SCÈNE IV
RAIMBAOLT, seul.
raimbaclt, s'asseyant. Oui ... tu seras satisfait cette fois encore... mais je saurai, maître
fourbe . employer convenablement les six mois que je viens de vous acheter... Pourquoi me suis-je mis sous la dépendance de cet homme ? quand, sans ses exigences oui m’inquiètent, tout marcherait si bien au gré de mes désirs... C’est une bizarre destinée que la mienne. . Il y a deux ans. je me fais présenterai! bonhomme Morin... j'avms alors le désir déplaire à sa tille, aujourd'hui Duvernav... la dot était ronde, et devenir l’époux de Céline me semblait alors un coup de maître. Heureusement, ce garnement de Georges me fit voir que me marier était couper court à mes spéculations... en un mot me rouler... Puis, appuyant ses raisonnements de considérations sur le chapitre des informations, etc., etc., il finit par me faire convenir que mieux valait s'approprier l’équivalent de la dot et laisser la femme. Je tournai alors mes vues vers la belle maman, cette fière et vive Amélie, que I amour de son époux sexagénaire est bien loin de rendre heureuse. . A force de soins, de tendres égards, elle finit par partager ma feinte passion , et je parvins à ramener pas a pas à so compromettre assez pour qu’elle soit entièrement dans ma dépendance... Oh! dès lors je devins l'ainide la maison, le confident du vieux Morin , en un mot, l'homme indispensable... et j'ai su profiter de la position. — Mais voyez la bizarrerie du cœur humain. Celle petite fille, cette Céline que jadis je voyais n’un œil indifférent... eh! bien... ie l'aime maintenant... oui, je l’aime... et la posséder serait pour moi le suprême bonheur... Oh! J’y parviendrai... Cependant d'autres projets fermentent dans mon cerveau.. Cette orpheline sans famille . quelcrirhcM. Maurice adopta, et dont il veut faire son héritière... devenir son époux serait couronner dignement l'œuvre de ma forlune. M. Maurice est jeune encore, il est vrai ; mais qu’importe... Allons, la partie pst bravement engagée... j’espère bien la gagner sur tous les points... La voici , si j’osais...
SCÈNF, V.'
ANNA, HAIMBAULT.
(Aima rntrr m là lointain par la porte ilr droite )
anna, appelant. Marie'... Marie!... êtes-vous la? Vous ne répondez pas... Allons, je me serai trompée...
rumbault , bas. Pauvre enfant...
anna. Ah! vous êtes là... Eh bien! méchante, |iourquoi donc ne pas me répondre?... C’est mal... Je ne vous reconnais pas là... (Dans ce moment ses moins rencontrent celles de Haintbault.) Ah ! vous me payerez ces malices... (flejelnnt la main , et avec terreur.) Ce n'est pas Marie...
raimhault. Non. ce n’est pas Marie, mais un ami tout aussi dévoué.
anna. Monsieur Raimbaultl... Pardonnezmoi , monsieur, mais je dois . .
( Elle sent rentrer.)
raimrault. Pourquoi ces craintes, ne suis-je
pas l'ami intime des personnes qui habitent cette maison ?
anna, hésitant. Oui... vous avezraison, monsieur... mais... (A part.) Je ne sais pourquoi... malgré moi... cette voix...
hvimb utt. Pourquoi ne pas croire à une amitié sincère de ma part , moi que votre position a si vivement impressionné, et qui serais si heureux de pouvoir vous être utile.
AS'Yi , à part. Allons, je suis une folle. (Haut.) Oui, je vous crois, monsieur ; car tout le monde vous aime ici , on vous dit bon , serviable ; mais ce# services que vous m’offrez , à moi, pauvre fille orpheline et aveugle... en quoi peuvent-ils cousistcr, si ce n’est à m’indiquer un siège ou à me remettre quelquefois sur mon chemin?...
raimbault. One dites-vous? n'en est-il de plus importants?
anna. Ceux-là, monsieur, je les attends de mon bon ami , de mon père , car il en est un pour moi, de M. Maurice enfin.
raimbault. Il vous aime tendrement, et vous lui devez une reconnaissance sans bornes...
mais... il est de ces affections qui effacent toutes les autres , et c’est alors qu’il est doux... axxa. Je ne vous comprends plus, monsieur...
HAiMBAiLT. Moi... je crains de m'expliquer plus clairement... et cependant... si vous permettiez...
ax'X'a. Vous voyez bien que je vous écoute.
HAiMUAULT. Eli bien'... l’idée de faire choix d’un époux...
axna. Monsieur ! ! ( Elle se remet , et soupire.) l'n époux... (fii'anl.) Allons, je vois que vous voulez vous amuser... ce n’e?l pas charitable à vous... Oh! pas d'excuses... Savez-vous, que vous êtes bien heureux d’être l'ami des personnes qm habitent cette maison... Oui, monsieur, car une telle question faite par tout autre m'eût semblée une moquerie, cl m'eût sérieusement fâchée... J’aime mieux en rire.
HAiMR tuLT, à part. Elle est charmante. (Haut.) Mais pourquoi rire d’une chose qui , au risque de vous fâcher, est dite sérieusement... Veuillez m’entendre.
a xx A. Décidément vous voulez me mettre en colère...
baimhaclt Daignez m’enlendre, vous dis-je, je vous en prie.