‹ Paupa MontiChapitre 11 sur 90 · PAiLA. MO\rr · texte numérisé non relu

PAiLA. MO\rr

Louis, dans un hôtel garni du quai d'Orlcan->, tout auprès de la rue oii demeurait Pierre Raimond.

La première fois que Berthe revit M. de Brévaiines, elle trahit par son émotion la constance de S6S sentiments pour lui; elle ne lui cacha rien, ni 3a joie que lui causait son retour, ni les larmes ciuelies et pourtant chéries qu'elle avait versées pendant son absence.

Malgré ces aveux, M. de Brévannes ne fut pas plus heureux ; séductions, ruses, promesses, emportement, désespoir, tout vint échouer devant la vertu de Berthe , vertu simple et forte comme son amour.

Ceux qui connaissent le cœur de l'homme et surtout des hommes orgueilleux et opiniâtres comme 3L de Brévannes, comprendront ses ressentiments amers contre cette jeune fille, aussi inflexible dans sa pureté que lui dans sa corruption.

Un homme ne pardonne jamais à une femme d'avoir échappé, par adresse, par instinct ou par vertu, au piège déshonorant qu'il lui tendait.

Il serait impossible de nombrer les imprécations mentales dont M, de Brévannes accablait Bertiie; il alla jusqu'à supposer cette énormité, que, « par ses refus calculés, cette petite fille avait l'audacieuse visée de l'amener un jour à l'épouser. »

Abominable machination, tramée sans doute avec le vieux graveur !

M. de Brévannes haussa les épaules de pilié en songeant à une manœuvre aussi odieuse qu'ab-

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siirde, cl résolut de quitter Paris. Avant de partir il eut un dernier entretien avec Berthe. 11 s'attendait à une scène de désespoir : il trouva la jeune fille triste, calme, résignée. Jamais elle ne s'était fait illusion sur son amour pour M. de Brévannes; elle s'était toujours attendue aux pénibles conséquences de ce malheureux attachement.

Et puis encore, chose singulière, Pierre Raimond, artiste probe, austère, d'un rigorisme stoïque, avait élevé sa fille dans de telles idées sur la richesse, que la disproportion de forlune qui existait entre M. de Brévannes et Berlhe semblait à celle-ci aussi infranchissable que la distance qui sépare un roi d'une fille du peuple.

Ainsi, loin de lui demander pourquoi, étant libre, il ne l'épousait pas, moyen fort simple de mettre d'accord l'amour et le devoir, Berlhe avait ingénument avoué à xM. de Brévannes que leur amour était d'autant plus désespéré que Pierre Raimond, dans sa fière pauvreté, ne consentirait jamais à marier sa fille à un homme riche.

Au moment de se séparer de 31, de Brévannes, Berthe lui promit de faire tout au monde pourl'oublier, afin d'épouser un homme pauvre comme elle; sinon, elle ne se marierait jamais.

Ces paroles, exemptes de toute exagération, simplesj vraies comme la pauvre fille qui les prononçait, ne firent aucune impression sur M. de Brévannes ; dans l'angélique résignation de Berthe, il vil une flagrante et dernière preuve du complot que

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l'on Iramnit contre lai afin de l'amener à un jnariaj^e absurde.

M. de Brévannes partit pour les bains de mer de Dieppe, se croyant parfaitement délivré de son amour; fier d'avoir échappé à un piège indigne, il attendait avec une haineuse impatience une humble ])rière de retour, qu'il se préparait à accueillir avec le dernier mépris. A son grand étounement, il ne reçut aucune nouvelle de Berthe.

A Dieppe , M. de Brévannes rencontra une madame Beauvoisis (le domino du coffre), fort jolie, fort à la mode dans un certain monde, fort coquette, et fort aimée d'un homme des plus agréables.

Pour se venger du silence de Berthe et de quelques souvenirs importuns, et aussi pour se relever à ses propres yeux de son échec auprès de la fille du graveur, M. de Brévannes entreprit de plaire à madame Beauvoisis et de supplanter l'amant aimé. Il réus.'ir.

M. de Brévannes fut d'autant plus irrité, d'autant plus humilié de n'avoir rien pu obtenir de Berthe, que la conquête de madame Beauvoisis lui sembla plus flatteuse. Son amour-propre se révolta de ce qu'une malheureuse petite fille, pauvre, inconnue, eut osé résister à l'homme qu'une femme très désirable avait choisi.

Ps'ous sommes loin de prétendre que M. de Brévannes n'eût pas d'amour pour Berthe ; mais chez lui les tendres espérances de l'amour, ses charmantes impatiences, ses craintes mélancoliques,

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s'étaient transformées en désirs eftVénés, en orgueilleuse irritation.

Il résumait amèrement et brutalement la question eu disant :

« J'ai mis dans ma tète que celte fille serait à moi... Coûte que coûte, elle sera à moi. »

Courroucé de ne pas recevoir de lettres de Ber- Ihe depuis six semaines qu'il l'avait quittée, M. de Brévannes rompit brusquement avec madame Beauvoisis, l'idole de la saison des eaux de Dieppe, et revint s'enterrer dans l'ile Saint- Louis. Lorsqu'il arriva, Berthe se mourait ; elle n'avait pu résister à tant de chagrins...

Presque touché de cette preuve d'amour, voulant d'ailleurs à tout prix que celte jeune fille fût à lui, M. de Brévannes, malgré ses résolutions de ne jamais faire un mariage de diipe^ comme il disait, alla trouver Pierre Raimond, et lui demanda formellement la main de sa fille , s'attendant à une explosion de reconnaissance de la part du vieux graveur.

Chose incroyable, inouïe, exorbitante, qui renversa toutes les idées de M. de Brévannes, Pierre Raimond ne voulut pas consentir à celle union.

« M. de Brévannes était né riche, Berthe était née pauvre, il n'y avait entre eux aucune sympathie de classe, aucune convenance de position, aucuns rapports dhabilude, d'éducation, de principes; parlant, aucune garantie de bonheur pour l'avenir. »

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Tel fut le thème invariable île Pierre Rnimond.

11 y avait dans la manière absolue dont cet homme austère envisageait la distance qui sépare les riches des pauvres, plus de fierté que d'humilité. Il établissait entre ces deux conditions, qu'il regardait comme hétérogènes et inconciliables, une ligne aussi tranchée, aussi infranchissable, que celle que les républicains tracent entre eux et les aristocraties.

L'énergique opiniâtreté de M. de Brévannes eut échoué devant la fière pauvreté de Pierre Raimond, si la vie de Berthe n'eût pas été compromise.

L'instinct d'un père est presque toujours d'une admirable perspicacité ; lorsque cet instinct s'allie à un rare bon sens, il atteint à la divination.

Pierre Raimond pressentait le sort de sa fille. INéanmoins, obligé d'opter entre la mort de cette enfant chérie et un avenir redoutable, qu'il serait peut-être possible de conjurer, le graveur consentit enfin au mariage, qui se fit peu de temps après le retour de M. de Brévannes.

Berthe n'avait pas un moment douté de l'amour de son mari.

Ce cœur simple et bon, noble et confiant, n'avait pu se défendre contre le vouloir implacable de cet homme dont l'emportement l'avait flatté ; dans sa vanité naïve, la jeune fille se demandait avec une certaine fierté s'il ne fallait pas que M. de Brévannes l'aimât beaucoup pour avoir pour-

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suivi ses desseins sur elle avec une iciiasilé si énergique.

La pauvre Bertlie confondait, liélasî l'entèteraent orgueilleux d'un esprit impatient de toute résistance avec l'abnégation, avee l'opiniâtre dévouement de la passion.

M. de Brévannes était capable d'employer tous les moyens possibles, même les voies eu apparence les plus honorables, pour parvenir à ses fins; mais, le but atteint, il était capable aussi de se venger cruellement des sacrifices qu'il s'était imposés luimême pour triompher dans une lutte où. son orgueil était aussi vivement intéressé que son amour.

Pour ce caractère intraitable , le lendemain de la victoire était rarement heureux ; plus l'attaque avait été rude, plus la résistance avait duré, plus sa vanité souffrait. Dans la chaleur de l'action, il oubliait les blessures de son amour-propre; mais, après le succès, il ressentait douloureusement ces plaies saignantes, et son caractère véritable reprenait le dessus.

Lorsque la fièvre de vouloir acharné qui avait contraint M. de Brévannes à épouser Berthe eut cessé, il eut des regrets extrêmes de ce mariage... Oui... il eut honte de son alliance avec une fille obscure et pauvre ; en songeant aux riches partis auxquels il aurait j)u prétendre, les qualités charmantes, la beauté, Tàme angélique de Berthe lui parurent à peine une consolation. Il se crut en butte à tous les sarcasmes; il ne devait pas v avoir de

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railleries assez piquantes pour qualifier son ridicule mariage d'inclination.

M. de Brévannes se trompait: beaucoup de gens, en le voyant épouser une fille belle, vertueuse et pauvre, lui supposèrent un caractère généreux, élevé ; on prôna, on vanta son admirable désintéressement, et il fut absous d'avance de tous les tourments qu'il pourrait faire endurer à une femme pour laquelle il avait tant fait.

Les uns regardaient la conduite de Berthe comme un chef-d'œuvre de ruse et d'habileté ; les autres se moquèrent de M. de Brévannes et de son mariage d'inclination, parce qu'ils se moquaient généralement de tout le monde.

Personne ne soupçonna le véritable motif de ce mariage, et que l'entêtement de M. de Brévannes y avait eu au moins autant de part que son amour...

Dernier trait du caractère de JM. de Brévannes.

Depuis quatre ans il était marié. Berthe, plus aimante, plus résignée que jamais, ne lui avait pas dcnné le moindre sujet de plainte. Quoiqu'il lui eût fait ouvertement des infidélités fréquentes, quelquefois donné des rivales du plus bas étage... la malheureuse femme avait secrètement versé des larmes amères, mais ne s'était jamais plainte.

Malgré cette patience, malgré cette douceur parfaite, M. de Brévannes se livrait quelquefois à d'inconcevables soupçons de jalousie, et cela sous le prétexte le plus frivole.

Celle violente jalousie n'était pas une preuve de

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