CHAPITRE IX
Marie» élevée en province, avait cet effroi des passions qui n'est pas la méconnaissance des facultés puissantes delà femme, mais la défiance résignée des conditions du monde. Marie n'était pas scandalisée des vertiges de l'amour, elle les comprenait; mais elle les redoutait. La vie de province est toujours une prison, mais elle n'est pas toujours un tombeau. Des intelligences, plus nombreuses qu'on ne le suppose à Paris, en se pliant à cette monotonie accablante, à ces commérages vulgaires, à ces médisances mesquines dont se compose l'existence provinciale, acquièrent une mélancolie calme (rai n'a pas d'amertume, parce qu'elle est sincère, et qui leur sert de consolation et de conseil. Cette vie triviale et comprimée a ses révélations, aussi bien et mieux peut-être que la vie prétendue libre de Paris. A quoi pensent ces captives du ménage pendant les longues heures de ce bagne d'oisiveté forcée? A rien ou à tout. Quand elles ne sont pas sottes ou idiotes, les femmes de province ont uue raison solide et discrète qui cache au fond de l'ame des réserves, et, si j'osais ainsi dire 5 des conserves de poésie* d'amour et de passion, dont elles n'useront peut-être jamais, mais dont
uigmze
ION PAULINE KOUCAULT
elles sont fières au dedans d'elles-mêmes, et qui leur donnent le droit de juger et de mépriser les drames parisiens.
A Paris, parmi des cohues de femmes charmantes, habillées, dressées, parées, machinées et Instruites, on trouve quelques femmes de génie ; en province, le génie est absent ; mais, en revanche, les femmes supérieures y sont très-nombreuses, Sous les déguisements de contiturieres habiles.
Ce masque imposé par la vanité et le despotisme des hommes autant que par la vulgarité des habitudes, cette pudeur de l'esprit, est le secret de bien des dévotions. J'imagine qu'il s'épanouit des poèmes silencieux de folle tendresse et d'amour sublime dans ces églises sourdes de province, où Ton va quotidiennement entendre la messe. Si tous ces bancs grotesques qui déshonorent les cathédrales pouvaient parler, ils raconteraient des élans inouïs, des tentations terribles, des victoires superbes. Que de sanglots ont reçus ces confessionnaux sinistres ! et ces prêtres, que n'auraient-ils pas à révéler, s'ils le pouvaient... et s'ils avaient compris!
Je ne voudrais pas faire intervenir des arguments trop solennels pour appuyer cette thèse; mais ne sait-on pas bien par l'histoire que la province engendre chez les femmes les héroïsmes réfléchis, les actes de violence froide et continue. Jeanne d'Arc et Charlotte Corday sont des provinciales. Une Parisienne eût peut-être tué Marat, mais elle fût morte d'horreur sur son cadavre ; elle n'eût pas su expier son crime héroïque. Si M"® Roland est née à Paris, elle avait été méditer longtemps en province, au clos de la Plâtrière, et elle avait d'ailleurs ramené dans son salon la province avec sa vertu et sa simplicité, incarnées dans Roland. La femme idéale peut se rencontrer partout, ce qui veut aussi bien dire nulle part. Mais la perfection nécessaire au bonheur pourrait se trouver avec avantage dans une provinciale, acclimatée à Paris.
Marie do Soulaigues était une de ces àmes captives qui savent bien quels horizons s'étendent au delà des verrous. En lisant la lettre de Pauline, elle eut comme un éblouisscraent. L'électricité de la foudre avait effleuré ses paupières. Cet amour plein d'àprelé, cette tendresse qui jouait avec sa propre impatience et sa douleur, fit envie et fit peur à la pauvre provinciale. Elle sentit qu'elle était capable d'aimer autant, mais d'aimer mieux. Elle comprit une fois de plus que son cousin ne trouverait pas le bonheur dans cette passion qui ne saurait jamais ni se régler, ni se satisfaire. Elle eut une dernière tentation, un dernier accès de jalousie, puis la raison retomba lourdement sur son cœur. En regardant par la fenêtre de sa chambre l'herbe qui croissait entre les pavés de la maison maternelle, en contemplant les toits de la petite ville, elle poussa un soupir de résignation :
— C'est ici que je vivrai, que je remplirai nia tâche, se dit-elle; point de faiblesse! Cet amour de Pauline sera mon roman lointain, j'en surveillerai les péripéties. Moi, je suis faite pour la réalité ; c'est dommage.
Elle répondit à Pauline avec une gravité tendre , elle l'exhorta à ne point jouer ce marivaudage terrible, à ne point torturer une àmc droite et profonde, à accepter le bonheur possible, sans l'éprouver d'avance.
« Hector vous îiime, et vous l'aimez ; le reste importe peu, lui écrivait-elle en finissant. Prenez en pitié, et non pas en haine, ceux qui ne se sont pas inclinés tout d'abord devant les droits décisifs de cette affection. Devenez bien vite ma cousine.
» Quant à moi, ne vous inquiétez pas, j'ai plusieurs façons d'être heureuse.
» La première, c'est de vous voir unie à Hector; voilà ce
que je demande, voilà ce que je réclamerai du ciel dans mes
prières ; car, nous autres, pauvres filles de province, qui
n'avons ni votre savoir ni votre philosophie, nous serions bien embarrassées de la vie quotidienne, si nous ne croyions pas en Dieu, et si nous ne savions pas prier. »
Pauline lut cette lettre, tout en faisant une dictée. Elle était en plein exercice de ses fonctions de sous-maîtresse. Nous savons ce qu'elle pensait de M mc Bellamy et des jeunes tilles confiées a ses soins. Ce mépris, qu'elle ne dissimulait pas toujours, donnait à ses paroles un accent incisif dont on s'étonnait, dont on s'alarmait. Mais parfois aussi, quand elle pensait à son amour, à Hector, au bonheur qu'elle faisait attendre volontairement, elle avait des accès d'expansion fiévreuse, et on l'adorait autant de fois qu'on la détestait.
L'institution de M mu Bellamy était un de ces nombreux hôpitaux de l'enfance où l'on prend à tâche de guérir les jeunes filles de leur jeunesse et de leur franchise. Pauline Foucault se sentait donc mal à Taise dans ce milieu. Elle s'efforçait de calmer son cœur et sa tête, de se mettre au niveau des petits intérêts et des petites préoccupations de son entourage. Mais sa patience avait des soubresauts. Toutefois, elle remplissait sa tâche avec l'exactitude d'une âme Hère qui ne veut pas donner prise aux exigences de la médiocrité* Elle continuait le rôle si exactement joué à côté de lady Fitz-Pcters ; elle donnait tout ce qu'elle avait promis» Mais la tâche terminée, seule avec elle-même, elle reprenait son droit d'amour et de haine ; et nous savons* par ses con* fidences, comment elle se dédommageait. Cette sous-maîtresse que tout le monde observait était une énigme* Ne se liant ni avec les grandes élèves ni avec les autres maîtresses, elle s'enfermait dans une attitude mystérieuse que la calomnie de ses rivales essayait inutilement d'interpréter*
Quelques semaines se passèrent* Pauline écrivait à Marie* qui lui transmettait des nouvelles d'Hector» Mile de Soulai-
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gnes, par des instances de plus en plus pressantes, conjurait son amie de renoncer à cette singulière et cruelle épreuve. Elle lui racontait l'attente silencieuse de M. de Villemoran, l'acquiescement de la vieille baronne. Elle la suppliait de ne pas prolonger une douleur qui devenait une , sorte d'injure pour Hector. « Le bonheur est lâ, devant vous, près de vous, disait-elle dans chaque lettre ; ne différez pas! » Mais on eût dit qu'une sorte de voix secrète et fatale s'élevait dans le cœur de Pauline, chaque fois qu'elle allait toucher à ce bonheur si ardemment convoité et si étrangement redouté. Etait-ce un remords? n'était-elle pas sincère ? Mais il était impossible de trouver dans son cœur une pensée qui ne fût pas tout à cette passion. Etait-ce une secrète protestation de la raison qui se faisait entendre sous les sophismes, et qui l'avertissait de prendre garde à un amour qu'elle s'exagérait par une sorte de vertige de sa volonté? Etait-ce enfin et toujours ce doute qui est la maladie originelle de toutes les âmes loyales de cotte époque ?
Quoi qu'il en fût des raisons puissantes de son hésitation, Pauline souffrait cruellement. Ses nuits étaient des veilles qui palissaient encore ses joues blanches et qui mettaient dans ses orbites des lueurs sinistres. Elle s'était attendue â quelque démarche, puis à quelque témérité d'Hector. Elle s'irritait de sa patience et défendait pourtant qu'on lui donnât le secret de sa retraite. Ce secret était connu de M. do Villcmoran ; mais lui aussi, attristé, effrayé de cette coquetterie cruelle, faisait une épreuve sur lui-même et attendait. Ses lettres à sa cousine étaient des épanchements contenus, dans lesquels une réserve honorable l'empêchait de tout dire à sa confidente, qui devinait tout. Celle-ci transmettait alors à Pauline ces plaintes étouffées, ces résignations graves et touchantes, et la sous-maîtresse, ravie, exaltée, et pourtant courroucée contre elle-même et contre
Hector, se débattait entre l'évidence d'un sentiment logique, et je ne sais quel orgueilleux point d'honneur qui lui promettait des féeries, des prouesses grandioses au nom de l'amour.
Cette situation anormale, absurde, mais vraie, selon les contradictions ordinaires du cœur humain, selon ses dépits et ses feintes, ne pouvait se prolonger davantage sans de grands dangers. Un événement de peu d'importance d'ailleurs pour Pauline mit fin â toutes ses irrésolutions.
Une ancienne élève de M me Bellamy se mariait, et ce fut une grande fête dans l'institution, quand on apprit qu'en
considération d'une camaraderie récente, toutes les élèves de la première classe assisteraient à la messe. On causait de l'heureuse fiancée dans les récréations, au réfectoire, au dortoir, dans la classe. On tirait, avec mille babillages, l'horoscope des futurs époux ; puis la grande affaire de la toilette revenait sans cesse. On faisait des conjectures sur la robe; on se livrait à des paris sur le nombre de volants de la jupe. Le voile serait-il en point d'Angleterre? Combien coûtait le trousseau ? combien les cachemires ? combien les diamants? Pauline écoutait avec un sourire tous ces bavardages.
— Voilà, se disait-elle tout bas, ce que c'est que le mariage. Mais de l'amour, de la vie en commun, mais des appréhensions qui devraient accompagner le lien indissoluble de deux âmes, pas un mot !
Le jour de la cérémonie, M llc Foucault accompagna les élèves à ^église. Elle ne put se défendre d'une émotion vive en franchissant le seuil, en contemplant l'autel paré, les invités en grande toilette. Elle pâlit, quand la mariée traversa l'église aux sons de l'orgue, courbant la tête avec l'embarras de commande, sous sa couronne et sous son voile. Elle fut jalouse de ce cortège, de ce luxe, de celte solen-
nité. Toutes les glorioles, toutes les vanités mondaines s'éjwinouissaient devant ce tombeau doré qui sert d'autel aux mystères chrétiens. Pauline se sentit émue ; elle se vit à la place de cette jeune fille ; mais avec quelle autre émotion ! quel autre cœur ! Gomme ses élèves chuchottaient leur admiration, elle fut tentée de les interrompre pour leur dire : — Ce n'est rien I vous me verrez, moi ! Quand le prêtre demanda aux futurs époux s'ils contractaient librement cette union, Pauline fit un mouvement de tète involontaire et faillit répondre pour eux. Elle se courba en tremblant, quand ou bénit ce jeune couple, et, pendant que l'orgue célébrait ce mariage, Pauline eut sur les lèvres et dans le cœur un cantique d'actions de grâces.
On se rendit à la sacristie. La souS-maîtresse suivit ses élèves. Là son enthousiasme subit un échec. Cette cohue des amis qui vont serrer la main du nouvel époux, ces baisers empreints d'une émotion banale, prodigués par quelques femmes et par les jeunes filles, à la nouvelle épouse, révoltèrent la fierté de Pauline et lui semblèrent une profanation. Elle vit qu'on admirait le voile de la mariée, que celle-ci se retournait complaisamment pour mieux montrer sa robe ; qu'elle donnait mémo l'adresse de sa couturière. Elle vit les parents qui faisaient avec ostentation leurs libéralités au bedeau, au suisse, au sacristain, aux enfants de chœur ; elle , surprit des regards étonnés qui semblaient demander la raison de sa présence au milieu de cette foule élégante des invités ; une rage dédaigneuse la mordit au cœur ; elle regretta de ne pouvoir humilier tout à coup ces bourgeois stupides de l'éclat de sa noce, de l'insolence de son titre de future baronne, de la splendeur de son amour.
Toute la journée, toute la nuit, elle ne songea qu'il son mariage. Les élèves, en commentant la cérémonie, irritaient son impatience. Elle faillit leur raconter tout; elle fut ten-
i\i PAULINE FOUCAULT
tée de s'amuser de leur stupéfaction, de leur envié. Pourtant, clic eut encore la force de ne pas écrire, ni à Hector, ni morne à Marie. Mais elle se jura a elle-même de ne plus lutter, et d'accepter enfin ce bonheur qu'il devenait sacrilège et téméraire de toujours ajourner.
Ce suisse avec sa hallebarde, frappant les dalles de l'église, en tete du cortège, lui revenait toujours à l'esprit, comme une sorte de chambellan céleste qu'elle avait hâte de suivre. Une gaieté étrange s'empara d'elle. Le lendemain de ce mariage, on la surprit devant un piano, chantant et faisant palpiter les touches d'ivoire sous ses mains fiévreuses.
Huit jours après, la nouvelle mariée vint rendre visite a ses anciennes amies. C'était à l'heure d'une récréation. On accourut, on entoura la jeune femme ; les baisers retentirent bruyants, acharnés; \ es questions se pressèrent. Les plus petites formaient avec respect un cercle autour du groupe. On trouvait un singulier prestige à cette dame de quelques jours. Quant à elle, riant, s' amusant des questions, des baisers qu'on donnait à sa bague de mariage, elle racontait complaisammcnt les délices d'une installation dans un riche appartement, dans un luxe tout neuf. Pauline s'était rapprochée et écoutait avec une douceur un peu ironique ces babillages naïfs. Tout à coup, la nouvelle mariée attira à part les plus grandes parmi ses anciennes connaissances, et leur montrant un objet dissimulé jusque-là dans son mouchoir brodé, leur distribua quelques bribes de son bouquet de mariée.
— Cela vous portera bonheur, leur disait-elle avec une familiarité majestueuse.
Les cœurs les plus fiers sont souvent les plus accessibles aux petites superstitions. Pauline se sentit atteinte d'un effréné désir de participer à cette distribution. Elle, l'esprit
fort, elle eut un attendrissement invincible et poétique. Elle s'avança, en pâlissant un peu.
— Et moi, madame, dit-elle, me ferez-vous aussi l'honneur de me donner une fleur de votre bouquet ? Moi aussi, j'ai besoin de bonheur, et je no serais pas fâchée d'être mariée dans l'année.
Cela fut dit avec une voix caressante qu'on ne lui connaissait pas, ou qu'on ne connaissait guère. Les jeunes filles se regardèrent avec surprise ; sur les lèvres de quelques-unes un orgueilleux et malicieux sourire se montra. La jeune dame détacha avec grâce la plus grosso fleur de son bouquet ; Pauline la prit en tremblant, puis, décidément vaincue par le charme de cette scène, elle ouvrit les bras à la belle visiteuse qu'elle ne connaissait pas et l'embrassa avec violence. Celle-ci se prêta avec indulgence à cette singulière démonstration; mais ce fut un événement, presque un scandale dans la récréation, et l'effet de la distribution des petites fleurs fut gâté, pour quelques-unes, par ce partage avec la sous-maîtresse. La fierté de ces demoiselles se révolta, et on se demanda la raison de cette témérité de Pauline. De quel droit osait-elle prétendre aussi au bonheur? Les chuchotements, les commentaires prirent leur volée, et, une demi-heure après, on disait tout bas, dans tous les coins de la maison, que M Ue Foucault avait une passion et allait se marier.
Pauline entendit ces propos et les reçut gaiement.— Je ne les ferai pas mentir, se dit-elle. Elle profita de la première classe pour écrire à Marie de Soulaignes :
a Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; soyez bénie entre toutes les femmes, lui disait-elle, et que mon mariage, fruit de votre amour, soit béni. Je ne veux plus résister à ma destinée ; c'est trop de sottise et de blasphème ; dites à Hector qu'il vienne me cherche, m'arracher â ma prison. Qu'il me
conduise à sa mère, a l'église, a Dieu, au bourgeois qui doit se parer d'un arc-cn-ciel pour nous marier. J'étais folle! Une petite prière dans une église à une messe de mariage a tout dissipé. Pardonnez-mcfi, mon ange, et sachez bien que je veux vous envoyer avant trois semaines la plus belle fleur de ma couronne de mariée, pour que cela vous porte bonheur. Je ne sais pas si j'attendrai que vous écriviez à Hector, si je ne lui écrirai pas moi-même, ce soir tout à l'heure. Demain, c'est si long ! »
Elle n'attendit pas en effet, et elle écrivit en môme temps à Hector de venir la chercher. Ses lettres étaient envoyées à la poste, quand on vint la prévenir de la part de M mt Bellamy, occupée à régler des comptes, qu'une dame étrangère demandait à visiter les chambres meublées; caries institutions de Paris, de même que les couvents, ont cet avantage, qu'elles peuvent servir à plusieurs fins et qu'elles font concurrence aux hôtels garnis. Pauline, que ses émotions nouvelles disposaient à la grâce et à l'aménité, entra dans le parloir avec le sourire sur les lèvres. L'étrangère qui l'attendait n'était autre que lady Fitz-Peters en personne. Antonia poussa un cri britannique et fit un mouvement en arrière, comme si elle eût posé le pied sur un nid de couleuvres.
Pauline eut beaucoup de peine à contenir une violente et folle envie de rire ; elle avança un fauteuil et invita du geste la majestueuse amirale à s'asseoir. Mais celle-ci n'avait pas l'intention de prolonger sa visite, et, tournant le dos à la sous-maîtresse, elle regagna la porte. Sur le seuil, elle se heurta à M me Bellamy, qui, débarrassée de ses comptes, et violemment sollicitée par le désir de ne pas laisser échapper une pensionnaire de ce mérite apparent et de cette nationalité, venait prêter main-forte a M"* Foucault. Il devenait impossible à lady Fitz-Peters de s'esquiver sans quelques
mots d'explication. Le sourire commercial de Mme Bellamy l'invitait d'ailleurs à parler.
— Madame, dit avec dignité* lady Antonia, je crois que cette maison ne pourrait me convenir.
Et elle fit un pas pour contraindre la directrice à lui céder le passage; mais celle-ci connaissait les retraites et savait les combattre.
— Est-ce que milady ne trouve pas de chambres assez comfortables? demanda M 1 » 6 Bellamy en faisant la bouche en cœur, et avec le même accent qu'elle eût dit : — Je vous aime.
— Ce ne sont pas les chambres qui me déplaisent, répliqua l'Anglaise, en s'efforçant de tirer de son regard un éclair pour foudroyer Pauline.
— Quelqu'un vous aurait-il manqué d'égards? reprit la belle institutrice, dont la voix passa du doux au grave, et qui prit des airs de dignité.
Il y eut un silence. Pauline souriait de son sourire redevenu méchant. Antonia cherchait les termes les plus convenables et en même temps les plus envenimés pour exhaler sa colère contre son ancienne demoiselle de compagnie. M»« e Bellamy regardait et cherchait à comprendre. Pauline intervint.
— Nous sommes d'anciennes connaissances, milady et moi, dit-elle.
— Raison de plus, alors, pour que milady se décide en faveur de ma maison, reprit avec à-propos la maîtresse d'hôtel.
— Au contraire, madame, répliqua lady Fitz-Peters.
— Je crois qu'on va dire du mal de moi, dit en faisant la révérence et avec gaieté Pauline Foucault ; permettez-moi, par modestie, de me retirer.
Elle salua avec ironie, et sortit.