SCÈNE XII
Les mêmes. DUVERNAY , MAURICE , ANNA.
(Anna est conduite par Maurice; Ceor,;e* dan» le fond.)
m vBRNAï. Permettez-moi do vous présenter M. Maurice , avocat célèbre près la Cour de de Lyon, de plus mon meilleur ami.
george» , bas à part. M. Maurice de Lyon ?... mais je le connais...
(Pendant celte pré»cntaliun et le» laltil», Céline »'a|>proche d'Anna.)
ckline. à Anna. Vous n'avez pas voulu m’accompagner ce matin... c’est mal.
anna. J’avais un pressentiment de mon bonheur.
matrice. Me pardonnez-vous, mesdames, de me présenter à cette heure et dans ce costume ?...
amélie. Votre réputation vous avait devancé, monsieur, et l'amitié qui vous lie au gendre de mon mari devait vous faire présager un bon accueil.
matrice. Que de bontés!
morin. Avec, nous, pas de cérémonie», je ne puis les soufTrir... Aussi touchez là, et veuillez considérer mo maison comme la vôtre.
matrice. De tout mon cœur...
dtvernav, présentant Raimbault à Maurice.
M. Raimbaull, homme d’affaires, grand spéculateur.
(Il» te ulurnt.)
Maurice. Me suis-je abusé , monsieur , si , comptant sur l’appui de notre ami commun, j'ai pu concevoir l'espoir de vous voir m’aider, |«ir vos nombreuses connaissances, dans les recherches qui font le but de mon voyage à Paris ?
raimbatlt. Je m'estimerai heureux si je puis leur donner une direction utile.
Georges , à port. Qu'est-ce que tout cela signifie? ,
duveumat, à part. Allons, faisons ce que Maurice exige de moi. [Haut. ) Vous voyez, mesdames, le modèle des tuteurs , un homme qui sacrifie scs plus chers intérêts à ceux de l'orpheline à laquelle il sert de père.
matrice. Depuis long-temps Anna est ma fille. (Il l'embrasse )
morin. C’est une histoire que je brûle de connaître...
amélie. Ce serait nous montrer indiscrets que de témoigner ce désir.
morin. Indiscret ou non... Je suis sans cérémonie, moi... et puis je m'intéresse à notre jeune pensionnaire... Et vous, Raimbault?
(Raimbaull m’incline.)
mrvERNAT, d part à Maurice. La curiosité de mon beau-père nous sert à merveille.
Georges, d part. Malgré moi , cette histoire m’inquiète.
matrice. Je suis tout disposé à répondre à votre désir... vous comptez peut-être sur une histoire de roman... Je dois vous détromper... Il n’est tout bonnement question que d’un vol, des plus audacieux il est vrai. [Bas à Duvernay.) Observez bien.
anna, d Maurice. Mon ami, si vous vouliez me permettre de me retirer?
Maurice. Je désire que tu reslcs.
morin. Je suis tout oreilles.
Maurice. Il y a dix ans... c’était à Lyon... un de mes amis déposa chez son avoué un testa; ment. Dans cette étude travaillait, en qualité de premier clerc, son neveu, assez mauvais sujet, et vivant en opposition constante avec ses parents.
a.MMBAuvr, d part. Où veut-il en venir ?
G Borges, qui s'est approché de Raimbault.
De l’audace, ou nous sommes perdus.
Maurice , qui u'a rien remarque Mon ami avait précédemment recueilli chez lui sa belle- Mrur. qui, veuve depuis pou de temps, avait fait serinent de se consacrer entièrement à l'éducation de sa fille alors en bas axe... ( Céline, embrasse Anna , tou* les yeux se tournent vers elle.) Ainsi , quatre personnes composaient cette famille... Quoique jeune, madame Dumont ( /t reyarde Raimbault, qui reste impassible et semble prendre inlérét a ce récit ) mourut bienlét. a. n va, soupirant. Pauvre mere 11...
duvernat , a Itaimbuult. Raimbault , vous qui avez habité Lyon, connaissez-vous ce nom?
raimbault, avec c aime et bonhomie. V ai quitté Lyon enfant...
Maurice. Bientôt atteint , comme sa bellesœur. par la cruelle maladie qui à celte époue décimait la France, M. Dumont mourut peu e jours .après, mais non sans m’avoir recommandé l'enfant de sa sœur.
morin. Voilà qui est cruel...
raimbault. Tout portait à faire penser que le testament de mon ami était fait en faveur de sa jeune nièce, du moins en partie... Jugez quelle fut la surprise générale en apprenant, lors de son ouverture, que le légataire universel était... cet Adolphe Dumont, ce clerc dont je vous ai parlé. [A port.) Pas la moindre émotion...
MORIN. Je l’aurais parié... ces diables d’oncles n’en font pas d’autres.
duvernat, <i part. Aucun embarras de sa
part Oh! j’étais sùr que ce ne pouvait être
lui.
Maurice. L’acte était en règle... conçu en peu de mots, écrit en entier de la main du leslateur... Adolphe fut mis en possession de la fortune qui lui revenait... (Il embrasse Anna) et moi j'adoptai la pauvre enfant délaissée.
anna. Mon ami...
mauricb. Oui... ton ami, qui n'aura de repos, de bonheur qu’après t'avoir fait rendre justice.
raimbault. Mais je ne vois dans tout ceci rien que de très- légal.
Maurice. Veuillez suspendre votre jugement.
Notre jeune homme mena dès lors grand train ; purs il fit la sottise de quitter son étude et livra ainsi sa conduite passée aux investigations de son successeur. Des irrégularités dans les écritures furent remarquées...; puis des faits plus graves éveillèrent les soupçons; le testament fut examiné avec la plus scrupuleuse attention, et quelle ne fut pus l’indignation de tous lorsqu’il fut reconnu...
georges, bas. Nous y voici.
MAURICE. Qu’il fut prouvé , dis-je , qu’à l'aide d’un procédé chimique te nom d’Adolphe avait été substitué à celui d'Anna.
morin. Le misérable! i
tous. Quelle infamie!
raimbault, avec sang-froid. Voilà un trait abominable.
GEORGES, à part. Monsieur l'avocat, je ne vous perdrai pas de vue.
r r (Il M>rt.)
Céline. Pauvre enlant... Et quel fut le résultat de cette découverte?
MAURICE. Instruit à temps , notre fripon s'expatria. Bientàt les sommes qu'il avait emportées furent dissipées. Alors il revint à Paris, pensant que cette grande ville pouvait seule offrir des ressources à un homme de spn espèce. Là, sous un nom supposé, et que j'ignore, il reconstruisit sa fortune par des moyens qui me sont inconnus. Il serait fort inutile de vous dire comment ces détails me parvinrent, ainsi que ri autres indices qui , j’espère , ne tarderont pas à me mettre sur la voie de celui que je cherche.
morin- Je le désire vivement, mon cher monsieur Maurice.
raimbault. De mon côté, je suis tout à votre disposition.
Maurice , à pari. Me serais-je donc trompé , mon Dieu?
anna , à Maurice. Si vous vouliez être bien bon , vous cesseriez de vous occuper d’une affaire qui vous donne tant de peine et de chagrin.
Maurice. Ob! jamais, jamais.
morin. Cette histoire m’a tout bouleversé...
Mais voici Marie qui vient sans doute nous annoncer que notre monde arrive.
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