‹ Paupa MontiChapitre 62 sur 90 · INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE

Madame de Hansfeld hésitait sur la manière d'ouvrir la conversation et d'arriver à la connaissance de la vérité, elle craignait qu'en lui parlant avec rigueur, ïris, effrayée , s'obstinât dans une négation absolue. Elle crut avoir trouvé le moyen d'éviter cet écueil.

— M. de Hansfeld sort d'ici — dit-elle tristement à Iris. — Je sais enftn la cause de toutes les étrangetés qui m'avaient fait croire sa raison égarée.

— Ce motif , marraine ?

— Trois fois on a attenté à ses jours...

— C'est un rêve... comme il en fait tant.

— Trois fois, te dis-je, on a attenté à ses jours... il en a les preuves...

— Alors, il connaît le coupable?...

— Il croit le connaître.

— Et le coupable, marraine?

— C'est moi...

72 PAL LA MOiMl.

— Vous?,..

— Il le croit...

— Il vous a menacée ?...

— Oui.

— Et de quoi ?

— De la justice... des tribunaux...

— Vous êtes innocente, que vous importe?

— Mais le scandale d'un procès... mais la houle d'être soupçonnée...

— Je pourrai vous suivre, au moins... Votre pauvre Iris ne vous abandonnera pas., elle... Dans un tel malheur son dévouement vous sera nécessaire.

Cette naïveté franche fit frémir Paula ; elle commença d'entrevoir une partie de la vérité; elle redoubla donc de prudence, de réserve, tendit la main à Iris, et lui dit :

— Sans doute, dans une telle extrémité tes soins me seraient bien doux; mais, par intérêt pour loi, je les refuserais...

— Marraine!...

— Rien au monde ne me les ferait accepter.

— Par intérêt pour moi, vous les refuseriez ?

— Oui, Marianne ou une autre de mes femmes m'accompagnerait.

— Mais moi, moi?

— Je prierais le prince de te renvoyer en Allemagne avant le procès... Il ne me refuserait pas cela.

— Marraine... je re vous comprends pas. Four-

l.MtfiROGAlOlKE. / 3

quoi m'éloiguer de vous lorsque tout Je monde vous abandonnerait sans doute?

— Parce que ton attachement pour moi est connu... parce qu'il pourrait te faire paraître complice de crimes dont je suis pourtant innocente.

— Mais moi... je veux rester auprès de vous; tant mieux si l'on me croit votre complice.

— Mais moi, Iris, j'exigerais ton départ... A tous les chagrins qui m'accablent, à tous ceux qui vont m'accabler encore, je ne voudrais pas joindre celui de te voir malheureuse.

Iris réfléchit un moment; sa maîtresse l'examinait avec attention ; la jeune fille reprit froidement :

— Puisque le prince vous accuse, marraine, je vais aller le trouver et lui dire que je suis votre complice... Ainsi, l'on ne me séparera pas de vous.

Paula fut efïrayée : Iris était capable de cette démarche.

— Mais, malheureuse enfant! t'avouer ma complice, c'est te dire coupable... c'est m'accuser... c'est peut-être me pousser à l'échafaud !

— Eh bien, j'y monterai avec vous!

— Que dis-tu ? — s'écria la princesse, épouvantée du regard triomphant d'Iris et de l'infernale résolution de sa physionomie.

— Je dis — reprit la bohémienne avec une exaltation farouche — je dis que la part que j'ai dans votre vie, marraine, est misérable ; je dis que

mon vœu le pins ardent serait de vous voir dans une position telle que mon dévouement pour vous fût votre suprême bonheur, votre seule joie, votre seule consolation ; je dis que j'aimerais autant vous voir morte qu'indifférente à ce que je ressens pour vous... que j'aime comme ma mère, comme ma sœur, comme mon Dieu ; je dis que ceux que vous avez aimés, c'est-à-dire Raphaël et Morvilie, n'ont pas fait pour vous la millième parlie de ce que j'ai fait moi-même, et ils ont occupé, et ils occupent votre vie, votre pensée tout entière, tandis que moi je ne suis rien pour vous... Cela est injuste, marraine... bien injuste.

— Osez-vous parler ainsi, vous que j'ai recueillie, comblée de mes dons... Et qu'avez-vous donc fait pour reconniiître mes bontés?

— Vous me demandez ce que j'ai fait, marraine ! Eh bien! je vais vous le dire à celte heure... car il faut que notre destinée s'accomplisse. Ce que j'ai fait? J'ai fait tuer Raphaël par M. Charles de Brévannes, d'abord...

— Toi... toi... Mon Dieu! elle m'épouvante.

— Oui, moi... Yous ne saviez pas ce que c'était que Raphaël... Vingt fois, en voyant vos larmes, vos regrets, j'ai été sur le point de vous dire: Yous n'avez rien à regretter... Raphaël était indigne de vous... Mais je ne voulais pas parler... je vous dirai tout à l'heure [)Ourquoi.

— Malheureuse! explique-toi... que veux-tu dire? Tout ceci n'est-il qu'une sanglante raillerie?

IMERROGATOIBE. 7o

— Non, non, Iris ne raille pas lorsqu'il s'agit de vous... Écoutez-moi donc. Vous m'aviez laissée à Venise, cela me lit une peine horrible; vous ne vous en êtes pas seulement aperçue, ou, du moins, mon chagrin vous a été indifférent... mon désir de vous accompagner vous a semblé importun,,. Mon Dieu!., il fallait me laisser périr dans la rue plutôt ([ue de faire naître en moi une reconnaissance dont les témoignages vous devaient être à charge.

— Mais cette malheureuse est folle.., Et que faisait cela à Raphaël ?

— Vous m'aviez laissée^à Venise; je vous l'ai dit, cela me causa une violente douleur; je ne pus me résigner à rester dans l'ignorance de votre vie et à recevoir seulement de temps à autre quelque froide lettre de vous. A force de prières, je parvins à obtenir d'Inès, votre cauiériste, qu'elle me tiendrait au courant de vos actions. Vous ne savez pas ce qu'il m'a fallu de persévérance, de promesses, de séductions pour intéresser à mon désir celte indifférente fille, et l'amener à m'écrire presque chaquejour... Par cela... jugez ce qu'est mon attachement pour vous.

— Je ne sais s'il faut l'exécrer, la plaindre ou l'admirer — se dit Paula.

— Peut-être je mérite à la fois la pitié, la haine et l'admiration — reprit Iris. — Mais écoutez encore... Par Inès, je sus que Charles de Brévannes vous obsédait de soins, que le bruit public vous accusait de l'aimer, mais que cela étail faux... Vous

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ne songiez qu'à Raphaël, dont vous parliez presque toujours avec votre tante en présence d'Inès.., Pendant ce temps Raphaël vous trompait...

— Raphaël!... oh! tu mens... tu mens...

— 11 vous trompait, vous dis-je, vous en aurez la preuve. Il était venu à Venise pour dégager sa ]iarole; il était fiancé avec une jeune Grecque de Zitite... nommée Cora... Je vous le prouverai... 11 connaissait votre confiance en moi, il m'attribuait sur vous une influence que je n'avais pas... Ce fut donc à moi qu'il fit les premiers aveux de sa trahison, en me suppliant de vous en instruire avec tous les ménagements possibles. De moi... ce coup devait vous paraître moins cruel.

— Mais son duel avec Brévannes?

— Tout à l'heure... laissez-moi continuer. En entendant les lâches et parjures paroles de Raphaël... je fus à la fois joyeuse et courroucée.

— Joyeuse ?

— Oui, car je hais presque autant ceux qui vous aiment que ceux qui vous sont ennemis.

— IMais c'est le démon... que cette insensée... Ah! maudit soit le jour où je t'ai rencontrée sur mon chemin!...

— Maudit soit ce jour pour nous deux peut-être. Eu apprenant la trahison de Piaphaël, je fus donc joyeuse et courroucée; pour vous venger à l'instant, là... sous mes yeux, je dis à Raphaël qu'il avait tort de prendre de tels ménagements; que vous l'aviez dès longtemps imité, sinon prévenu

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