‹ Paupa MontiChapitre 22 sur 90 · LE PKIXCE DE HANSFELD · texte numérisé non relu

LE PKIXCE DE HANSFELD

Il semblait se complaire à moduler avec amour la phrase musicale dont nous avons parlé, comme on s'abandonne à un souvenir chéri de sa jeunesse.

Le tintement aigu, strident et prolongé d'un timbre le fit tressaillir douloureusement.

A ce bruit aigre, il interrompit de nouveau son chant... Les dernières vibrations de l'orgue s'exhalèrent dans la vaste galerie comme un long soupir.

Arnold inclina avec accablement sa tète sur sa poitrine ; ses mains blanches et effilées, se détachant du clavier, retombèrent inertes sur ses genoux. Sa taille mince et frêle se courba, la force factice, fiévreuse, qui l'avait jusqu'alors soutenu, l'abandonna ; il s'affaissa sur lui-même...

Les preuîières lueurs d'une matinée d'hiver, se joignant à la clarté des bougies du lustre golhique, formaient une lumière fausse, lugubre comme celle des cierges qui brûlent pendant le jour autour d'un lit mortuaire; cette lumière tombait d'aplomb sur le front et sur la saillie des joues d'Arnold, car il avait la tête inclinée sur sa poitrine.

A travers ses longs cils baissés, on aurait pu voir la prunelle immobile perdre l'humide éclat de son bleu limpide, et devenir fixe, presque terne.

Ses doigts se roidirent par l'intensité du froid; car depuis longtemps le feu était éteint dans la vaste cheminée...

A ce moment, le tintement du timbre retentit de nouveau... et par deux fois.

Le prince sembla sortir d'un sommeil léthargique,

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se leva péniblement et alla au fond de la galerie, dans laquelle on ne pouvait entrer :jue par une petite porte épaisse et bardée de fer.

Arnold ouvrit à moitié et d'un air soupçonneux un guichet pratiqué dans cette porte, et dit d'une voix faible :

— C'est vous, Frank ?

— Oui, Arnold... voici le jour... Tiens... prends la cassette, mon cher enfant — répondit une autre voix un peu cassée.

— C'est bien vous.... Frank? — répéta le prince.

— Par tous les saints, qui veux-tu que ce soit, sinon le vieux Frank ?... ouvre la porte... tu me verras en pied...

— Oh ! non, non, pas aujourd'hui...

— Calme-toi... mon cher enfant... tu as tes vapeurs... je le sais... mais prends donc la cassette... j'ai acheté le pain d'un côté... les fruits de l'autre...

Le prince allongea la main, et prit avidement une petite caisse de bois d'acajou cerclée d'acier qu'on lui passa parle guichet...

— Bonne nuit... ou plutôt bonjour, Arnold.

— Adieu, Frank...

Et le guichet se referma.

IXon loin de la porte était un lit composé de deux épaisses et soyeuses peaux d'ours étendues sur un vaste divan. Arnold s'assit sur ce lit et mit la cassette sur une petite table d'ébène d'un curieux travail où était déposée une paire de pistolets chargés.

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