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un instant, ils s’élancèrent tout armés hors de la tente.
“Qui va là ? cria le chef.
— Des amis, répondit Paul.
— Nous n'avons pas d'amis.
— Vous voulez dire que vous n'aimez personne, et c’est peut-être vrai. Mais moi, je veux dire que nous aimons tout le monde, même vous que nous ne connaissons pas. Pouvez-vous nous empêcher de vous aimer ?
— Oui, en vous faisant du mal. :
— Vous vous trompez ; car le Dieu que nous servons nous commande d’aimer ceux qui nous font du mal.
— Alors, prouvez-nous que vous nous aimez en vous dépouillant de tout ce que vous avez, et en nous le donnant. Sinon nous le prendrons de force, comme nous faisons à tous ceux qui tombent entre nos mains. Comprenez-vous ?
— Je vous comprends très bien, et vous allez
: me comprendre aussi. Si je possédais quelque bien,
je le partagerais volontiers avec vous ; mais je ne possède rien. Je vis d’aumônes, et cette besace contient toute ma fortune : quelques vieux vétements et quelques livres. Je n’ai nulle part aucune habitation. Vous êtes plus riche que moi, puisque vous avez une tente, et je vais vous demander une faveur, que vous ne me refuserez pas — l’hospitalité pour la nuit.
— Mais vous n'avez pas peur de passer la nuit avec des brigands ?
— Non.
— Je pourrais vous tuer cependant.
— Non, vous êtes trop intelligent pour tuer un homme sans motif. J'ai d’ailleurs beaucoup de choses à vous dire, des choses que vous avez intérêt à savoir, et que je vous dirai demain.
— Vous êtes un singulier personnage. Juif, grec ou romain ?
— Je suis Juif et citoyen romain. Je parle les trois langues.
— Et où allez-vous ?
— Nous allons visiter Antioche de Pisidie, et Iconium, et Lystres, et les autres villes de la Galatie. |
— Vous n’êtes pas des touristes, ni des commerçants, puisque vous n'avez ni or ni argent.
Qu’allez-vous donc faire dans ces villes ?
— Nous allons y prêcher une religion nouvelle.
— Ah! Je croyais que nous avions déjà beaucoup trop de divinités. Le dernier dieu qu’on nous a fait connaître se nommait Caligula, et il n’a pas mieux enseigné aux autres à faire le bonheur de l'humanité. Est-ce le divin Claude que vous allez annoncer aux malheureux de la Galatie ? Alors, je suis bien tenté de ne pas vous permettre d’aller plus loin.
— Non, le nouveau Dieu, le seul vrai Dieu, dont
lit
PAULINA 81 nous sommes les envoyés, se nomme Jésus-Christ, et, quand je vous l'aurai fait connaître, vous serez heureux de devenir un de ses disciples.”
Le chef des brigands prit alors la besace de Paul et celle de Barnabé, et les plaça dans un coin de la tente. Il invita les deux apôtres à s’y coucher, et il s’étendit lui-mêine auprès d’eux.
Le lendemain, les brigands prièrent les deux missionnaires de passer la journée avec eux, et se montrèrent très attentifs aux discours de Paul qui leur raconta son histoire et celle de Jésus-Christ.
Au lever du soleil, le surlendemain, quand les deux missionnaires se préparèrent à partir, les brigands demandèrent le baptême. Un ruisseau coulait au fond du ravin, et Paul les y baptisa.
Les adieux furent touchants, et les nouveaux amis promirent de se retrouver à Antioche.
Vers le soir, les deux voyageurs furent heureux de sortir de la forêt, après avoir franchi le sommet du Taurus.
Sur le versant septentrional ils trouvèrent la nature plus hospitalière, et de grands pâturages, avec une population de pasteurs qui les hébergea et leur fournit la nourriture dont ils avaient besoin.
Enfin, après plusieurs jours de marche, ils arrivèrent à Antioche de Pisidie, ville florissante, admirablement située, non loin de beaux lacs bleus aux rives boisées, Les Juifs ÿ étaient nombreux, et très influents ; mais à côté des synagogues s’élevaient,
un temple à Bacchus, et un autre à la Lune.
Quand vint le jour du sabbat, Paul et Barnabé se rendirent à la synagogue et furent présentés aux anciens. Paul y fut invité à prendre la parole.
Le discours rapporté aux Actes des Apôtres n’est évidemment qu’un résumé très incomplet, comme le sont d’ailleurs tous ses autres discours. Ccmme les autres, et comme ceux de Pierre, et celui du premier martyr Etienne, il se divise en trois parties.
L'orateur, résume d’abord la merveilleuse histoire du peuple de Dieu et de son glorieux législateur Moïse. Puis il raconte l'avènement du Messie en Jésus que les Juifs de Jérusalem n’ont pas reconnu. Après avoir rappelé sa mort ignominieuse, il affirme et prouve sa résurrection glorieuse. Et comme conclusion il proclame le dogme fondamental de la religion nouvelle : le salut de tous par ia seule foi en Jésus, sans l’assujétissement aux prescriptions de la loi mosaïque.
Ce sermon fut certainement un succès puisque Paul fut invité à parler encore sur le méme sujet au sabbat suivant. |
Pendant la semaine qui suivit on causa beaucoup dans la ville de cette première prédication qui faisait du bruit, et l’on discuta tout naturellement la nouvelle doctrine. Au sabbat suivant, toute la ville se porta à la synagogue pour entendre les prédicateurs. Un grand nombre de Gentils s'y
PR Ut: NN, die LL
trouvèrent, et cela suffit sans doute pour exciter la jalousie des Juifs.
À peine Paul eut-il commencé d'exposer sa doctrine que les murmures éclatèrent. Chaque application des prophéties à Jésus de Nazareth, Pour prouver sa messianité, soulevait des contestations. Bientôt les prêtres et les scribes juifs en vinrent aux imprécâtions et aux blasphèmes contre Jésus-Christ. Alors Paul leur adressa ces paroles, qu’il aura l’occasion de répéter bien des fois dans la suite de ses missions : “C'est à vous les premiers que la parole de Dieu devait être annoncée ; mais puisque vous la repoussez, et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, voici que nous nous tournons vers les Gentils. Car le Seigneur nous l’a ainsi ordonné : Je t'ai établi pour être la lumière des nations, et pour porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre.”
Les deux hommes de Dieu secouèrent alors contre les Juifs la poussière de leurs pieds, et se dirigèrent vers Iconium. - Mais ils laissaient derrière eux de nombreux disciples, remplis de joie et de l’Esprit-Saint.
Parmi eux se trouvaient plusieurs des brigands qui avaient donné l'hospitalité aux deux apôtres dans la forêt du Taurus.