INSTAURARE OMNIA IN CHRISTO
Dès qu’il fut acquitté, Paul poursuivit avec plus d’activité, et plus librement, son œuvre apostolique.
Tout restaurer, tout renouveler dans le Christ, voilà quel était son programme à Rome. Dans cette ville immense, qui avait bâti des temples à toutes les divinités des nations, il prêchait le Dieu unique et vrai, encore inconnu du monde civilisé.
Dans cet Olympe terrestre où les grands 10ommes se faisaient dieux, il annonçait le vrai Dieu qui s'était fait homme.
Où règnaient la corruption des mœurs, la soif des plaisirs et l'esclavage, il voulait étabür la pureté de la vie, la tempérance, la charité et les autres vertus chrétiennes qui donneraient au peuple la liberté et le bonheur.
Préchait-il seulement dans les églises particulières, dans les assemblées que les néophytes réunissaient dans leurs maisons ? Certainement non, puisque saint Luc termine les Acies des Apôtres en disant qu’il prêchait en toute liberté, et sans empêchement. Dans les premières ar ‘4es de son règne, Néron ne persécutait pas enc. : les chrétiens.
Paul devait donc prêcher l'Evangile partout où il rencontrait une foule disposée à l'entendre, sur le forum, au champ de Mars, au Camp Prétorien, dans les Thermes, peut-être.
Au forum, n’y avait-il pas les Rostres, la tri-
vec bune aux harangues, où les hommes politiques, )08- les philosophes, les accusateurs publics trouvaient tous les jours, à certaines heures, un auditoire rist, curieux d'apprendre ce qui se passait en Italie et ans dans les provinces, et avide de connaître les doces à trines nouvelles qui venaient d'Athènes, d’Alexan- Jieu drie ou de Jérusalem.
lisé. Il est donc vraisemblable que Paul ait souvent om- adressé la parole au peuple du forum, à cette Dieu tribune aux harangues où tant de fois avant lui avaient parlé Cicéron, Hortensius, Caton l’ancien, soif Brutus, Messala, et tant d’autres. ; Æ Les sujets de conférence ne manquaient pas, ; les et les questions religieuses éveillaient toujours. au quelque intérêt dans les foules, malgré la décadence des mœurs. On sait qu’une simple profaarti- nation des mystères de la Bonne Déesse par le ytes fameux Clodius avait failli causer une révolution rent dans Rome quelques années auparavant.
des Les méditations religieuses de Cicéron sur les rté, grands mystères de la vie future, les Tusculanes,
le Songe de Scipion, l'Horiensius, et ses traités De natura Deorum et De Consolatione, étaient très lus et devaient attirer des auditeurs à saint Paul.
On se souvient du discours de l’apôtre devant l’Aréopage d'Athènes et du parti qu’il avait su tirer de l'autel dédié au Dieu inconnu. Il ne fut sans doute pas moins habile à Rorr.e, et je présume qu’en s'adressant au peuple du forum :: sut tirer parti de leurs croyances religieuses, de leurs autels et de leurs temples.
Sans doute, il n’oublia pas d’attirer leur attention sur un certain autel que l’empereur Auguste avait érigé dans le temple de Jupiter, au sonmet du €; ‘itole, avec cette inscription : “ Hæc est ara Primogeniti Dei ; c’est ici l’autel du premierné de Dieu ”.
Quel était ce Premier-né de Dieu que l’empereur avait voulu honorer ? Lui-même n’en savait rien. C'était l’oracle de Delphes qui le lui avait annoncé, comme successeur et comme maître du monde.
Mais ce que l’empereur Auguste ignorait, Paul le savait ; et c'était ce futur maître du monde qu’il venait annoncer aux Romaius. Il était né d’une vierge, en Judée, sous le règne d’Auguste, et il avait pour père Dieu lui-même.
Paul connaissait son histoire sur terre, et il racontait aux Romains sa vie, sa mort, sa résurrection. ‘“ Ce n’est pas une légende, leur disait Paul, ni une fable antique comme celles de vos divinités ; c’est une histoire vraie, toute récente, dont les nombreux témoins vivent encore ; un
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grand nombre vivent ici même à Rome, et ils vous diront comment ils ont cru à la divinité de ce Dieu nouveau. ”
Et Paul leur racontait sa propre histoire ; et il invoquait le témoignage de Luc et des autres disciples, et des Juifs récemment venus de la Judée et convertis à la foi chrétienne.
Mais la parole du grand apôtre était confirmée bien souvent par d’autres témoignages plus éloquents, je veux dire par les nombreux miracles qu'il faisait.
Parfois il évoquait les souvenirs du grand siècle qui venait de finir, et des grands hommes qui l'avaient illustré. Comme il avait cité un poète grec devant l’Aréopage d'Athènes, il invoquait devant les Romains l’autorité de leur plus grand poète, Virgile, et de leur plus grand orateur Cicéron. Il tirait de leurs ouvrages des évocations de la Sybille de Cumes annonçant ‘une race nouvelle descendant des cieux, un enfant extraordinaire, Fils des Dieux, noble rejeton de Jupiter qui allait bientôt gouverner le monde...” Et il leur disait : ‘ Ce futur maître du monde, que votre Virgile n’a pas connu, je viens vous le faire connaître.
“On a cru qu’il viendrait de la Judée, et l’on ne s’est pas trompé. C’est là qu’il est né, c’est là qu’il est mort, c’est là qu'il est ressuscité, c’est à qu’il a fondé son royaume, et c’est de là que
son règne va s'étendre dans le monde entier.
‘“ Mais ne croyez pas, Romains, que son règne snit une menace pour la puissance romaine. Ce n’est pas un royaume temporel que notre Dieu, le Dieu des chrétiens, est venu établir sur la terre. C'est une souveraineté toute spirituelle exerçant son empire sur les âmes, et non sur les royaumes de la terre.
‘“ Ne confondez pas les chrétiens avec les Juifs de Jérusalem qui sont révoltés contre Rome.
Ceux-ci sont les ennemis des chrétiens, comme ils sont les ennemis des Romains. Ce sont eux qui n’ont pas voulu reconnaître notre Dieu Jésus, et qui l'ont fait mourir sur une croix. Mais il a prouvé qu’il était Dieu en ressuscitant des mort”, et en remontant au ciel, d’où il était descendu, comme l’annonçait Virgile : “ Nova progenies cœlo demittitur alto. ”
Paul n'était pas seul à propager partout la parole évangélique. Il avait de nombreux disciples qui enseignaient avec lui la vérité chrétienne, et, comme son maître Jésus, il avait de saintes femmes qui l’accompagnaient un peu partout et qui collaboraient largement aux œuvres apostoliques.