‹ Paupa MontiChapitre 86 sur 90 · LE CHATEAU DE B1\ËVAIN>ES · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE B1\ËVAIN>ES

sentirai pas. Vous vous trouvez un peu souffrante, il ne faut donc pas vous exposer davantage... Cette pluie est glacée, le cbalet est à vingt pas.

— Eli bien ! promettez-moi de partir demain.

— Encore?

— Oui... Ne me demandez pas pourquoi; j'ai peur pour vous, pour moi; je ne serai tranquille que lorsque vous serez éloigné d'ici. Je ne m'explique pas ces craintes... mais je les éprouve cruellement.

— Mais enfin... admettez que votre mari soit jaloux..- qu'avez-vous à redouter? quel mal faisonsnous ? Il est d'ailleurs plein d'attentions pour vous, il ne soupçonne rien.

— Ce sont justement ses bontés... si nouvelles pour moi... et sa douceur bypocrite qui m'épouvantent... Lui, autrefois si brusque... Et un jour... — Berthe tressaillit et s'écria en s'interrompant et en mettant une main tremblante sur le bras d'Arnold : — Encore ! ! ! je vous assure qu'on marcbe dans ce taillis... On nous suit.

Arnold prêta l'oreille, entendit en effet quelques branches crier dans l'épais fourré de buis et de houx ; malgré la difficulté de pénétrer dans ce massif inextricable, Arnold allait s'y enfoncer, lorsque le bruit augmenta, le feuillage frémit, et à quelques pas un chevreuil bondit et sauta sur la route,

Arnold ne put retenir un éclat de rire, et dit à Bertiie :

— ^ oyez-vous votre espion ?

La jeune lemme, un peu rassurée, reprit le bras

'200 PACLA MU.NTI.

d'Arnold ; ils n'claient plus (|u'à quelques pas du chalet.

— Eh bien ! pauvre peureuse — dit Arnold.

— Je vous en supplie, ne plaisantez pas, je crois aux pressentiments, Dieu nous les envoie.

— Mais comment, parce que votre mari semble revenir envers vous à de meilleurs sentiments, vous vous ejlrayez ? Admettez même qu'il feigne cetle bienveillance hypocrite pour vous tendre un piéne, qu'avez-vous à redouter ? que peut-il surprendre ? Apte* tout, que demandë-je, sinon de jouir loyalement de ce qu'il m'a offert loyalement, de passer quelques jours auprès de vous? Je vous le jure, je ne sais pas quels seront mes vœux dans l'avenir... mais je me trouve à cette heure le plus heureux des hommes, je ne veux rien de plus; le présent est si beau, si doux, que ce serait le profaner que de songer à autre chose...

La pluie redoublait de violence.

Le jour, très sombre, commençait à baisser.

Lerthe et le prince entrèrent dans le chalet.

Page 1