SAINT PAUL ET LA FEMME
Quand, aux jours de la création, Dieu a prononcé cette parole : “ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, ” il a posé une grande loi de l’humanité qui ne concerne pas seulement la multiplication de l'espèce humaine, mais qui exprime aussi la nécessité de l'assistance féminine dans toutes les œuvres de l’homme.
Quelle que soit la mission que l’homme ait à remplir, et quelles que soient les œuvres qu’il entreprenne, il est bien rare qu’il puisse se passer de l’aide de la femme.
Il semble bien toutefois qu’une exception s’impose, quand il s’agit de la mission du prêtre, qui doit avoir avec la femme le moins de relations possible, puisqu'il a embrassé le célibat et fait’ vœu de chasteté. Mais il ne faut pas oublier cependant qu’il est le confesseur obligé et le directeur spirituel de la femme — ce qui établit entre eux des relations du caractère le plus intime.
Les hommes du monde se scandalisent aisément de cette intimité parce qu’ils n’en comprennent pas bien le caractère. Ils le comprendraient mieux s'ils étudiaient davantage l’hagiographie, et surtout l’histoire des saintes amitiés qui ont
” existé entre les grands saints et les grandes saintes. C'est une étude des plus intéressantes et des plus vastes à faire. A chaque page, on y constate ces deux faits : l’apostolat évangélique confié à l’homme, et la participation plus ou moins large de la femme dans cet apostolat.
Le Nouveau Testament nous en fournit les premiers exemples, et, partout dans sa mission publique, Jésus-Christ est accompagné de plusieurs saintes femmes. Les apôtres ont suivi l'exemple du Maître, et les femmes ont contribué largement aux œuvres apostoliques de la primitive Eglise.
Un grand nombre sont louées dans les épîtres de saint Paul. Ce fut l’une de ces femmes, nommée Phœbé, qui porta de Corinthe à Rome la célèbre épître aux Romains, et voici dans quels termes il parle d’elle en terminant sa lettre :
“ Je vous recommande Phœbé, notre sœur, ‘qui est diaconesse de l'Eglise de Cenchrée, afin que vous la receviez en notre Seigneur d’une manière digne des saints, et que vous l’assistiez dans toutes les choses où elle pourrait avoir bcsoin de vous ; car elle aussi a donné aide à rlusieurs et à moi-même. ”
L'Eglise de Cenchrée était une des fondations de saint Paul à Corinthe, et Phœbé en était l’une des diaconesses ; c’est dire qu’elle s’occupait du soin des pauvres et des malades, et de
l'instruction des catéthumènes «dr son sexe.
Après elle, l’apôtre de: (ientils silue ses vieux amis Prisca et Aquila, qui apjxlle ses collaborateurs en Jésus-Christ, et qui pour sauver sa vie ont mis leur cou sous la hache. L'amitié la plus tendre et la plus forte unissait évidemment l’apôtre à ce couple d'élite, et les deux époux étaient inséparables. Dans l’histoire, ils semblent ne former qu’un seul personnage, et toujours agir ensemble.
Prisca, qu’on nomme aussi Priscilla, partageait la foi, les sentiments, et le zèle apostolique de son époux, et peut-être lui était-elle supérieure par l'intelligence.
Les trois amis fabriquèrent des tentes ensemble, à Corinthe et à Ephèse, et dans cette dernière ville, ainsi qu’à Rome, la maison des époux servait d'église aux chrétiens d’alors.
Dans quelle ville, et à quelle occasion ont-ils sauvé la vie de l’apôtre partout persécuté ? Paul ne le dit pas, probablement parce qu’en exposant leur propre vie ils n’avaient accompli qu’un acte de dévouement habituel.
Quelle joie ce dût être pour les trois amis de se retrouver ensemble à Rome et d'y souffrir le martyre vers le même temps !
L’épître aux Romains nomme aussi Perside, et Paul l’appelle la bien-aimée. Quelle femme a pu mériter ce titre sous la plume de saint Paul ?
Et qu’avait-elle fait pour gagner pareille amitié d’un si grand homme ? La nature du sentiment qui les unissait est révélé par ces mots de l’apôtre : ‘‘ elle a beaucoup travaillé dans le Seigneur ! ”? C’est le travail commun dans le Seigneur qui unissait ces deux cœurs. Tous deux écaient apôtres, chacun selon ses facultés. Ces saintes amitiés que le monde ignore sont en réalité plus tendres et plus durables que les amours humains.
Et que d’autres femmes ont mérité l'amitié du saint apôtre dans ses missions lointaines ! A Philippes, c’est une marchande de pourpre, de Tyatire ; saint Luc la nomme Lydie. Elle écoute la prédication de Paul, et le Seigneur lui ouvre le cœur. Elle ouvre alors sa maison à l’apôtre, et ses instances le forcent à accepter l’hospitalité. O Lydie! L'amitié de Paul orne ta tête d’une auréole plus brillante que la pourpre que tu vendais dans les bazars de Tyatire !
A Lystres, c’est Eunice, la mère de son cher Timothée, et Loïs, son aïeule qui ont pris place dans le cœur du sensible apôtre. Comment ne les aimerait-il pas ces femmes qui lui ont donné Timothée ?
Elles n’avaient rien de plus cher au monde que cet enfant qui était la chair de leur chair, et qui possédait toutes les perfections. Et cependant elles n’hésitèrent pas à s’en séparer, et à le confier à Paul dont elles connaissaient la vie errante et
pleine de sacrifices. Quelle affection de Paul pouvait payer ce‘ inappréciable présent ?
Aussi n’est-on pas étonné de voir avec quelle tendresse l’apôtre affectionnait son disciple. En lui, sans doute, il aimait aussi Eunice et Loïs ! Le même attachement les liait ensemble, et lorsq'e Paul dans sa deuxième épître à Timothée fait l'éloge de sa foi, il lui dit: ‘‘ cette foi habita d’abord dans ton aïeule Loïs et dans ta mère Eunice. ”
— Que ferez-vous de mon fils bien-aimé ? disait la mère de Timothée (Eunice) à Paul.
— C’est le Christ qui disposera de son sort, selon la vocation qu’il lui a donnée. Votre Timothée a les yeux tournés vers le ciel, comme les enfants nés au bord de’ : »r ont les yeux tournés vers les voiles qui fr+ ent l'océan, et qui ressemblent à des ailes .endues vers les célestes horizons. ”
Comme on le voit, saint Paul attirait à lui les femmes chrétiennes pour en faire les zélatrices de son ministère et de ses œuvr”s. Mais i. n'aurait pas encouragé le féminisme de nos jours.
Dans sa première épître à Timothée il dit :
“Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme ; elle doit se tenir dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui ayant été séduite tomba dans la transgression. ”
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‘“ Néanmoins, la femme sera sauvée en devenant mère, si elle persévère dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté unies à la modestie. ”?
La grande mission et les grandes douleurs de la maternité voilà ce qui sauve la femme. Devenir mère, voilà son rôle et son admirable travail ; et c’est pourquoi l’apôtre ajoute en parlant des veuves encore jeunes :
‘ Etant, oisives, elles apprennent à aller de maison en maison ; et non seulement elles sont oisives, mais encore causeuses et intrigantes, parlant de choses dont on ne doit point parler. Je veux donc que les jeunes veuves se marient, qu’elles aient des enfants, et qu’elles gouvernent leur maison...”
Dans une autre page de la même épître il recommande tout spécialement la modestie aux femmes :
“ Je veux que les femmes soient vêtues d’une manière décente, avec pudeur et modestie ; qu’elles se parent non de tresses, de bijoux, de perles ou d’habits somptueux, mais de bonnes œuvres comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu. ”?