‹ Pauvre aveugle drame en trois actes et en proseChapitre 27 sur 34 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

RAMBAULT, GEORGES.

EAiniAULT , jetant sa plume avec ilépit. Décidément, je ne puis travailler en matin... Malgré moi, une inquiétude vague, et dont jo ne puis comprendre la cause, s’est emparée de mon esprit... C'est è n’y pas tenir.

Georges. Je pourrais... t’expliquer les motifs de celte inquiétude...

rusbailt. Oh! lu vas me parler de cet avocat .. de ses projets de poursuites.... de ma cousine... de la possibilité d élre reconnu; que sais-je ? Tu deviens assommant...

Georges. Eh ! oh ! 1 affaire mérite bien la peine d’y songer un peu... et j’y songe... beaucoup même...

UliUUT. Poltron! ce n'est pas là ce qui me tourmente. A la première attaque sérieuse, des chevaux de poste m’auront bientôt mis hors de la portée de ce beau parleur... Ma fortune n’estelle pas en portefeuille?

geobges. Des chevaux de poste m’auront bienlét mis... ma fortune en portefeuille... décidément, il faut renoncer à celte manière de l’exprimer.. elle est ridicule en diable ; ne peux-tu donc parlée au pluriel , et dire notre fortune, etc.... En vérité, je ne te comprends plus.

ïAMtACLT. Eh bien! soit , ^Jotre fortune...

Due veux-tu , l’habitude.

oeosc.es. Oui... l’habitude de... [Il fait le signe de prendre.) C’est une seconde nature.. Rais, que veux-tu, ça me contrarie. Pour en revenir aux chevaux de poste, je i>ense qu’il serait prudent d ’en faire usage sans plus attendre.

kaimsaclt. Nous arrétor en si beau chemin ?

lorsque dans un an... au plus, je suis... nous sommes millionnaires.

Georges. La chose est possible... mais il se pourrait aussi (jue dans vingt-quatre heures, le voyage s'effectuât sur la route de Brest .. ou sur celle qui conduit à Toulon.

baihbaitlt , avec colère. Georges ! !

oeoboes. Oh! pas d’emportement... sois philosophe. Prends modèle sur moi... J'ai peur... c’est vrai, mais je suis calme .. écoute-moi donc. . Depuis le jour où je t’aidai a substituer à celui de ta cousine , dans ce fameux u^Ment. nous ne nous sommes pas quittés. La journée faite, déposant la livrée |>our la redingote a la propriétaire . j’eus le loisir d’aller faire la poule dans tel ou toi estaminet de mon choix...

Oh! tu ne m'as jamais contrarié en rien, je le sais; mais , je te l’ai dit hier, et je te le redis ce matin , ces avantages ne peuvent balancer les

inquiétudes qui me pourchassent Eh! que

veux-tu? on se fait vieux... on se sent un certain besoin de repos...

raimbaclt. Mais où veux-lu en venir!

geobuks. La chose est simple, et se voit tous les jours. Nous somme# associés, je désire me retirer des affaires ..Tu veux les continuer. Ce à quoi je ne m’oppose nullement... je te rède le fonds pour rien... donne- moi ma part des bénéfices, et bonne chance...

baimbuilt. Allons, lu es fou...

oeoboes. La raison de commerce restera la même , nous ne ferons pas de circulaire pour annoncer la dissolution de la société. Ainsi tu n’y perdras rien.

bmmbai i.t Tu me fais pitié.

geobges. Tu y gagneras un corres|»jndant à l’étranger.

RAiyBU'LT. En vérité, je ne te reconnais plus . Donne-moi au moins le temps de réaliser mes actions des mines.

geobges. Tu me fais rire avec les mines...

Elles sont é' entées, mon cher... Non , mille fois non , je ne vis plus, je ne dors plus... je mange encore, mais fort peu ; ce qui me détériore en diable. Ainsi rompons .. cet aiocat me trotte d’une manière fort désagréable dans l’esprit.

baihbaci.t. Ht si sur cette reconnaissance, que tu crains tant, je fondais mes plus belles espérances de fortune?...

geobges. A mon tour je le dirais:... Tu es fou...

baimbaclt. Suis bien mon raisonnement.

Si les craintes sont fondées , si jo suis reconnu , j’ai l’air de me repenLir, et pour tout concilier, j’épouse Anna, qui , par suite de l'adoption de M. Maurice, sera très riche. M. Maurice y consentira... Si, au contraire, on me laisse mon nom de Raimbault.je la demande à son pore adoptif, et l'épouse sous ce nom de Raimbault, ce qui revient au même Tu vois bien que de toutes manières les craintes sont puériles, et que tu n'as aucun motif pour vouloir que je le remette, dès aujourd’hui, une somme qui m empêcherait de donner cours à mes opérations de Bourse, somme qu'en un jour je puis réaliser, si le ras l'exigeait.

Georges. Très-bien... Parfait; et je t’admire .. mais je n'en demande pas moins In dissolution de la société... Duc veux-tu? Je suis décidément atteint d'une maladie dont on ne guérit pas. .. la peur. ,

raimkailt. Oui, le mal de la peur... Sol... I (Coup de sonnette.) On sonne.

ukoiic.es. J’ai fort bien entendu... yua décides lu ?

kaimhallt. Encore une fois, on sonne : faudra-t-il que moi-inème. . .

gkorges. Voyez le grand mal... Tu connais mon ultimatum : quel est le lien ?

raimhailt. El» bien! puisqu'il le faut, ce soir lu seras libre.

ueurgks. A celle condition, je reprends la livrée.

(Il va oavrtr.)

humbu lt. Oh! oui , ce soir, maître sot, vous aurez de mes nouvelles; je saurai bien trouver le moyen de me débarrasser de vous.

okoroks , rentrant et à voix basse. L'avocat Maurice!... faut-il ouvrir?

haimb.u lt. Lui!!... Fais cnlrer. ( Georges sort.) ... Maurice! Que» peut-il me vouloir?... Allons, de l’audace...

ukorges, annonçant. Monsieur Maurice... ( A pari.) ie vais tout disposer pour mon dépait.

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