II. n
parce que vous portez mon nom... la vie de votre cœur doit être murée pour moi, puisque j'ai perdu !e droit d'y être intéressé. Tout ce que je vous dis semble vous étonner ; pourtant, réfléchissez bien ; souvenez-vous de notre conversation d'hier, et vous verrez que je vous dis k peu près les mêmes choses... le Ion seul diffère... Pour me résumer en deux mots, de ce jour vous avez votre liberté complète, absolue ; vous vous appartenez tout entière... nous sommes séparés sinon de droit, du moins de fait. Mais par cela môme que cette liberté intime est plus absolue, vous devez pousser jusqu'au dernier scrupule la stricte observation de vos devoirs apparents; et, je vous le répète, autant vous me trouverez tolérant ou plutôt ignorant à propos de vos intérêts de cœur, autant vous me trouverez rigoureux, impitoyable à l'endroit du respect des convenances. IMédilez bien ceci, ma chère enfant; dès aujourd'hui nos positions sont nettement tranchées. J'aurai sans doute plutôt besoin que vous de cette tolérance mutuelle à laquelle nous venons de nous eng.iger pour nos affaires de cœur... mais je n'en suis pas encore aux confidences ; et plus tard j'aurai peut-être à solliciter l'indulgence de mon amie. A propos d'indulgence , je vous demanderai bientôt la permission de vous quitter et de vous laisser seule... D'ici à peu de jours je partirai pour un voyage très court , mais très important...
CO>.VERSATIO\. loo
— Vous parlez... vous partez,., diins ce moment ?...
— Pour très peu de temps, vous dis-je, une ou deux semaines au plus... Des affaires urjj^entes... Mais pendant ce temps je vous confierai mes intérêts auprès de madame de Hansfeld, bien certain qu'ils ne peuvent être mieux placés qu'entre vos mains... Allons, ma chère entant, à tantôt. Faitesvous bien belle ; car si je n'ai plus ma vanité d'amant, j'ai ma vanité de mari.
Ce disant, M. de Brévannes baisa Berllie au front et sortit. ^
Quelques moments de plus, sa Laine et sa rage éclataient malgré lui.
Les mille émotions qui s'étaient peintes sur la candide physionomie de Berthe pendant que son mari parlait, l'espèce de joie involontaire dout elle avait eu honte un moment après , mais qu'elle n'avait d'abord pu cacher lorsqu'il lui avait rendu sa liberté; son inquiétude vague, ses espérances tour 'k tour éveillées et contenues, tout avait éclairé M. de Brévannes sur la position du cœur de Berthe.
Il n'en doutait plus, elle aimait; il était trop sagace pour s'y tromper.
Il avait un rival... sa femme le trompait.
Ce fut donc avec une secrète et sombre salisfac-
ïou PÀLLA MOXTI.
lion qu'il s\ippl,mclit d'avoir plonf^é madame de Brévannes dans la plus complète, dans la plus profonde sccurilc.
FIN DF. I.A nnxiF.ME PAinu..