DE BREVANNES
Quelques mots sur M. de Brévannes, acteur important à cette histoire, sont ici nécessaires.
Le père de M. de Brévannes s'appelait Joseph Biirdin. Originaire de Lyon, il était venu chercher fortune à Paris sous le Directoire. A force de finesse, de persévérance et d'entente des affaires, en peu d'années il réalisa, dans les fournitures des armées, une de ces fortunes scandaleuses si fréquentes à cette époque.
Riche, le nom de Burdin lui parut vulgaire ; il acheta la terre de Brévannes en Lorraine, s'appela pendant quelque temps Burdin de Brévannes, puis enlîn seulement de Brévannes. Sa femme, tille d'un notaire fort riche, qui s'était ruiné par des spéculations hasardeuses, mourut peu de temps avant la Restauration.
M. de Brévannes ne lui survécut pas longtemps. La tutelle de son fils, Charles de Brévannes, fut confiée à l'un de ses anciens associés. Soit incurie,
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soit infidélité , cet homme ne géra pas avantageusement les intérêts de son pupille, qui, majeur en 1825, ne se trouva en possession que de quarante mille livres de rentes environ.
jM. de Brévannes, retrouvant dans le monde plu-^ sieurs de ses camarades de collège, mena durantquelques années une joyeuse vie de jeune homme^ sans pousser néanmoins ses dépenses jusqu'à la prodigalité; il était égoïste et ordonné.
Vers la fin de 1831, il épousa BertLe Raimon^.
Pour expliquer ce mariage , il est nécessaire de poser le caractère de M. de Brévannes. Assez mal élevé, n'ayant reçu qu'une banale éducation de collège, rien n'avait adouci, tempéré sa fougue naturelle. Le trait culminant, primordial de ce caractère singulièrement énergique et orgueilleux, était une incroyable opiniâtreté de volonté.
Pour parvenir à son but, M. de Brévannes ne reculait devant aucun sacrifice, devant aucun excès, devant aucun expécliement.
Ce qu'il souhaitait, il voulait le posséder, autant pour satisfaire son goût, son caprice du moment , que pour satisfaire l'espèce d'orgueil tenace qu'il mettait à réussir, bon gré, mal gré, coûte que coûte, dans tout ce qu'il entreprenait.
M. de Brévannes poussait l'économie jusqu'aux limites de l'avarice , la personnalité jusqu'à Tégoïsme, la sécheresse d'àme jusqu'à la dureté. Fallail-il triompher d'un obstacle, il devenait dévoué, géiiéreuvj délicat, si cela servait ses projets, mais,
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l'obstacle surmonté, ces qualités éphémères disparaissaient avec la cause qui les avait produites, son caractère normal reprenait son cours, et ses mauvais pcnc!ianlssedédommaj>eaienl d'une contrainte passafjère en redoublant de violence.
Malheureusement les gens de cette trempe vigoureuse, résolue, prouvent souvent que pour eux — • vouloir c'est pouvoir — comme disait M. de Brévannes.
JMaintenant parlons de son mariage.
M. de Brévannes occupait à Paris le premier étage d'une maison qui lui appartenait. De nouveaux locataires vinrent habiter deux petites chambres du quatrième : c'était Berthc Raimond et son père. ( 3Iadame Raimond était morte depuis longtemps. )
D'abord graveur en taille-douee, Pierre Raimond avait la vue tellement affaiblie, qu'il ne gravait plus que la musique. Berlhe, excellente artiste, donnait des leçons de piano ; grâce à ces ressources , le pèie et la lUle vivaient à peu près dans l'aisance.
Berthe était remarquablement jolie. M. de Brévannes la rencontra souvent, ressentit pour elle un goût assez vif, et s'introduisit chez Pierre Raimond sous un prétexte de propriétaire.
Yi. de Brévannes avait une détestable idée de l'humanité, il espérait, à l'aide de quelques cajoleries, de quelques Hbéralités, triompher de la vertu de Berlhe et des scrupules de Pierre Raimond. Il se trompa : en payant le premier terme du modeste
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loyer de ses deux chambres, le graveur donna congé à M. de Brévannes pour le terme suivant, elle pria très nettement de cesser ses visites, qui avaient d'ailleurs été très bornées.
M. de Brévannes l'ut piqué de cet insuccès; cette résistance inattendue irrita son désir, blessa son orgueil; son caprice devint de l'amour, du moins il en eut l'ardeur impatiente.
S'étant ménagé quelques entretiens avec mademoiselle Raimond, soit en la suivant dans la rue lorsqu'elle allait donner ses leçons, soit en la rencontrant chez une de ses écolières, M. de Brévannes parvint à nouer une correspondance avec Berthe et fut bientôt aimé d'elle. 11 était jeune, il avait de l'esprit et de l'usage, une figure sinon belle, du moins mâle et expressive. Berthe ne résista pas à ces avantages ; mais son amour était aussi chaste que son âme, et les mauvaises espérances de M. de Brévannes furent déçues. En lui avouant naïvement une affection dont elle n'avait pas à rougir, Berthe lui dit qu'il était trop riche pour l'épouser; il fallait donc rompre des relations vaines pour lui, douloureuses pour elle.
La lin du terme arriva ; Berthe et son père allèrent s'établir dans un des quartiers les plus solitaires de Paris, rue Poultjer, île Saint-Louis.
Ce départ blessa de nouveau l'orgueil et le cœur de M. de Brévannes. Il découvrit le lieu de la retraite de la jeune fille, prétexta un voyage de quelques mois, et alla secrètement s'établir à l'ile Saint- 1. 4