‹ Paupa MontiChapitre 2 sur 90 · UNE INTRIGUE · texte numérisé non relu

UNE INTRIGUE

Un assez grand attroupement de curleuv, formé autour du coffre où trônait le domino dont nous avons parlé , écoutait avidement les bizarres versions qui circulaient sur la vie mystérieuse du prince et de la princesse de Hansfeld.

Heureusement pour les curieux , ces récits n'étaient pas à leur fin.

— Il est à remarquer — reprit 31. de Fierval — que madame de Lormoy , la seule personne qui voie assez intimement madame de Hansfeld , en dit un bien infini.

— C'est tout simple — reprit M. de Brévannes — le moindre petit rocher est toujours une Amérique pour les modernes Colomb... Madame de Lormoy a découvert l'hôtel Lambert, elle doit raconter des merveilles de la princesse... Mais, à propos de madame de Lormoy, que devient son neveu, le beau des beaux, Léon de ÎMorville? Quelle jieureuse femme adore maintenant sa fifiure d'ar-

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change, depuis qu'il a été obligé de se séparer de ladyMelford?

— Il est toujours fidèle au souvenir de sa belle insulaire — répondit M. de Fierval.

— A la grande colère de plusieurs femmes à la mode — ajouta le domino — entre autres de la petite marquise de Luceval , qui affecte Toriginalité comme si elle n'était pas assez jolie pour être naturelle; n'ayant pu enlever Léon de ]\Iorville à sa lady du vivant de cet amour, elle espérait au moins en hériter.

— U^e liaison de cinq ans, c'est si rare...

— Ce qui est plus rare encore, c'est qu'on soit .fidèle... à un souvenir... Je n'en reviens pas — dit M. de Brévannes.

— Surtout lorsque le fnlèîe est aussi recherché que l'est Morville...

— Quant à moi , je n'ai jamais pu souffrir M. de Morville — dit 31. de Brévannes. — J'ai toujours évité de le rencontrer.

— Je vous assure, mon cher — dit M. de Fierval — qu'il est le meilleur garçon du monde...

— Cela se peut , mais il a l'air si vain de sa jolie figure !

— Lui?... allons donc !...

— Heureusement que cet Adonis est aussi bêle qu'il est beau — dit le domino.

— Beau masque , prenez garde — dit un nouvel arrivant qui s'était fait jour jusqu'au premier rang dcs.iuditeurs ; — en vous entendnnl pnrlcr ain>i de

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l.e'-on de Moivilk', on pourniit croire que vos séductions ont échoué contre sa fidélité ù lady ÎNIelford... vous dites trop de mal de lui pour ne pas lui avoir voulu... trop de bien.

— Vraiment, Gercourt — reprit gaiement le domino — tu me parais très bienveillant aujourd'bui... Est-ce qu'on joue la comédie demain ?

— Comment, beau mas({uc! vous me croyez intéressé à ce point ?

— Sans doute... un homme du monde comme toi... à la mode comme toi... d'esprit comuie toi... qui ose se permettre d'avoir plus d'esprit que les autres... hommes d'esprit, bien entendu^ est condamné à toutes sortes de fâcheux ménagements... Malgré cela, si ta comédie tombe... n'en accuse que tes amis.

— Je ne serai pas si injuste, beau masque , si ma comédie tombe, je n'accuserai que moi... Quand ou a des amis comme Léon de Morville, dont vous dites un mal si flatteur, on croit à l'amitié.

— Tu vas recommencer notre querelle?

— Sans doute.

— Soutenir que Léon de Morville a de l'esprit?

— Malheureusement pour lui, il est très beau; aussi les envieux aiment-ils à supposer qu'il est très bète... S'il était louche, bègue ou bossu... peste!... on ne s'aviserait pas de contester son esprit. De nos jours il est inouï combien la laideur a d'avantages.

— Tu dis cola pour la plupart de nos hommes

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d'État? — rcpril le doiiiiiio. — Le fait est qu'un pourrait dire maintenant : Laid comme lui niinistre.

— Et puis , dans ce siècle sérieux, rien n'est plus sérieux que la laideur.

— Sans compter — reprit le domino — qu'une figure patibulaire est toujours une sorte d'introduction, de préparation à une vilenie ; sous ce rapport, il est très adroit à certains hommes d'État d'être hideux.

— Pour en revenir à M. de Morville, je n'ai jamais entendu vanter son esprit — dit sèchement M. de Brévannes.

— Tant mieux pour lui — reprit M. de Gercourt — je me défie des pensdont on cite les bons jnots... Je douterais de 31. de Talleyrand si je ne l'avais pas entendu causer... Avouez du moins, mon cher Brévannes, que Morville n'a pas un ennemi, malgré l'envie que ses succès devraient exciter.

— Parce qu'il est niais — reprit opiniâtrement le domino ; — les gens vraiment supérieurs ont toujours des ennemis.

— B me semble alors, beau masque — reprit jM. de Gercourt '—que votre hostilité iicharnéecoustaie fort la supériorité de Léon de 3Iorville.

— Bah ! bah! — reprit le domino sans répondre à celte attaque — la preuve que M. de Mcrville est un pauvre sire... c'est qu'il cherche toujours à produire de l'efiet, à se faire remarquer... Ridicule ou non, ])eu lui importe le moyen.

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— Comment cela? — dit M. de Gcirourt.

— Nous parlions tout à l'heure de l'aJmiralion générale qu'inspirait la princesse de Hansfeld — dit le domino. — Eli bien ! M. de Morville affecte de faire le contraire de tout le monde. Qu'il soit indifférent à la beauté de madame de Hansfeld, soit; mais de l'indifférence à l'aversion, il va loin...

— A. l'aversion! Que voulez-vous dire? — demanda I\I. de Bré vannes.

— Yoilà un nouveau crime dont mon pauvre Morville est bien innocent, j'en suis sûr — dit M. de Gercourt.

— Tout le monde sait — repartit le domino ^— qu'il feint l'aversion la plus prononcée pour ma-^ dame de Hansfeld.

— Morville ?

— ■ Certainement, quoiqu'il aille assez peu dans le monde, maintenant il affecte de fuir les endroits cil il peut rencontrer la princesse. C'est à ce point, qu'on ne le voit plus que très rarement chez sa tante, madame de Lormoy, sans doute par crainte d'y trouver madame de Hansfeld. Voyons, Fierval, vous qui connaissez madame de Lormoy, est-ce vrai?

— Le fait est que je rencontre maintenant rarement Morville chez elie.

— Tul'entends? — dit le domino triomphant en s'adressant à M. de Gercourt. — L'antipathie de Morville pour la princesse se remarque; on en jase... on s'en étonne... Yoilà tout ce que voulait cet Apollon sans cervelle.

— Cela est impossible — dit M. de Gercourt; personne n'est moins affecté que 3Iorville; c'est un des hommes les plus aimables, les plus naturellement aimables que je connaisse ; de sa vie, je crois, il n'a jamais baï, feinl ou menti ; il pousse même le respect de la toi jurée jusqu'à l'exapéralion.

Je suis de l'avis de Gercourt — dit ."\î. de Fierval. — Seulement, depuis longtemps de MorviUe, profondément triste, va fort peu dans le monde.

— Cela s'explique — dit un des auditeurs de cet entretien. — Depuis dix-huit mois que lady Melford est partie, il ne cesse de la reg^relter.

— Et puis — dit un autre — la mère de M. de Moryille est dans un état très alarmant , et personne n'ignore combien il adore sa mère.

— - Son attachement pour sa mère ne fait rien à l'afi'aire — =• répondit le domino. — Quant à sa iiilélité au souvenir de lady Melford... il a changé de ridicule et d'exagération; c'est généreux à lui. il varie nos plaisirs... il a reconnu le ridicule de celte exagération...

— Comment cela ?

— Je ne suis pas dupe de son alïectation à fuir madame de Hansfeld. Je parie qu'il est épris d'elle, et qu'il veut attirer son attention par celte originalité calculée...

— C'est impossible — dit Fiefval.

— Ce moyen est trop vulgaire — dit Gercourt.

— C'est justement pour cela que >I. c'e Mov- 1. :2

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ville l'emploie. Il est trop sot pour en inventer un autre...

— Comment!., il aurait attendu l'arrivée de madame de Hansfeld pour être infidèle... lorsque depuis près de deux ans... il n'aurait eu qu'à choisir parmi les plus charmantes consolatrices?

— Rien de plus simple — dit le domino. — La difficulté l'aura tenté... Personne n'a réussi auprès de madame de Hansfeld, et il serait jaloux de ce succès... Parce que de îMorville esthète, il ne s'ensuit pas qu'il ne soit pas vaniteux...

— Et parce que vous avez de l'esprit, beau masque — dit M. de Brévannes — il ne s'ensuit pas que vous soyez équitable...

Un domino prit 31. de Gercourt par le bras et mit fin à cette discussion sur IM. de Morville, qui perdit ainsi son plus vaillant détenseur.

— Et depuis quand cette princesse enchanteresse est-elle à Paris? — demanda M. de Brévannes.

— Depuis trois ou quatre mois environ — dit M. de Fier val.

— Et qui l'a présentée dans le monde?

— La femme du ministre de Sa\e ; mais en vérité le prince est Saxon.

— Prince! — reprit M. de Brévannes — il est impossible qu'on ne sache rien de plus sur ce secret mystérieux ?

— Je puis vous dire, moi — reprit M. de Fierval — que, curieux comme toul le monde dejténé-

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