‹ Paupa MontiChapitre 72 sur 90 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

Madame deHansfeld revint assez satisfaite de son entretien avec 31. de Brévannes. En songeant à la proposition qu'il lui avait faite de lui présenter Berthe, Paula éprouvait des ressentiments étranges : d'abord, sachant l'amour d'Arnold pour madame de Brévannes, elle avait voulu jouer un perfide et méchant tour à M. de Brévannes, espérant jouir ensuite de la confusion de M. de Hansfehl lorsqu'il serait reconnu par Berthe (Paula ignorait qu'Arnold eût révélé son véritable nom à Pierre Raimond).

Lorsqu'elle avait fait part à Iris de la prochaine présentation de madame de Brévannes à l'iiôtel

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Lrimhert, la bohémienne s'était écriée en tressaillant de joie :

— Maintenant... vous n'avez plus rien à désirer... vos vœux seront comblés quand il vous plaira de me faire un signe.

En vain Paula avait voulu forcer Iris à s'expliquer davantage ; celle-ci s'était renfermée dans un silence absolu après avoir seulement ajouté :

— Ptéfléchissez bien, marraine... vous me comprendrez. .

La princesse avait réfléchi.

En arrêtant d'abord sa pensée sur M. de Hansfeld, elle s'était demandé ce qu'il lui inspirait depuis qu'il l'avait soupçonnée des crimes les plus horribles... Elle ressentait autant de haine que de mépris contre lui, haine contre l'homme capable de concevoir de tels soupçons, mépris pour l'homme assez faible pour ne pas accuèer hardiment celle qu'il soupçonnait.

Paula était doublement injuste; elle oubliait qa'x\rnold l'avait passionnément aimée, et qu'il n'avait tant souffert que par suite de cette lutte entre son amour et ses raéliances...

Chose étrange, elle n'avait jamais aimé son mari d'amour : elle était passionnément éprise de M. de Morville, et pourtant elle se trouvait blessée de l'amour du prince pour Bertbe ; rien de plus absurde, mais de plus coiuiiiun que la jalousie d'orgueil.

Si la pensée de madame ue Hansleld se repor-

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lait sur M. de IMorville, à rinst.iiit ces trois mots sinistres flamboyaient à sa vue :

— Si j'étais veuve!...

Et elle n'osait pas s'avouer qu'elle eut élé satisfaite si l'une des tentatives d'Iris avait réussi.

Nous l'avons dit, rien de plus fatal que de familiariser sa pensée avec de simples suppositions qui, réalisées, seraient des crimes; si monstrueuses qu'elles paraissent d'abord, peu à peu l'esprit les admet d'aulant plus facilement qu'elles ilallent davantage et incessamment les intérêts qu'elles serviraient.

Cela est funeste... la vue continuelle d'une proie facile éveille les appétits sanguinaires les plus endormis.

Rentrée chez elle,Paiila réilécliit longtemps aux paroles mystérieuses d'Iris, à propos de la présentation de Bertheà l'hôtel Lambert.

— (( Maintenant vous n'avez plus rien à désirer... quand il vous plaira vos vœux seront comblés. »

Un secret instinct lui disait que du rapprochement du prince, de M. de Brévannes et de Berthe, il pouvait résulter de graves complications; mais que pouvait y gagner son amour à elle, pour M. de Morville?

A ce moment, madame deHansfcld fut interrompue par Iris.

— Que voulez-vous? — lui dit-elle brusquement.

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— Marraine, nii commissionnaire vient de m'apporler une enveloppe à mon «dresse; dans ccUe enveloppe était une lettre pour vous.

Paula prit la lettre et tressaillit.

Elle reconnut l'écriture de M. de Morville.

Ce billet contenait seulement ces mots:

« Les circonstances, madame, me forcent k un parti extrême... J'adresse à tout hasard ce billet à votre demoiselle de compagnie... Un affreux et dernier coup accable le malheureux auquel vous avez déjà daigné tendre la main... il n'a pas désespéré de votre pitié... aujourd'hui même avec ces paroles magiques : Faust et ManfreJ^ vous ])oiirrez sinon le rendre à la vie... du moins adoucir son agonie. »

Un moment madame de Hanst'eld ne comprit pas la signification de celte lettre. Puis tout à coup s'adressant à Iris :

— Quel jour sommes-nous aujourd'hui?

— Jeudi, marraine.

— Jeudi... non, ce n'est pas cela... — se dit madame dcHansfeld — j'avais cru. .mais... — repritelle avec anxiété — n'est-ce pas pas aujourd'hui la mi-carême ?

— Oui, marraine... quelques masques ont passé dans la rue.

— Oh ! je comprends... je comprends — s'écria madame de Hansfeld — et courant à son secrétaire elle écrivit ces mots à la hâte :

« Ce soir, h minuit et demi, à l'Opéra, au même

endroit que h ilrriiièro fois, Fau.<<t et Mnvfrrd ! .. un riil);in vcii au caniail du domino. »

Puis, caclietanl et donnant celle lettre à Iris, elle lui dit :

— Yoici la réponse, remettez -la...

Iris sortit.

Le soir, à minuit et demi, au bal de l'Opéra, Léon de Morvillc et madame de Hansl'eld, tous deux masqués comme ils l'étaient lors de leur première entrevue, se rencontrèrent au fond du corridor des secondes loges à gauche du spectateur, et entrèrent dans le salon de l'avant-scène oii avait eu lieu leur premier et leur dernier entretien.

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