I.NTERROGATOIEE
dans son insouciance, car, depuis votre arrivée à Floreuce, vous ëliez la maîtresse d'un Français, de Charles de Brévannes...
— 3îais Inès t'avait écrit le contraire...
— Mais elle m'avait aussi écrit que les apparences étaient contre vous, et que le bruit public vous accusait... Je ne croyais que porter un coup douloureux à l'amour-propre de Raphaël : mon attente tut dépassée... L'orgueil des hommes est si féroce , que ce traître, qui vous avait sacrifiée, se révolta en se croyant trompé à son tour. J'irritai encore sa colère. La vanité offensée fit ce que l'amour n'avait pu faire... Raphaël partit furieux pour Venise avec Osorio, afin de se venger de votre prétendu parjure. Oui... cet homme qui naguère oubliait sans remords ses promesses les plus saintes, parce qu'il se croyait éperdument aimé de vous, se reprit d'une folle passion lorsqu'il se vit dédaigné. Yous savez le reste... comment son erreur fut encore augmentée parla fatuité de Brévannes... qui le tua après l'avoir convaincu de votre infidélité...
— Cela est-il possible, mon Dieu!
— Ces preuves de la trahison de Raphaël, je vous les donnerai... vous dis-je... Elles consistent dans une lettre pour vous qu'il m'avait apportée à Venise, et dans laquelle il vous prévenait de son prochain mariage avec cette Grecque... Après le duel, Osorio m'écrivit pour me supplier de ne pas vous remettre cette lettre, voulant venger son ami en vous laissant croire que vous étiez la seule cou-
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p.'ible, et que Raphaël vous avait toujours aimée,
ainsi qu'il vous l'écrivait dans son dernier billet.
— Mais pourquoi m'as-tu laissée à mes remords?... Pourquoi , en me voyant rester si longtemps fidèle au souvenir d'un homme qui m'avait trompée... ne m'as-tu pas dit qu'il était indigne de moi ?...
— Pourquoi?...
— Oui.
— Parce que j'aimais mieux vous voir éprise d'un mort... que d'un vivant.
— Et lorsque je le faisais part de mes scrupules d'aimer M. de Morville, et d'être ainsi infidèle au souvenir de Raphaël, pourquoi d'un mot n'as-lu pas fait évanouir mes regrets?
— Je vous le répète... parce que j'aimais mieux vous voir éprise d'un mort que d'un vivant... et puis j'espérais que le souvenir de Raphaël surmonterait votre amour pour M. de Morville.
— Mais tu le hais donc aussi , M. de Morville ? — s'écria madame de Hansfeld , reculant épouvantée de ce que le génie infernal de cette fille pouvait imaginer et exécuter.
Avant de répondre, Iris resta quelques moments silencieuse, puis elle reprit d'un air sombre :
— Je vous l'ai dit... ceux qui vous aiment et que vous aimez , je les hais presque autant que vos ennemis... Cela est mon sentiment, cela est mon impression.
— Ainsi, M. de Morville...
l.NTEBROGATUIIlE. Î9
— M'iis parce que je suis jalouse de votre aftcctioii — reprit Iris en interrompant sa maîtresse — mais parce que je souffre... oh! bien cruellement, de vous voir dépenser des trésors d'attachement pour des êtres qui ne vous chérissent pas comme moi... il ne s'ensuit pas que je pousse l'égoïsme jusqu'à vouloir vous priver d'un bonheur, par cela seulement que ce bonheur fait mon désespoir; non, non. Quelquefois, dans mes mauvais jours..., j'ai de ces pensées; mais je les chasse.
— Ainsi — reprit madame de Hansfeld avec amertume — vous me permettez d'aimer M. de Morv'ille?...
— Je ferai mieux que cela — dit la bohémienne en jetant un regard perçant sur sa maîtresse.
Sans pouvoir se rendre compte ni de ce qu'elle éprouvait , ni de la signihcation de ce regard , madame de Hansfeld baissa la tète et rougit.
Jris reprit d'un ton plus humble :
— Maintenant que je vous ai dit, marraine, ce qui concernait Raphaël... je dois vous dire... ce qui concerne le prince...
— Elle va tout avouer... enfin — dit la princesse.
Si) PAILA MONTI.