeau.

Alors ils l’arrachèrent à ce tumulus rouge de sang, et le traînèrent en dehors de la ville. Quand les bourreaux et les curieux se furent retirés, quelques disciples osèrent s’approche: pour emporter son corps et lui donner la sépulture. Mais ils l’entendirent qui disait : Etienne, Etienne ! Aie pitié de moi, qui n’ai pas eu pitié de toi. ”

Alors ils le relevèrent tout couvert de plaies, le couchèrent sur une civière formée de branches de palmier, et le transportèrent dans la demeure

PAULINA 93 de Loïs et d'Eunice qu’il avait converties quelques jours auparavant. Ces deux femmes ont été les amies inoubliables de saint Paul ; et Timothée qui fut son disciple bien-aimé était le petit-fils de la première et le fils de la seconde. Les pieuses femmes lui prodiguèrent les soins les plus dévoués et les plus intelligents. Elles pansèrent ses plaies et le récon‘-rtèrent. Le dévouement de ses disciples le consola, et dès le lendemain il put quitter la ville ingrate et in- Constante, qui, la veil' l'avait acclamé comme un dieu !

Timothée, on le sait, devint son disciple bienaimé, et ne le quitta que lorsqu'il devint évêque d’Ephèse. C’est là qu’il fut lui-même lapidé, et mourut de ce supplice.

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