AVANT-PROPOS
Je voulais écrire une longue préface. 11 nie semblait qu'un écrivain de bonne volonté ne prenait jamais trop de précautions envers lui-même et envers le public, et que le devoir de justifier ses intentions et de prouver son respect pour le lecteur passait avant la crainte d'exagérer son importance et celle de son œuvre.
Mais persister dans une politesse inutile, c'est souvent en faire une épigramme. A quoi bon justifier ses intentions, puisque personne ne s'en inquiète?
A quoi bon dire au lecteur qu'on le respecte, puisque celui-ci fait volontiers accueil a qui le dédaigne, et puisqu'il applaudit a qui se moque de lui ?
J'aurais voulu, par exemple, m'excuser de certaines études nécessaires, faites dans ce livre, non pas pour le plaisir de toucher a des scandales et de soulever des hontes, mais pour mieux éclairer l'honneur et le travail.
J'aurais voulu montrer que la poésie véritable, celle qui émeut et qui élève, se trouve dans l'héroïsme de la vie ordinaire, dans l'immolation quotidienne des pas-
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sions et des vanités aux petits devoirs continus et réguliers, beaucoup plus que dans la prétendue émancipation du cœur, qui n'est souvent que le prétexte des appétits sensuels de gens sans cœur.
J'aurais voulu prouver qu'en mettant en présence trois femmes d'esprit, ruais obstinément attachées h des voies différentes, j'avais, de propos délibéré, laissé le beau rôle a la mère de famille, a l'épouse résignée, et que Pauline Foucault, honnête et pervertie,mal instruite et mal dirigée dans ses débuts, était le produit et le reproche de l'éducation incomplète donnée aux femmes de ce temps-ci.
J'aurais voulu aussi défendre la moralité de mon livre contre les scrupules d'une certaine critique, qui aime mieux les grosses indécences sous-entendues que les vérités saines, dégagées d'une anatomie un peu brutale.
Mais, en y réfléchissant mieux, je renonce à ces précautions. En voyant à quelles conditions les succès s'obtiennent, j'airne mieux abandonner au hasard des lecteurs les chances de ce livre. J'en demande pardon à ceux qu'il offusquera. Ceux qui veillent des crudités • pourront me reprocher tout à leur aise de manquer de vigueur et de ne pas aller assez loin dans l'analyse de ce monde suspect et stupide, qui est l'objet de la con^ voitise et de l'émulation des honnêtes gens et des gens d'esprit.
Bien loin d'avoir k m'excuser dé mettre sous le« \eux de mes lectrices les confidences de M me de Saint- Ovide, j'aurais plutôt à me défendre du reproche de