‹ Paupa MontiChapitre 3 sur 90 · L-\E IMIUGLE · texte numérisé non relu

L-\E IMIUGLE

trer un coin de ce mystère, J'ai interrogé le ministre de Saxe.

— Eh bien?

— Il m'a répondu d'une manière évasive. Le prince, d'une santé fort déJicate, vivait dans une retraite absolue... on lui imposait les plus grands ménagements... son voyage l'avait beaucoup fatigué... enfin, je vis que mes questions embarrassaient visiblement le ministre, je rompis la conversation; depuis, je me suis abstenu de lui reparler de M. deHansfeld.

— C'est très bizarre, en efïet, dit M. de Brévannes, et personne parmi les étrangers ne connaît ce prince ?

— Tout ce que j'ai pu savoir, c'est qu'il s'est marié en Italie... et qu'après un voyage en Angleterre, il est venu s'établir ici.

— Autant qu'on peut avoir une opinion sur des choses si obscures, dit un autre, je croirais décidément que le prince est imbécile, ou quelque chose d'approchant.

— Au fait, dit le domino, le soin qu'on met à le cacher à tous les yeux...

— L'embarras du ministre de Saxe à vous répondre, dit M. de Brévannesà M. de Fierval.

— L'air sombre et mélancolique de la princesse.

— Mais alors — reprit Brévannes — pourquoi celte belle mélancolique va-t-elle dans le monde?

— Ne voulez vous pas qu'elle s'enterre avec son idiot... si idiot il y a?

20 l'AlLA. MO.Ml.

— Mais si elle a toujours l'air mélancolique et même sinistre dont vous parlez, quel plaisir trouvet-clle dans le monde ?

— Ma foi , je n'en sais rien , dit M. de Fierval ; c'est justement cette espèce de mystère qui , joint à la beauté de madame de llansfeld, la met si à la mode.

— Elle n'a pas d'amie intime qui puisse en raconter quelque chose? demanda M. de Brévannes.

— J'ai entendu dire à madame de Lormoy qu'étant allée un matin voir madame de Hansfeld à l'hôlel Lambert, elle avait tout à coup entendu, assez près de l'appartement où elle se trouvait, une phrase musicale d'une ravissante harmonie jouée sur un buffet d'orgue avec un rare talent... La princesse ne put réprimer un léger mouvement d'impatience. Elle fit un signe à sa fille de compagnie au visage cuivré. Celle-ci sortit sur-le-champ. Peu d'instants après... les chants avaient cessé!!

— Et madame de Lormoy ne lui demanda pas d'oîi venait le son de cet orgue.

— Sifait.

— Et que répondit la princesse ?

— Qu'elle n'en savait rien... que c'était sans doute dans le voisinage que l'on touchait de cet instrument , dont le son lui agaçait horriblement les nerfs... Madame de Lormoy lui fit observer que, l'hôtel Lambert étant parfaitement isolé, l'orgue dont on jouait devait être dans la maison... Madame de Hansfeld parla d'autres choses.

LXE INTillGlE. 2\

— D'où il faut conclure — reprit le domino — que personne ne saura le mot de cette énigme...

Ah! si j'étais homme demain je le saurais,

moi î

Cette conversation fut interrompue par ces mots de M. de Fierval, qui absorbèrent l'attention :

— Quel est ce grand domino évidemment masculin qui cherche aventure? Ce nœud de rubans jaune et bleu à son camail lui sert sans doute de signe de ralliement et de reconnaissance.

— Oh î — dit le domino en descendant du coffre où il était assis — c'est quelque grave rendezvous. Je vais m'amuser à contrarier celte intrigue en m'atlachant aux pas de ce mystérieux personnage...

Malheureusement pour ce malin désir, un flot de foule emporta le domino qui portait un nœud de rubans jaune et bleu^ et il disparut.

Quelques moments après, ce même domino masculin, qui %-enait d'échapper à la curieuse poursuite du domino du coffre, monta l'escalier qui conduit aux secondes loges, et se promena quelques minutes dans le corridor.

Il fut bientôt rejoint par un domino féminin, portant aussi un nœud de rubans jaune et bleu.

Après un moment d'examen et d'hésitation, la femme s'approcha et dit à voix basse :

— Childe-Harold.

— Faust — répondit le domino masculin.

Ces mots échangés, la femme prit le br.'.s de

l'homme, qui la conduisit dans le salon d'une des lofies d'avant-scèiic.

Page 1