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LES BONS SENTIMENTS DE L' ARCHEVEQUE

Ne semblent pas plus sots que nos gens en écbarpe. Quant à l'Enfer, le plus méchant de tous les dieux N'en saurait avoir un qui fonctionne mieux ; Et je ne conçois pas, en quittant cet empire, Où l'on pourrait trouver une demeure pire. Car il vaut mieux cent fois, pour un bon citoyen, [. Etre cuit, comme un veau, qu? enchaîné, comme un chien ; Baiser l'ergot d'un diable, au bord d'une chaudière,

Que la botte d'un prince, au château de Ferrière :

■ Mieux vaut rôtir au feu de Satan, roi des rois,

Que pourrir au fumier de Napoléon-trois.

Supplice de la mort, supplice de la vie,

Le meilleur est encor celui qui purifie.

Priez donc, bonnes gens, pour ce bonze chrétien,

Qui vécut soixante ans très-mal, et mourut bien.

Deux fois esclave, étant bonapartiste et prêtre,

Le pauvre homme sourit voyant la mort paraître.

La douce mort ! pour lui c'était la liberté

Brisant le double joug qu'il avait accepté ;

Il couvrit de baisers les mains de la déesse. Plaignant l'Eglise en joie, et l'Empire en liesse, Il retrouva son âme au seuil du monument, Et son dernier mot fut son meilleur mandement.

Paris, 17 janvier 1863.

Air de Mimi Pinson.

Non, la jeunesse n'est pas morte!

Dans sa colère, elle a surgi ; Que César garde bien sa porte :

Le jeune lion a rugi !

Vous riez, parce qu'il sommeille,

Penez garde qu'un beau matin

Il ne s'éveille !

Il ne dort que sur une oreille, Le lion du quartier latin.

L'étudiant, c'est l'avant-garde Qui conduit au feu l'ouvrier ; Il n'a pas perdu la cocarde De Juillet et de Février.

Darcole, Vanneau, noble race, Qui combattiez d'un bras certain

Les rois en face, Il bondira sur votre trace, Le lion du quartier latin.

Dans la nuit qui te couvre, ô France, 11 cherche à tâtons l'ennemi ; Nuit de quatorze ans, nuit immense !

Pardonne-lui d'avoir dormi ;

Mais vois, à la première aurore, Comme, fidèle à ton destin,

Il flaire encore Celui que tu veux qu'il dévore, Le lion du quartier latin.

Riboteurs de la grande orgie, Au fond du bouge impérial, Le jour fait pâlir la bougie De votre nuit de carnaval.

L'aigle a la mine effarouchée ; Il prendra cet aigle hautain

Et sa nichée, Et n'en fera qu'une bouchée, Le lion du quartier latin.

Si jamais cette gent aiglonne Jusque chez nous vient nous braver ; A l'Odéon, à la Sorbonne,

Si leur cynisme vient baver ; Le vieux Nisard, qui moralise, Le jeune About, ce calotin

De votre Eglise, Verront s'il faut qu'on le méprise, Le lion du quartier latin.

Las de vos trompeuses paroles, Le Peuple, au Moniteur qui ment, Jette par la voix des Ecoles Un troisième avertissement.

Désabusé de votre frime, Il montera sur l'Aventin,

Lui qu'on opprime, Et lâchera sur votre crime Le lion du quartier latin.

Pauvre lion, cinq rois, à peine, Qu'en ce siècle il a dévorés,

(Court régal pour sa longue haine), Sont depuis longtemps digérés.

Il est temps qu'il meure ou qu'il parte Celui qui du dernier festin

Paiera la carte.

Il veut manger du Bonaparte, Le lion du quartier latin !

Je te vénère, ô France, et je t'aime, ô patrie !

Oui, je vénère encor ta majesté flétrie.

France adultère, j'ai pour toi l'amour jaloux

Qui torture le cœur du véritable époux.

Je crois en toi, j'ai foi dans ton puissant génie,

Et je t'embrasse encor dans ton ignominie.

Je t'embrasse en pleurant; puissé-je sur ton front

Verser assez de pleurs pour laver ton affront !

Je brave le danger ; l'horreur, je la surmonte ,

Pour te chercher encor jusqu'au fond de ta honte.

Non, je n'imite pas ces gens de peu de foi,

O France, qui déjà désespèrent de toi,

Et des Césars français craignant la descendance,

Parlent de bas-empire ou bien de décadence.

Cet empire n'est pas un empire romain.

Il fait nuit maintenant; il fera jour demain.

Je sens battre ton cœur, je sens vivre ton âme,

Bientôt tu t'armeras pour punir un infâme ;

Mais ne perds pas de temps! Dresse, puisqu'il le faut,

Pour le dernier tyran, le dernier échafaud.

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