‹ Paupa MontiChapitre 39 sur 90 · LES STALLES D AMIS · texte numérisé non relu

LES STALLES D AMIS

— C'est un ëciiyer du Cirque.

— C'est une dame coioneJle des hussardes charaborannes.

— Dites plutôt de lancières polonaises.

— Moi, je demande le nom de la petite femme blonde... elle est ravissante.

— C'est madame de Brévannes.

— La femme de ce grand brun qui s'avance î...

— Oui...

— Ah ! voilà Morville.

— Dites donc, Monille, le fameux prince invisible est ici ; mais ca n'avance guère, il est retranché dans sa loge, avec votre tante et la princesse de Hansfeld ; on ne peut l'apercevoir.

— Madame de Hansfeld est ici ?

— Oui, là... teuezj Morville.

— Enefïet...

— Allez donc saluer votre tante. Vous nous direz comment est de près la figure du prince; d'ici on ne voit rien... Voyons, faites cela pour nous, Monille.

— Impossible, je n'oserais pas approcher de ma tante : j'ai fumé un cigare... Il y a de quoi la faire évanouir. Je vais tâcher au contraire de n'être pas vu par elle, puisque je ne puis aller dans sa loge. Ah çà! j'espère que nous allons soutenir Gercourt, je suis ému pour lui.

— Est-ce que vous comptez applaudir beaucoup, vous, Morville?

— Mais sans doute, La pièce le mérite, d'à-

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bord... Et puis il faut encourager Gercourl. S'il réussit, on ne nous appellera plus des gens oisifs, inutiles ; et il réussira, il a tant d'esprit !

— Oui ; mais s'il tombe , nous serons pour ainsi dire responsables de sa chute.

— Pas plus que vous ne serez responsables de son succès.

— Mais voici les trois coups...

— Le moment solennel...

— Malheureux Gcrcourt...

— Silence, messieurs, écoutons...

— Soyez tranquille, Morville.

— JN'ous sommes tout oreilles.

— Tiens ! ça se passe sous Louis XV !...

— Moi, d'abord, je déteste les pièces du temps de la Régence...

— Quel afïreux habit a ce père noble !

— Mais, par exemple, mademoiselle *'* est mise à merveille.

— Elle a trop de rouge...

— On en mettait alors beaucoup.

— Certainement, et très près des yeux...

— Comme la poudre lui va bien !

— Est-ce que vous savez son aventure avec Octave?... Elle esttrès piquante... Figurez-vous...

— Messieurs, pour ce pauvre Gercourt, écoutez donc un peu la pièce.

— C'est très joli ! très jol

Les décors sont charmants.

Le fait est que pour une première pièce...

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— Pour quelqu'un qui n'en fait pas son état...

— Oh! un monologue?... Moi, je n'écoute jamais les monologues... c'est as-icmmant.

— îS'i moi non plus...

— Eli bien ! pour en revenir à Octave, imaginezvous qu'il voit plusieurs fois mademoiselle *** dans son dernier rôle... vous savez la pièce de Scribe... Il en devient très amoureux... quand je dis amoureux...

— Parbleu. 7.

— Il connaissait... dans la maison de...

— 31on cher Auguste, de grâce, écoutez donc un peu... Gercourt est de nos amis.

— Nous parlons justement d'une actrice de sa pièce...

— Et puis les monologues... sont toujours du remplissage...

— Bravo ! bravo !

— Diable ! ceci est un peu risqué. Ça ne se dit pas en bonne compagnie...

— Oui, mais sous la Régence...

— Ah ! voilà madame d'Hauterive et sa sœur dans la loge du ministre... Quand on peut aller quelque part gratis on est bien sur de les y voir.

— Si ce n'est pas honteux ! avec deux cent mille livres de rente.

— Il y a des gens si avares !

— Voyons, écoutons; je vous raconterai une autre fois l'histoire d'Octave, ca désolerait ce pauvre Morvillc.

M(i PAIL\ MO^Tf.

— Oui, t'coulons...

— Ali !... ah !... ah!... Cliarmant ce mot-là...

— Il est (ioniniage que mademoiselle *** ait le cou si long:..,

— Et l'amoureux, comme il parle du nez...

— Ah ! voilà les deux loges du club qui se garnissent...

— Ils ont trop dîné...

— Ils vont se faire mettre à la porte...

— Regardez donc d'Orville, il est écarlate...

— Bon ! voilà qu'il parle aux acteurs...

— Je le reconnais bien là... il est si spirituel !... Je parie qu'il va leur dire de drôles de choses...

— Ou le fait se tenir tranquille...

— C'est dommage... Une fois nous avons été ensemble à la Gaîté : il y avait un mouton dans la pièce ; nous étions dans une avant-scène de baignoires; d'Orville a tiré le mouton par les paltes de derrière...

— Ah ! ah î cela devait èlre bien drôle.

— Je vous en réponds... Miiis voyons, écoutons, écoutons... Hum... Dites donc, ça me paraît très embrouillé... cette intiigne.

— Le fait est que je n'y comprends rien...

— De qui est-il père, celui- là?...

— L'iiabit ponceau?

— Non, l'autre à gauche du thcùtre, le maigre, celui du monologue.

— Je ne sais pas.

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