‹ Pauvre aveugle drame en trois actes et en proseChapitre 2 sur 34 · GEORGES, RAIMBAULT · texte numérisé non relu

GEORGES, RAIMBAULT

Georges , suit Marie des yeux. Enfin... c'est bien heureux.

(Il vient >e mettre à table et se itispove à manger.)

raimbault. Que fais-tu là ?

Georges. Tu le vois bien , je me dispose à déjeuner... quoi de plus naturel.,, j’ai faim... de plus j’ai à te parler, et jo trouve beaucoup plus commode et beaucoup plus agréable de le faire dans celte situation que dans la position quo tu m’as imposée pendant que tu jabotais avec cette petite. {Pendant ce monologue il cher-

che inutilement à déboucher une bouteille qù'il présente à [taimbault .) Vois donc, si tu seras plus adroit que moi.

haimbault, àpart. Insolent... [Haut) Ne voistu pas que ce dejeuner est celui des maîtres de celte maison ?

georoes, mangeant. Ton observation est des plus judicieuses ; mais, camme tu es l'ami de ces messieurs et de ces dames, tn diras que pressé par une fringale... tu n’as pu attendre...

haimbault, haussant les épaules. Venons au bot... Avant tout, je te demanderai pourquoi là as attendu que nous fussions ici pour me porter . quand nous venons de faire ensemble et seuls le chemin de Paris à Mentmoroncy...

oeobges. Tu le sauras bientôt... Pour peu que lu veuilles bien prendre la peine d'approcher... je n'aime pas à parler haut

raimbaclt, venant s'asseoir prés de Georges.

Hâte-toi donc...

Georges. Je serai bref... donne-moi d'abord un verre de vin (fl terni son verre , Haimbault hésite ; Georges tend toujours k bras , Haimbault se décide). Tu no bois pas!... à ton aiso. . (Il boit.) Ce vin est assez bon.

raimbaolt, oufe impatience Tu parleras enfin...

Georges. M’v voici. . Sois sans inquiétude, d’ici je vois aù bout de la grande allée... on ne peut nous surprendre: je commence...

H y a environ dix ans qu’en t’aidant...

bmmbault. Georges 1 !.. .

Georges. Tu ne veux pos que je te rappelle le service que je l’ai rendu jadis... Soit. . aussi bien tu sais cela comme moi . Quoi qu’il en soit, de cette époque date ta fortune et la mienne (quand tu m’auras rendu tes comptes)... mais tu nous dis riches, je te crois. Depoi' cette époque nous ne nous sommes pas quittés , toi jouant le petit maître, puis le financier , le spéculateur, l’homme à bonnes fortunes.. Moi.

constamment sous la livrée , et ton très-humble serviteur. A toi les salons , les boudoirs... à moi l’antiohambre et l'office... à loi les grandes dames, à moi les Marton , les Lisette.

RAtMRAia.r. Eh bien! où veux-tu en venir?

Georges. A te dire que, moi aussi , je veux savoir comment aiment les grandes dames, qu'en un mot il est temps que les rôles changent.

raimbaclt. Misérable ! !

georges. Oh!... de l'emportement... lu sais que le docteur te défend de le mettre en colère...

raimbaclt. As-tu bien réfléchi à ce que tu viens de me dire?...

geohges. Très-longuement... et je tiens à ce qu'il en soit ainsi. Grâce à mes petits talents calligraphiques, nous avons acquis une fortune. . honorable, dont seul tu jouis... car, sous prétexte de nous arrondir, tu me refuserais... le nécessaire. Il esl temps, le dis-je, que cela finisse... Que diable, mon cher, ô chacun son tour.

raimbaclt. Malheureux ! ! .. mais c’est notre ruine que tu médites sans y songer... Comment veux-tu qu’aux yeux de tous... je devienne...

GEoaeEs, riant. Mon valet... Le fait est que la chose pourrait sembler singulière., et tu m'as cru assez sot... Allons donc, mon cher... mais après Paris,... Bordeaux... Lyon. . Londres; si tu le préfères... écoule-moi. - nous sommes inséparables... un pacte nous lie, moi seul puis le rompre,., d’on mot , d'un geste... frac... plus de considération , d'honneurs... M. Raimbautt redevient...

raimbaclt. Silence ! !.

Georges. A mon tour je veux être heureux.

raimbaclt. Eh bien, (varie, que veux-tu?...

de l’argent., beaucoup d’argent ; mais, pour Dieu! renonce à cette folie, qui détruirait a jamais nuire avenir, notre fortune.

georgks , riant. Comme te voilà en émoi !...

Mais ce serait donc avec bien de la peine que lu couvrirais les épaules de ce bel habit galonné?... Ce serait cependant le cas de dire que l’habit ne fait pas le... Or çà. voici mes conditions:... tu vas me compter 40, «00 francs que tu ne porteras pets au débit de notre compte courant, 10,000 francs dont je pourrai disposer à ma fantaisie , et à cette condition je t’accorde... six mois. D’ici là, tu auras le temps d'en finir avec ce respectable M. Morin , ton jobard d'ami, dont lu convoites la fortune.

raimbaclt. 10,000 francs? Tu es fooL..

Songes donc à l'importance de cette somme.

georges. J'ai besoin de cette somme... j'ai, à part l'association, une spéculation à taire...

haimbault, à part. Allons, il faut gagner du temps. (Haut.) Eh bien ! va donc pour 40,000 francs; mais demain... dans quelques jours. . J’ni remis à mon agent do change toutes les valeurs dont je pouvais disposer. Tu dois coni prendre...

georges , pendant qu’il parle , il rétablit le couvert. Ton agent de change... Pourquoi toujours parler ainsi. .. Ne pourrais-tu dire noire agent de change... Il faut te défaire de ces locutions inusitées entre associés. Pour en finir, il me faut celle somme ce soir. (Lui montrant la laUe.) Regarde, il n'y parait plus (Il jette la bouteille vide par la fenêtre.) Ce pâté est un peu moins garni et voila tout.

raimbaclt. Je ne puis emprunter cette somme...

georges. Les 40,000 francs avant le dîner. .

ou je l’apporte la livrée au dessert.

raimbaclt , à pari. Oh ! décidément il faut que je me débarrasse de cet homme.

georges. Es-tu déridé?

raimbaclt. Eh bien'.... tu auras cet argent... georges. C’est heureux... te voilà encore pour six mois le spéculateur à la mode..., l'heureux, le sémillant Raimbaolt..., et moi... son trèshumble serviteur. . On vient... àchacun ses prérogatives... Pense à l’heure du dîner.

(Il »ort.)

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