‹ Paupa MontiChapitre 28 sur 90 · LE PERE ET LA 1 ILLE · texte numérisé non relu

LE PERE ET LA 1 ILLE

— Ce n'est pas tout encore : le temps que tu as passé ici pendant que ton mari était en Italie m'avait rendu notre nouvelle séparation plus pénible encore ; c'était te perdre une seconde fois.

— Mais, mon père...

— Je sais ce que tu vas me dire... aux premiers jours de ton mariage, Brévannes m'avait offert un petit appartement dans sa maison... Bien souvent depuis tu éîais revenue sur celle proposition... je t'avais constamment refusée...

— Hélas! oui.

— C'est que, vois-tu, je doutais de Brévannes ; je doutais de la durée de cet amour, d'abord si violent... Je n'aurais pu être tranquille spectateur de tes chagrins; ma défiance même aurait troublé ton ménage. Je me suis donc imposé un rigoureux devoir. ..je me suis dit : J'attendrai... Berthe ne m'a jamais menti... Si, après quatre années de mariage, elle est aussi heureuse qu'elle le dit, je verrai là une garantie certaine pour l'avenir et une preuve de la bonté du cœur de Brévannes. Ce moment est arrivé Ton mari est digne de toi ; aujourd'hui je lui dirai : J'ai douté de vous, j'ai eu tort... je vous en demande pardon... Maintenant j'ai foi et confiance en vous... j'accepte l'offre que vous m'avez faite. .. je ne vous quitterai plus, ni vous ni Berthe.

— Tu dis, père? — s'écria Berlhe.

— Je dis, mon enfant chérie, que je n'ai plus assez d'années à vivre pour les passer loin de loi... Ma foi, je me laisse être heureux tout à mon aise;

ton mari, toi et moi, nous ne nous quitterons plus... désormais.

Bertlie se jeta en pleurant au cou du vieillard.

11 se méprit sur ce mouvement, sur ces larmes, et pressa tendrement la jeune femme dans ses bras.

— Allons, allons, folle., qu'adviendra-t-il donc des chagrins si la joie t'agite et t'éplore à ce point... — Entre nous — ajouta Pierre Raimond en souriant — je fais le brave, le Brutus, et je suis aussi ému que toi... en pensant que je ne te quitterai plus.

Il passa sa main tremblante sur ses yeux humides.

La position de Berthe était cruelle.

M. de Brévannes, non content d'avoir comblé la mesure de ses torts envers elle, venait encore de lui reprocher durement la modique pension qu'il faisait à son père. A ce moment même Pierre Raimond, abusé par les généreux mensonges de sa fille, s'apprêtait à aller vivre chez M. de Brévannes dans la plus complète intimité.

Berthe avait pu jusqu'alors dissimulera son père ses chagrins croissants, atlrihuer sa tristesse à ses regrets de vivre éloignée de lui ; mais les espérances de Pierre Raimond contrastaient tellement avec la scène cruelle qui s'était passée la veille entre Berthe et IM. de Brévannes, que la jeune femme resta frappée de stupeur, presque de crainte.

Au lieu d'accueillir la résolution de son père avec la joie la plus vive, par un mouvement in-

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