CHAPITRE XXX
Hector revint le soir à ïa nuit close, après une journée entière de recherches inutiles. Perâon»e ne put lui dire la direction que M»« dé Villemofâtt aVàit prise. Ceux: mêmes qui- avaient dû ia voir, et qui, par leur proximité de la maison, se trouvaient inévitablement sur sa route, ne purent lui donner ;uae réponse satisfaisantes.
II est vrai que le village était en alarme. On avait entendu tpu^c la JQuraée lej bruit de la fusillade; des colonnes de volontaires, c'est-à-dire de curieux, étaient parties de plusieurs points de la vallée pour aller à Paris, sans savoir au juste pour quelle cause on devrait se déclarer. Quelques- ^s, toutefois, n'avaient pas laissé ignorer leur intention de se joindre au premier drapeau rencontré après la barrière, quel qu'il fût. Cette assurance ne calmait pas les inquiétudes des femmes, qui en étaient réduites à souhaiter que les volontaires ne rencontrassent plus que des drapeaux vainqueurs.
Hector, brisé de fatigue, et plus encore d'anxiété, se laissait aller au mouvement de son cheval. Il avait à la fois
peur et hâte de rentrer; il eût voulu savoir à quoi s'en tenir, et il redoutait de faire de nouvelles questions. Son esprit suscitait des fantômes sinistres. Pour la première fois, cet homme grave et posé se trouvait vaincu, et tremblait comme un enfant.
Le village de Montlignon lui parut enveloppé d'une obscurité plus profonde que d'habitude. Comme il passait devant l'église, la cloche tinta et le fit tressaillir; V Angélus sonnait un glas funèbre. Quand il entra dans le chemin conduisant à sa maison, Hector fut pris d'une terreur véritable ; il mit son cheval au pas, abandonna la bride, et regarda, avec toute Tardeur de ses yeux, la silhouette opaque de son toit qui tranchait sur le ciel. Aucune lumière ne brillait dans la chambre de Pauline.
— Elle n'est pas rentrée, dit-il,
i Alors il fut pris de la tentation de ne pas rentrer npQ plus. Mais où. aller? que faire dans celte nuit?
Son cheval s'était arrêté, et| baissant le cou, flairait avec bruit*
— Est-ce toi, Hector? dit uneroix émue qui fit tressaillir M» de Yillemoran.
Pauline était debout, à pied, au milieu du chemin. Hector poussa un cri, s'élança de cheval, et, par un mouvement sincère, plus prompt que la pensée, courut à sa femme, qu'il étreignit avec force et qu'il embrassa comme aux jours, ou plutôt comme aux soirs de leur première ferveur.
Pauline ne parut pas surprise; elle aussi ressentait une émotion extraordinaire. Pendant une minute, l'amour, ou une pitié qui ressemblait à l'amour, mit sur leurs lèvres une flamme étrange qui descendit jusqu'à leur cœur : leurs mains se rencontrèrent et restèrent l'une dans l'autre.
— D'où viens-tu donc, si tard? demanda W^ de Villemoran avec douceur.
— De la vallée ? Je t'ai cherchée partout. Je. ne «ds quelle stupide çt.lugjuhre pensée m'avait tiiaverâé l'esprit. J'avais peur, ne te voyant pas revenir, qu'il ne te fût arrivé quelque chose^
-^ U14 accident, i^'est^ûQ pas? ou bien un malheur volontaire? Tu serais donc prépara à tout, mon pauvre ami, et rien ne t'étonneraili ?
-^ Rien de téméraire, mais aussi rien de noble, reprit Hector.
On iparcl^a quelque temps en ^lenee» Comme on était à la grille, les domestiques, aiccoururent, avec des, bouges. Pauline retira vivement sa main et s'écarta de son mari; elle rougissait de sa familiarité. Hector s'aperçut alors du désordre qu'une longue course avait mis dans la toilette de ]^œe (ie Villemoran ; mais il attendit pour interroger, et il cwMJuisitJuir môme son cheval à l'écurie.
Le cheval de Pauline était déjà oouché sur la litière : ses jambes étaiieait blanches de poussière et de boue ; l'empreinte de 1^ selle se voyait par une trace ruisselante et moirée. Le râtelier, él4it .pleio,, la mangeoire était pleine; la pauvre bête, trop fatiguée, n'avait, pas eu la force, d'entamer le repas du soir.:
Qu^nd{ Hector se trouva seul avec sa femme •:' .
«-^ Tu reviens, de Pairis, n'est-ce pas? lui de)nanda-t«»iL .
Pauline avait Isfissé dans Iftinuitsâ grèoeet scua affeotueux sourire* Cette surprise, cette défaillance d'amour <}ui Tftvail jetée daoâ le» bras dp son mari était passée ; Ja^ clarté les avait rendus l'un et l'autre à la réalité. . ...i.
^^ Oui t je reviens, de Paris, dit avec une sorte d'aecent fier et provocateur Mme de Villemoran.
— Quelle imprudence! s'écria Hector.,
— Pourquoi donc? tout était fini quand je suis atTivéc...
— Et que s'est-il donc passé?
— Tiens, regarde!
Et Pauline tira de son corsage un papier grossièrement imprimé*
— Voilà ce qu'on distribuait quand je suis revenue. Hector lut; et aîvec un profond étonnement : — Un gou-
vornoment provisoire! murmura-tril. ,
— Oui, et l'on criait : Vive la république! tout le long du faubourg Saint-Denis.
Hector relisait cette liste, et, la tête plongée dans ses deux msuns, il méditait. Pauline, Foeil étinoelant, la main frémissante, ■ le régardait et atl-endait.
— Eh bien! va pour la république! dit enfin M. de Villemoran en relevant son front. J'en demande pardon à mon père qui a émigré, mais je ne puis pas bouder une révolution ^ui acclamé, le premier jour, la probité, la science et le génie. Une œuvrei de bourgeois sur laquelle un gràn^ ' poëte met son auréole mo semble sauvegarder les intérêts po^tifS' et les intérêts die l'âme. Lfi Providence nous dérobe quelquefois la logique du progrès* Aujourd'hui sa volonté la^fail resplendir. H y a sur cette hstô un nom qui es* un ga^epour le cici: Le génie répond pourWou, ' !
— Oh! te voilà comme je te rêvais! reprit M"** de Vitle* moran en s'approchant avec enthousiasme et en appuyant sa ra&in-sur Véjuaul^ de son mari/ SI tu 'sàvaisî conime c'est béjau utto vilie^^sicml'evéa! totit-uri peu^ple qui s'indigne |i 3e respifais dans» Parii l'héroïsme à pleins poumows ;' je mc" sentais heureuse de vivfe. Nef pensons plus à nos misères, à nos chagrins, et aimons-nous dans Teffasion universelle!
-^ No confondons pas si vite notre destinée avec celle de la république, dit Hector en souriant ; le peuple peut être infidèle, et moi, je ne veux pas l'êtret
386 PAULINB FOUCAULT
•—Voilà déjà que tu doutes, pauvre croyant!
— Douter un peu, c'est le seul moyen d'empêcher à jamais le desespoir et de se permettre toujours d'espérer.
— Qaant à m6î, repartit M"** de Villemoran avec énergie, je n'ai pas les subtilités; je n'ai pas tes réserves prudentes. Je sens et je crois! Je n*aî pas d'aïeux à humilier; j'ai tous mes instincts à calmer, tous mes rôves à reposer, toutes mes rancunes à chasser. Ah ! si je pouvais seule et sans toi aborder la lutte; si je ne craignais pas le ridicule d'une émancipation que le préjugé me refuse, je te laisserais méditer et j*agirais. De grandes choses se préparent. Travaillons à les amener, Hector; je te le demande comme mon salut, comme ma rédemption. Quittons celte maison dont la tranquillité est un reproche; rentrons à Pîaris, dans cette fournaise ; sois un homme de bonne volonté , comme tu es déjà un homme de cœur et de bon sens. Moi, je sertd dignement ta femme, et Dieu nous bénira?
Pauline , qui avait commencé par une sorte de provocation, finissait en suppliant. Pâle, agitée, joignant les mains, elle se penchait sur Hector, comme pour verser en Ini tout le feu qui débordait de sa poitrine. Hector la regardait avec tristesse. Cette vivacité d'émotion , cette violence de sentiment lui faisait peur.
— Que veux-tu de moi? deinanda-t-il à sa femme. Que je mente à ma conscience et à mon caractère ? ou bien que, l'associant aux vœux libres et réfloclùs de mon cœur, je me conduise avec sincérité? Môme au prix de notre bonheur commun , tu n'obtiendras pas un mensonge ; quant à mes opinions loyales^ elles ont. besoin de s'éclairer pour agir, et d'attendre pour s'éclairer.
— ' Attendre! Mais si tout le monde parlait ainsi, rien ne se ferait; nous n^aurions pas de révolutions!...
— Au contraire, nous les aurions plus faciles, plue solides, et nous n'aurions pas de réactions.
— Aifisi, nous resterons id?
-^ Provisoirement, oui, répUqua froidemeat Hectorw TT-Mais tu ne vois di^oc pas que je meurs ^ que j'étouffe ^ cpae je wie tuerai , si tu me retiens?
— Je ne, te retiens pas, dit M. de Yilleinoran; je. t'avertis et je te conseille !
. -r-Si je profitais de cette liberté dédaigneuse!,
— Tu peux. parjtir, j^iais tu me reviendras. , .
— Quelle confiance en toi-mêmel
T-Dh bien plutôt, Pauline, que c'est eonfiaace. eu ton courage, en ta fierté; l'esprit t'égare^ lecœur te ramène.
•-— Tu ne t'égareras jamais, toi! s'écria M"** de Villemoran en frappant le parquet de son pied et en croisant les bras $ur SB poilnufe', par un geste de colère. > .
— Tu te trompesi reprit ,HeetO(iJ avec. douceur, je me suis égaré ^ujourd'byi à. ta recbercbe ; voilà pourquoi je ne. t'ai pas vue passer. . . ■*
^- Eh bien I ^ l'avenir nç prei^ds plus cette peine; je, »ais revenir... quand je reviens.
— Pauline, ne gîfrde, p^as cet air {arouch^ qui^ est une e^gération. Nos deux âmes se sont entendues et comprises quand elles ne s'observaient pas. Ce qui fait notre malheur, c'est cette étude réciproque. Ce soir même, en nous retrouvant, nous avons triomphé des chicanes de nos caractères ; ne me gâte pas davantage la joie que j'ai ressentie. Au-dessus de tes opinions, de tes ambitions, mets notre estime à tous les deux. La république peut se passer de nous; passons-nous de la république. Ne dis pas que je suis un égoïste. Les petits devoirs de la famille et du ménage, régulièrement accomplis par chacun, aident au devoir social. Je serais un mauvais citoyen, si j'allais chercher l'agitation de
388 PAULINE FOUCAl'LT
]a}>]dCQ pi^bljique, pour faire diversion à Tiigitalionj de mon foyer; lu ne serais pas la femme que tu veux ôtre^ inl^UigenUi et lartQ, si tu ne cljverchaiB dans réHMJtiosk de 1» foule qi^'à , é^ou^cli^ ton émption-seçrôte. <îpmment ^euxritw 4||ue noMfi travQillJQns au bQnhourde tous, pour nou« idistnaiTp (Je n'ayoir pa^ t^-Quyfj Iç ,J?onh«ur .intime î On.nQ opn^fn^-U xjen a\'pc,J'ieuviQ.. Egayons d'ôt^c -Jieureiix, pour-avioir Jp drpit d'a^'w .4c .J'^mbition. : ., . .
; . P,^ifw> TiQ. xf^RJjqua rje», JBllo çeg^nda ia^çjl,or d'^n çeiilà dqn^^ voiléj;,jB|le,se,Téaigi;i^it à,n*/$tre pas QQinpjrise, . , T^ E^^^vQi^s. d'être loeureux ! ditrelJe.api^ès.un in^ry^i))^ jç^.i^iJpp^iÎMpt 0n,,piûiH§sçint,upjB0upir. JJJai^Nflil'j^ W^ Jo«g- ):^m^^ flHP npps xt^9ayo»&.san^ réussir .1 •, .
, .:^'lii^^ret,içj;^,s'aQheva entr^. les,deu*, ^pouix.sur içe dernier mot. Hector ne voulut pas, çç s^ir^^là, prçloingei'.lalutto;.!! ^^i^i l^ipn qu'iJUe, devait' rjenaître l^le^demaii^.e^.les» jcrurs S4fy^^%,.et il ifli^nagoait sp^,iargur)aepts,^ sp^ forPP?.;. • i , UJ(^ef,lHijte,.ea,pffpt, .saurdpi silenci(piu3e.et!Ppf^n3,.çpr?ir jplppjç^ d(^, lors. entre. Hector ,,çt, Pauline. Japa^i^ un. mot iq^;on,ff(i^.se,rppr9Cîlier,n'(5^t prP^^vf^; i^RWis .l'irpnio.ne df}pas?^i,t, r.allfipion.Ia.plu^ polia,. Pou^ lps,Âi;^diff^r^iî|t^,,po4r Jç.^Tflgwre,, v\m ^^tp 4ç. v^JpPpcUi^UPi^ xx^^ pQuxait,^)r ]?^i:iQp;ijçJ^p,;, wi^^ )c'4)^it.laf.C!n^nlp;d!u».tiçop,, violent ^U^ /gui, adp^çj^^.l^s i*apP9>i^t.S|, et iqui, mettait desparojes inpf- I^Dsiv^^.snp \q^ ,%ppp, PjO^r i:pfldre sapins <cboqua»tp.;['ûf- ^eflpppi(|ri)i5^pll(?)idiji.cafurvi-i.,M , ;,. u ...,,„• i.- m. ■■'.<. . .. - :;„M, (Je Yilleflapp^.^yait accepté la: r^pnhUque./d^ns», toute lat^iacéritéd^ sa. conviction ; il n^ reprpnaitjamais la, loi i^'il^v{aU<dopnée..S'il n'adoptiait pas^ avec l'intjpl^raobcc d'i^n seiî^irG, la nouvelle phase ;que la révolution donnait au progrès; s'il croyait q^c les formes de gouvernement npsont jamais définitives ; il était trop loyal pour discuter avec l'cvidcnce et pojir contester les titres d'un pouvoir qui nais-
sait delà' néctes^ité rtiême 6t (jtiî n'était entaché: d'au'cune intrigue. . - - . .. ■ > ;..-■< ,.■',■..■•
Pâttline n« s^aceommodail pas dé cette adhéàioili ëaMie èl Pâjsoftn^e «Jue Sdtt maTi 'domiait à la 'réptlbli(iuë: 'Elle qài rf^Vàit pas'd^ântécédettlSpoHliiiues, d'affections hérédîtîfires, et qui n^avait que des impressions et des rancunes, cllk* applawdîssaiit aN'ecTespoir de l'Incohnaù ce renversement d'un trône, qui lui plaisait comme la chute d'une coterie sociaîîè; d'un vièix Tïiefliie dont elle «rvaît à se plaindre: Oh eût 'dit que la révoMlîon avait pouV'rtiiisièb latérale d'affrànëhir leà dèmoïàelles dé compagnie et le^'^û^màîtrèsséà. Intraitable sof kî pTtigraïmné'dés concessions' à' féd*mbt*,'desl ^éfomiëè à obtenir, Pauline eût voulu qli'on mît 'îà haché dàris toute^ les aispétitéis qrii l'avaient meurtrie, ' et' son* ardéerf mesurait toUs^leà sommets polir lesjuger. . ' ' "? - . •• . v.
Elle recetaiu'mfainieïi'am tous les joiarnàut'; 'elle prériàîl part àtôUtei îés angoisséfe, à totiâ lès périlè du gotiVériiément. Ql^el^tjfûefbîs, elle haïssait lés hommcïl dé 'éôiirfigë et 'dèf'pi^ebiré qù* avaient aëcepté la Tnisisitîn de relief Tôrdrô nouveau à ^o^d^e ancien; quelquefois, aii côti traire; eHè avait des enthMisiasmes' inouïs, et elle' luttait contre éllëmômèi lioUP ïiep^'i manifester plibli'quémcnt, par' une Mtré •<>u par^ qudque démartîhè èttrûvâgante, la syttpâlïiie VibléWè qu-elle reteentait. Tour à tour abiattue et triomphante, elle -Vivait par ' le* «œur, par la tête è« partôutes les fièvres^dé^la vie; elle se consumait en efforts ;'éHe^ se lôï^dtfît éohlthelln'e fllle'de'Uaoetion dans lés replis de 'Sbriiri^UiSé'attèé ; 'elle eût vôuiu conôeillér; inspirer ceux qui- prenaient patt à la lutte; et, s'élançairt avec une fOiigué. irréfléchie justju^au'bmit dte ■ses amoui*s et de ses haines, elle pleurait au récît déniaifeés manifestations; elle rugissait de colère devant des mesurés prudentes et sages.
Un nom se présentait vingt fois par jour à' son esprit. Que
faisait Philippe 1 On eût pu croire qu'il était mort dans la bagarre ; mais les héros comme Philippe préparent tes cartouches et ne les déchirent pas. Il avait survécu à son triomphe, ou, potir mieux dire, 1^ triomphe Ykrsài dépassé: Philippe attendait qu'on fût un peu moins républicain pOu^ affecter de l'ôtre. Il y à, dans les première transports qui suivent une victoire, une lucidité d'intuition, une oandcwi^ d'enthousiasme qui ne fait pas Taf^ire des intrigants.
M. Loignon attendait quelques brouillards autour du soiei) levant pour paraître et pour utiliser ses ressources ; il laissait à leur tâche les artisans de la première heure, les braves, c'est-à-dire les natfs, et, un peu humihé d'un succès qui avait dépassé ses prévisions d'opposition taquine, il guettait le moment de venger le pouvoir qu'il avait démoli, contre les gens qu'il avait encouragés et aidés Inî-méme dans leur œuvre de démolition. Ces revirements, dont Philippe n'avait pas le brevet, et dont l'ignominie n'appar&tt pas toujours dans tout son cynisme, sont très-fréquents en temps de révolution; Ils ne sont pas toujours le résultat d'un calcul. Ils ont iquelquefois leur sincérité apparente et ne manquent pas d^excuse. II n'est pas nécessaire, en politique, d'être un mal** honnête homme, pour foire une action maihonikète, Nous ne disons pas cela pour faire Téloge de la politique, ni pour excuser M. Loignon.
Philippe était si fbrt à côté de la morale vulgaire, que o'é-* tait absolument comme s'il eût été au-^dcssu&Il ne lamépri-* sait pas, mrais il ne l'estimait tout juste que pour avoir < du plaisir et une satisfaction vaniteuse à la tromper. Re&lé à la tète de son journal, mais continuant la polémique, et louant avec un ton aigre-doux les actes du gouvernement quand il croyait maladroit de les attaquer franchement, cet incurable sceptique ne voyait jamais que les côtés humains des questions; il n'admettait pas le. dévouement; il se mo-
quait des illusions. Ses défiances de gladiateur eioatfisé lui faisaient tout railler f tout détruire; et, le lendeinain de la révolution , il eût été prêt à recommencer avec M. Guizot et à son profit les intrigues qu'il avait inventées contre M. Gut20t« 1
Philippe ne se pressait donc pas. Mais* Pauline, qui no pouvait pas deviner ses motifs de résignation ^ Pauline se dépitait pour lui, trouvait le temps long, «t le nommait tous les jours à tous les emplois qu'elle savait vacants. Elle «ût été si heureuse de lui voir jouer un rôle ! C'eût été pour elle comme une mise en action de son rêve* Elle se fût dédommagée ainsi de la modestie d'Hector, de son insurmon-, table scrupule. Mais elle n'avait pas même cette joie. Tout manquait aux promesses de son orgueil. ■ • :
•-- Que suis-je donc pour ces deuK hommes? se demaii*. dait-elle avec amertume. Ils mentaient donc l'un .et l'autre f lui le premier, Hector, autrefois, quand il me parlait si souvent de son amour l quand il voulait me rendre fiièro de lui, et quand il jurait d'être fier de moi? Et cet- autre ^ qui m'excite à la révolte, qui m'allume tous les incendies dans la tête et dans le cœur, et qui a peur de la lutte, mainte-^ nant que je suis là pour l'encourager ; qui n'a plus d'jombè** lion , quand je suis prête à l'applaudir. Que pne reste-t-il 4 attendre dans ce monde? Ni bonheur ni gloire I Ahî la vie n'est qu'une vanité dont je suis revenue 1 II est temps d^étoijidro ce feU follet qui m'égare. Si l'abbé LegiHW avait le secret que j'ai vainement cherché 1 Mais non ; quand je lui do-mande^ à ce prêtre, de me guérir, de m'ôter mes demières^ illusions, il me raconte les siennes. Je voudrais au. moins ne pas croire à ces folies de drapeaux et de république, et voilà ce prêtre qui bénit des arbres de la liberté , et qui consacre pieusement les rêves dont je souffre!
Pauline n'avait plus une heure de repos ; le jour elle cou-
râit la cartipàgne,"éôoi!itent, questSonhant; aspirant Pair pour y sentir un parfum ou un poison. La» nuit, elle lisait* les jounàatix et e^le rôvaîît/ • - ' . •:. -
• ' La tiature* allait ô'év<ôillef ,^ le printemps sfâhn6B:<t&it ; màtîs cesbrisês tildes qui cotirâîént chinsia vafll^è, donnant W signal aux bourgeottft, ia^'ertiiëarit lés roisès (H 'étirtitilarft^ïefe K^ Irtsyétîs feignes préctïrs^iui's dèVa Vie! âltristiiîetlt eft'irrîtâieÉlt M««' de Vllïemorari.'l'hivfer aralt été pour elle (îômme ut^ athiei. Mais qu'avail-ellëà démêler avéfc 1er prihierrtps? ' '• ' EMe emjîGuF'deé tentations îtigùbrfes ^uitrttVe^saiétit âoii esprit. Personne ne pouvait la guérir et la coAiiolêr. Un jottr^elle pensa à Marie jfettôiiî.atissî^t'elï^i' lui ^et'mtz
« Vo«e*ift'^di, ièar'îe^siicéOnvbô. Lemonldc! lîst vid^î, 1^ ciel est loin; j'ai le vertige, j'ai b^ôsoiii'd^utt bfas p^unne
-'•^Lé leademainv'M'**HD0spïiet8î accourut. iBlle-îiabitait tou-
^ 'Pauline n'èsa pa&ilui]idire de^relioiiirner ^Wises^ta^ -^.msûs elle se sentit contrainte devant cette infatigable amie. qui )tiii^rle>râi(iieansddttté!d'humsiité<e| «de ide'voirwiËlle. voulut rire et faire rire de sa lettre. Mais Marie s'catostiina. i: rés-r tery ûtfne iiïï pas> dupe du faux . courage qu'oa improvisa pour lui faire accueil. . .: ■ - /
V :M N'essay«»'jià&ide'ïïie'tteaà^n, -di^ielleiwie^ micigaieté charmante à la pauvre Pauline. Je suis ici par la volonté <le mon-amilié, je n^e<iï-^rtiTai<<qûe pa^ la force' de voire haine ; èt^ie "VOUS défie bien de; me; haïr. »' i-
--* Ht^laçi et' vodsv }!&' vous- défie &ien^de me saïuiver!
— C'est une présomption de malade, ma chère Pauline,
, M*^* Desprets out ;bieni vite trouvîé^ lès plaies de cette
âme ulcérée, elle eut' peur de ce' qu'elle vit, mais elle
s'avisa d'un, niayen çle .guérison* Elle alla trouver son cousin.
— Hector, lui dit-elle, il faut vous iomiçler. Je suisd^v-cnue républicaine depuis que M* Desprets aime te république. Faites comme moi; aimez ramibition^pour o^mplaire A Pauline. Tous n'fivez4)ds le droit de la laiisser ^uifrir* Elle eu coupable. d'avoir cru en yous. SU^i^ vous ajcboisi comme un hi^ros de conte de fées, pQur terrasser les géanis ; il n'y a pas de ^ants; mais essayez de crpire qu'il on resite anpoire. En. un mot, occupez .son attepiiiQn,iiat^?pçs€i2.4a, ^mu^eïrJa.^ . , , .• . .. ,.,,•- ,.. ,- m'î i
-^ Vw$ çayejçi.^ajrie, Sji j« ,reciUe4qyiiit;U^(Wyou0meiU»; mais ce que vous me demandez est un jeu inutile. Pauline me méprisera de Ciet effort, au Jieu de m'en-içis^imer,. ■
— .Ainsi, vi(>n^. me, ïiefuse^?; , • • ,. .,. ..-^
— Je ne refuse aucun essai; mais je ne croi?i-pa3 à celui-lù.
. Deiitx''j6ars d(irès c6t'>entKeti^Qf«^HeQfDri>annobQa: àjsa femme qu'après des démarches faites par lui, oa râbsurail qu'un po^te- diplomatique iasâez. importaxit alkût iM être
COnâé;. 1";./ . ■ . ■'..', : '. ■.
1 h^Ce sera' ià /la 'fois poarinoiis, idH^^l.ienirsâutriainty.diefla
politique • et dai- voyagfif. - "' i \-. "'• '»';. ^,,\\'.\ <. •»•.•.
Pauline eut'un éclair' d& rccomiaisfsanG&i; éUie')tendit ia main à son mari. . . j > .., j , : )i i
.;-^ Je.liej c0flfQ)»3tid3ii.luii<sUtr.fûle.avoo méipucaltey.i^ je te
Puis elle s'€8snpr©$pai de détourner l'ej^irietiôn. iQuôlques heures après, elle ouvrait un journal,, qwand elle pouBsi» une exclamation sui\ii0t4'un rire éclatant. Jttarie^, qui 4tait près d'elle^ lui demadda le sujet de sa gaieté.
— Ah! ce n'est pas à vou$ que je voudrais l'avouer, reprit M"* de Villemorain ; tene», lisez ce journal,
La feuille en question publiait, parmi les nouvelles départementales, la profession de foi de M. Desprets, candidat à l'Assemblée constituante. Marie rougit un peu, mais sourit avec bonne grâce.
— Ce n'est pas brillant de ^tyle, n'est-ce pas?
— Oh 1 ce n'est pas le style qui me fait rire, repartît Pauline. Comment, ma chère, votre mari était un si fougueux jacobin? Pourquoi donc ne l'a-t-il jamais laissé deviner? Mais c'est que le programme est complet. Rien n'y manqué. Extinction de la misère, suppression des impôts, droit au travail. Le citoyen Desprets ne badine pas avec tes Téformes.
— Oui, dit Marie avec un singulief sourire, il a du zèle.
— A quoi tient pourtant une Yocation 1 continua M"« de Villemoran , que le sarcasme reprenait. Sans la république, votre mari n'eût jamais été républicain. Il n'ose pas dire qu'ità préparé la révolution, mais il n'y a pas été étranger. Tenez, il affirme qu'il est un ouvrier, un artisan, un tra- Tailleur. Le voilà forcé de ne plus porter de^ gants dans ses ateliers. Ah ! quel beau triomphe ! quelle puissance du fait accompli ! Au surplus, j'ai toujours soupçonné M. Desprets d'en vouloir un peu à la propriété des antres et à la famille du voisin. Il s'essayait aux réformes, quand il me poursuivait là-bas. ■'
-— Pauline, grâce pour lui, dit Marie avec courage, et grâce pour moi.
— C'est vrai, c'est peu -être vous qui lui donnez cette ambition. C'est de la vie pratique, n^est-ce pas? Les imbéciles qui ont des scrupules et des convictions n'entendent rien à la réalité ! Ah I vous faites des miracles ; ce que je n'avais pu obtenir de M. de Villemoran, vous avez su, d'un mot, sans doute, lui donner le désir de le faire. C'est
Vexemple de M. Desprets qui a rendu Hector jaloux 1 L'ambition est contagieuse. Ainsi, voilà deux beaux messieurs p^rf^ilement étrangers au combat, à la bataille; qui n'ont; risqué, pour la révolution, ni un cheveu, ni ua écu, qui ont dormi mv leurs deux oreille^ pendant que des hommes intrépides préparaient la victoire et Vapoihéose pour leur réveil ; etmauitenant que la lutte est ânie, qu'il n'y. a plus qu'à triompher, c'est M. Desprets qui ira travailler à la conatitution ; c'est M. de Yillemoran qui ira xoprésenter la république au dehors ; mais ceux qui ont. pàti^ , qui <mt souffert^ que leur donnera-t-on ? .
— Pauvre fanatique I vous n'empêcherez pas les conver-^ âions, insinua Marie avec douceur.
— Les conversions ! ah ! vous ne pensez pas à votre Ruuri, ma cbère, en disant cela. Hector peut-^tre.çst. sincère, et d'ailleurs ce n'est pas pour la- république qu'il voyage, c'eat pour nioi. Mais quand les paroles écrites sur ce papier seraient sincères, l'ironie çn serait-elle^ moins réelle? Quoi ! il sera iojutile d'étudier, de se pr^par^r par l'histoire, par les incessantes inspirations, par un effort et. une lutte de loua les jours, à l'avènement d'une idéel Le dernier venu, si voua le convertissez, vaudra l*apôtre ? Le , vainquwr d|j lendemain l'emportera, au besoin, sur le cpmbattffcm, 4& la veille ?
— Mais, mon enfant, c'est là la vie ; l'injustice est parfois nécessaire dai>s ce monde, Qbject,a M™* Desprets..
— Eh bien I c'est pour cela que je ne veux. pas, de la vie, que je ne veux pas du monde ; que je trouve la vie mauvaise et le monde infâme. Qu'a donc à faire l'enthousiasme, la foi, l'amour, puisque le calcul, la volonté en triomphe et y supplée ? Ce que vous appelez le devoir, c'est-à-dire cette petite ambition d'alcôve et du coin du feu qui vise au succès, qui arrange les passions pour qu'elles ne dérangent
rien de rarithmétiquc de la famille, ce devoir qui vous fait étouffer votre cœur et épanouir la raison, l'intérêt, je le maudis et je renonce à y atteindre jamais. Que M. Desprets fasse une constitution ; que M. de Villemoran soit diplomate : je m'insurgerai contre la loi qui me sera faite par des législateurs convaincus comme votre mari ; je ne veux pas des traités que signera cet homme de marbre dont je porte le nom. Je sens en moi un instinct qui proteste. Ma république n'est pas de ce monde ; j'ai le droit de haïr la vôtre.
— Vous n'avez le droit de haïr personne ni aucune chose, reprit M^^® Desprets avec un accent dont la douceur s'alliait à la sévérité. Qui ne sait pas aimer ne doit. pas haïr.
— Je ne sais pas aimer ! s'écria M"** de Villemoran. Elle s'élança sur Marie, lui prit les mains, la regarda
jusqu'au fond de Tâme avec ses yeux caves et ardents, ouvrit la bouche pour parler, pour protester, puis céda tout à coup à je ne sais quelle pensée de découragement et de dédain.
— Vous avez raison, dit-elle, je ne sais pas aimer ; et, quittant promptement Min« Desprets, elle s'élança dans une allée du parc.