‹ Paupa MontiChapitre 85 sur 90 · LE CHATEAU DE BRÉVANNES · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE BRÉVANNES

La terre de M. de Brévannes, située en Lorraine près de Longueville, à quelques lieues de Bar-le- Duc, était une confortable résidence. Beau parc, belles réserves de bois, magnifiques étangs alimentés par quelques effluvious de l'Ornain, maison d'habitation vaste et commode, tout, dans cette propriété, répondait au tableau que M. de Brévannes en avait tracé à ■VL de Hansl'eld.

Depuis trois jours Berthe. son mari, le prince et Paula sont arrivés au château ; Iris a été nécessairement comprise dans l'invitation de M. de Brévannes, invitation que chacun de nos personnages avait de trop puissantes raisons d'accepter pour s'arrêter à la singularité d'un tel voyage dans cette saison.

Paula avait continuellement évité toute occasion de se rencontrer seule avec M. de Brévannes. Ce dernier, selon les prévisions d'Iris, avait imité madame de Hansicld, afin de ne pas donner une apparence de préméditation à la vengeance qu'il calculait avec un atroce sanr-f-froid.

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Berthe était pourtant agitée de sinistres pressentiments. Pendant toute la route de Paris à Brévannes , son mari avait été tour à tour d'une gaieté forcée et d'une si obséquieuse prévenance, que lu défiance de Bertlie s'était vaguement éveillée.

Un moment elle avait songé à prier son mari de la laisser à Paris; mais après rengagement formel pris avec le prince et la princesse de Hansteld, elle abandonna celte idée.

En arrivant à Brévannes, elle s'occupa des soins de la réception de ses hôtes. Chose étrange ! il ne lui vint pas un moment à la pensée que son mari pût être épris de madame de Hunsfeld ; cette conviction l'eût peut-être rassurée. Quoique la manière dont celte partie de campagne s'était engagée eût été assez naturelle, un secret instinct disait à Berthe que ce voyage avait un autre but que la chasse au marais.

La seule personne complètement heureuse, et heureuse sans crainte et sans arrière-pensée, était Arnold. Un hasard inattendu servait si bien son amour naguère inespéré, qu'il se laissait aller au bonheur de passer quelques jours avec Berthe dans une intimité de chaque instant.

Iris observait tout et épiait surtout les moindres démarches d'Arnold et de madame de Brévannes. ]\Ialheureusement pour la bohémienne, ces derniers, malgré les soins incessants que M. de Brévannes avait mis à leur ménager des occasions de tête-à-tele, les avaient constamment évitées.

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JI restait à Iris un dernier et immnnqiinMe moyen de forcer lîcrllie et M. de llnnsfcld à une entrevue secrète et d'une apparence compromettante : dès que la nuit approcherait , elle irait dire à Berthe que son père, horriblement inquiet de son départ précipité, s'était mis en route, et que, pour ne pas rencontrer i\I. de Brévannes, il priait Ber- Ihe d'aller l'attendre dans le chalet oii, l'été, celleci passait ordinairement ses journées. Cette maisonnette, située au milieu d'un massif de bois, était proche de la grille du parc ; rien de plus vraisemblable que l'arrivée de Pierre Raimond ; Berthe irait Tattendre au pavillon : au lieu du vieux graveur, elle verrait arriver Arnold ; puis... prévenu par Iris, M. de Brévannes surviendrait... Le reste se devine.

Le troisième jour de son arrivée à Brévannes, la bohémienne , lassée d'épier en vain , cherchait Berthe pour la rendre victime de la machination qu'elle avait méditée, lorsqu'elle aperçut celle-ci venant du côté du pavillon dont il est question , et un peu plus loin , derrière elle, M. de Hansteld.

Iris se glissa dans un fourré de houx et de buis énormes qui ombrageaient le parc en cet endroit et formaient une allée sinueuse qui , longeant les murs, allait de la grille au chalet.

Il est bon de dire que cette fabrique, située à l'angle des murs du parc, se composait de deux pièces de rez-de-chaussée.

Il était quatre heures environ , le jour très bas. le

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ciel pluvieux et menaçant. Au moment où Iris se Ciiclia dans les buis, Arnold reioi!;nait Berthe.

Celle-ci tressaillit à la vue du prince et ht quelques pas pour retourner au château; mais Arnold, la prenant par la main d'un air suppliant, lui dit :

— Enfin... je puis avoir un moment d'entretien avec vous... depuis deux jours! On dirait, en vérité, que vous me fuyez... moi, si heureux de ce voyage improvisé... Tenez, Berthe, j'ai peine à croire à mon bonheur...

— Je vous en supplie... laissez-moi... Je vous évite parce que j'ai peur...

— Peur... et de quoi , mon Dieu?...

— Tenez, monsieur de Hanst'eld... vous m'aimez, n'est-ce pas? — s'écria tout a coup Berthe.

— Si je vous aime !...

— Eh bien!... ne me refusez pas la seule grâce que je vous aie demandée...

— Que voulez-vous dire ?...

— Partez...

— Partir... à peine arrivé... lorsque...

— Je vous dis que si vous m'aimez vous prendrez, bon ou mauvais, le premier prétexte venu... et vous quitterez celte maison.

— Mais je ne vous comprends pas... Pourquoi... lorsque votre mari?...

— Ah ! ici... ne prononcez pas son nom .. Piassurez-vous. .. Je partage vos scrupules... Je

suis ici cht z lui... Je ne vous |)arlcrai pas d'amour; je ne vous dirai rien que voire père ne put entcn-

rJ8 PAULA MOJ\TI.

dre s'il était là. Ce que je vous demande, Herlhe, ce sont quelques-unes de ces bonnes et tendres paroles que vous adressiez à votre frère Arnold dans ces longues causeries que nous faisions en tiers avec votre père.

— Silence... quelqu'un a marché dans le taillis... — dit Berthe avec inquiétude.

— Que vous êtes enfant... C'est le vent qui agite les arbres. Tenez!.,, voilà le givre et la pluie qui tombent... et vous sortez sans votre manteau africain; c'est un double tort; ce burnous à capuchon vous rend si jolie...

— Je l'ai laissé dans le vestibule... mais je vous en prie, rentrons au château...

— 11 est trop loin, la pluie tombe... pourquoi ne pas aller dans le chalet , là-bas, attendre que cette averse soit passée ?

— Non, non...

— Oubliez-vous votre promesse de me faire visiter ce pavillon, votre retraite chérie? Oh! je n'abandonne pas cette bonne occasion de vous forcer à remplir votre promesse... Tenez, la pluie augmente ; venez... de grâce? Mais qu'avez-vous donc, vous me répondez à peine... Vous tremblez, c'est de froid, sans doute... imprudente!...

— Je ne puis vous dire ce que j'éprouve, mais je ressens une terreur vague, involontaire... Je vous en supplie, malgré la pluie^, retournons au château.

— Yidis c'est un enfanlilhige i'uquci je ne con-

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