‹ Paupa MontiChapitre 56 sur 90 · ARNOLD ET BERTHE · texte numérisé non relu

ARNOLD ET BERTHE

Madame de Brévannes avait plusieurs fois rencontré chez Pierre Raimond M. de Hansfeld sons le nom d'Arnold Schneider; il avait sauvé la vie du vieux graveur, rien de plus naturel que ses visites à ce dernier.

Berthe ayant résolu de recommencer d'enseigner le piano pour subvenir aux besoins de son père, venait chez lui trois fois par semaine et y restait jusqu'à trois heures pour donner, en sa présence, ses leçons de musique.

On n'a pas oublié que Berthe avait fait sur M. de Hansfeld une impression profonde la première fois qu'il l'avait aperçue à la Comédie-Française. Lorsqu'il la rencontra ensuite chez Pierre Raimond, qu'il venait d'arracher à une mort presque certaine, vivement frappé de la circonstance qui le rapprochait ainsi de Berthe, Arnold y vil une sorte de fatalité qui augmenta encore son amour.

Le charme des manières de ^I. de Tî tnsfeld ,

la grâce de son esprit, ses prévenances respectneuses, presque filiales, pour Pierre Raiiuond, changèrent bienlot en une affection siticère la reconnaissance que le vieillard avait d'abord vouée à son sauveur.

Arnold était simple et bon, il parlait avec un goîit et un savoir infini des grands peintres, objet de l'admiration passionnée du graveur qui avait employé une partie de sa vie à reproduire sur le cuivre les plus belles œuvres de Raphaël, du Vinci et du Titien; il avait montré à Arnold ces tr.ivaux de sa jeunesse et de son âge mùr; Arnold les avait appréciés en connaisseur et en habile artiste.

Ses louanges ne décelaient pas le complaisant ou le flatteur; modérées, justes, éclairées, elles en étaient plus précieuses à Pierre Raimond, qui avait la conscience de son art; comme les artistes sérieux et modestes, il connaissait mieux que personne le fort et le faible de ses ouvrages. Ce n'était pas tout : Arnold semblait par ses opinions politiques appartenir à ce parti exalté de la jeune Allemagne, qui offre beaucoup d'analogie avec certaines nuances de l'école républicaine.

Grâce à ses nombreux points de contact, la récente intimité de Pierre Raimond et d'Arnold se resserrait chaque jour davantage. Ce dernier était de bonne foi , il ressentait véritablement de l'attrait pour ce rude et austère vieillard, qui conservait dans toute leur ardeur les admirations et les idées de sa jeunesse.

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