‹ Paupa MontiChapitre 14 sur 90 · MADAME DE BREVAA.NES · texte numérisé non relu

MADAME DE BREVAA.NES

— Ah! c'est ainsi que vous occupiez vos loisirs en m'atlêudant, madame...

— En vérité, Cliarles, je ne vous comprends pas...

— Vous ne comprenez pas ? Pourquoi celte fenêtre du premier étage de la maison d'en face étaitelle encore éclairée il n'y a qu'un moment?

— Il n'y a qu'un moment?... une fenêtre?... dans la maison d'en face ? demanda Bertlie avec une surprise croissante.

— Faites donc l'étonnée, madame! Tout à l'heure quelqu'un regardait attentivement votre fenêtre. Ou a disparu dès que je me suis montré.

— Cela peut être, Charles, je n'en sais rien... Mais pourquoi me dites-vous cela ?

— Tourquoi !

— Pourquoi?

— Parce que vous êtes sans doute d'inlelligence avec cette personne... Et qu'il y a là-dessous quelque intrigue.... Je ne m'étonne plus de votre veillée.

A cette accusation si brusque, si slupide, si inconcevable, Berthe ne put trouver un mot à répondre; elle joignit les mains en levant ks yeux au ciel.

— Ce n'est pas répondre, madame, s'écria i\î. de Brévannes exaspéré. Je vous demande pourquoi il y avait de la lumière d;ins cette chambre en face, pourquoi un homme regardait ici ?

— Mais, mon Dieu ! le sais-je ? — s'écria Rert]i<\

6B PAILA MOXTI.

— Encore une fois, cela n'est pas répondre, madame.

— Mais que voulez-vous que je vous réponde ?

— Prenez g^rde! s'écria M. de Brévannes hors de lui. Ne me croyez pas assez sot pour èlre dupe de voire hypocrisie... J'ai vu ce que j'ai vu; je ne suis pas aveugle. Quelle est la personne qui habile en face ?

— Mais, Charles, je n'en sais rien ; nous sommes arrivés depuis hier malin.

M. de Brévannes interrompit sa femme, se frappa le front et s'écria :

— C'est cela... je me le rappelle maintenant... une voiture de poste est arrivée peu de temps après nous et est entrée dans cette maison ; on nous suivais., peut-être même en Lorraine... Oh ! j'en suis sur, il y a là-dessous quelque indigne mystère...

mais je le découvrirai malheureuse que vous

êtes!

Cette injure, cette dureté, ce reproche, si peu mérités, touchèrent Berthe jusqu'au vif. Malgré sa douceur, malgré sa résignation habituelle, sa dignité, sa conscience se révoltèrent; elle dit d'un ton ferme à son mari :

— Vous avez tort de me parler de la sorte, Charles; vous pourriez pousser ma patience à bout, et me faire dire des choses... que, pour votre propre dignité, je voudr.iis taire.

— Des menaces. ..

— Ce ne sont point des menaces, Charles, seu-

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lement... il n'est pas généreux à vous, qui m'avez donné tant de fois des sujets de plaintes et de chagrin, de m'accuser, et de me traiter avec ce mépris à propos d'un soupçon insensé.

— Voilà, pardieu! un nouveau langage.

— Charles, je me lasse de subir en silence d'injustes reproches, tandis que je pourrais moi-même vous en adresser de malheureusement trop fondés.

— De mieux en mieux....

— Yous dites, Charles, que je dois fermer les yeux sur voire conduite ; je l'ai toujours fait ; estce de ma faute si le bruit de vos aventures est venu jusqu'à moi, à moi qui vis seule loin du mondé?,.. ]N'est-ce pas encore le bruit public et les insolences de la misérable créature que j'ai chassée de chez moi il y a huit jours qui....

— Madame, pas un mot de plus.

— Pardonnez-moi, Charles, je parlerai ; je ne veux pas abuser de la position que mon dévoùmcnt à mes devoirs m'a faite ; mais je veux que vous la

respectiez Je consens à fermer les yeux sur des

erreurs si basses, qu'elles ne méritent pas même mon indignation... mais je ne souffrirai pas que vous m'écrasiez injustement...

— Sur ma parole, madame, votre audace me confond. Et vous voulez^ sans doute, me faire entendre que quatre ans de fidélité et de respect pour vos devoirs vous ont acquittée envers moi, et que vous êtes maintenant libre d'agir comme bon vous semblera? Mais c'est increvable ! mais vous oubliez

7 0 PAILA MO.MI.

donc que je vous ai tirée de la misère, que votre père vit de mes bienfaits, et que j'avais été assez bon pour lui offrir autrefois d'habiter chez moi ?...

— Je n'ai jamais oublié que vous m'avez tirée de la misère, comme vous le dites, Charles, et cela a été d'autant plus méritoire de ma part, que j'étais parfaitement indifférente à cette misère; il m'a fallu, pour vous aimer, quoique riche, surmonter peut être autant de répugnance qu'il vous a fallu en surmonter pour m'airaer quoique pauvre !

— Vraiment ! vous m'avez fait cette grâce-là, de m'aimer malgré mes quarante mille livres de rentes ?

— Quant à ce reproche, Charles, que mon père

vit de vos bienfaits c'est la première fois que

vous me le faites.... ce sera la dernière Depuis

bientôt un an la vue de mon père est si affaiblie qu'il a été obligé de renoncer au travail qui jusque-là lui avait suffi pour vivre.... A force d'instances, je suis parvenue à lui faire accepter une modique pension .. il a consenti à la recevoir.

— Afin de n'être pas au-dessous de vous en fait de condescendance, M. Raimond m'a fait aussi la grâce d'accepter de quoi vivre à l'aise au lieu d'aller à l'hospice.

— Oui, mon père a fait grâce à votre vanité en n'allant pas à l'hospice. Dans ses principes, il n'y avait là rien de déshonorant; vieux, infirme, hors d'état de vivre de son travail, ainsi qu'il l'avait toujours fait, il aurait usé sans honte de l'asile que

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