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PREFACE. XXI

valent mes vers ; et qu'importe cela? il s'agit bien vraiment de renommée littéraire ! il s'agit de délivrer la France !

Il faut que la lumière se fasse sur ce ténébreux empire; que chacun dise un mot, apporte un fait, que chacun écoute ce qui lui est dit de bonne foi, et quand tout le monde saura, tout le monde haïra. Écoute-moi donc en vers aujourd'hui, tu m'entendras en prose demain; aujourd'hui, comme demain, comme plus tard, comme toujours, je ferai ce que je pourrai pour répandre la vérité.

La haine du despotisme m'a fait écrire , la haine du despotisme me donnera des lecteurs. Sans cela je n'aurais pas espéré vaincre la répugnance légitime du public pour un écrit en vers. Je dis légitime, car le public sait que dans ce siècle, comme dans les plus féconds, on compte à peine deux ou trois grands poètes, une dixaine tout au plus de poètes de second ordre, cinq ou six cents poètes de profession, et quarante mille poètes-amateurs (un par commune), faisant des vers comme le Huron

PREFACE

en faisait pour sa Huronne, et faisant de la poésie comme la femme de mon sous-préfet sait faire de la musique; je comprends dans ce calcul les cin qcents poëtes officiels cités dans le recueil du Père Lesguillon, et je m'explique la répugnance du public pour les vers. Quant à moi, j'espère que tu me liras parce que j'ai enchâssé dans mes vers quelques-unes des figures de l'Empire, et conservé le souvenir de certains faits que tu désires connaître. J'ai sculpté des monstres et conservé des fœtus et embaumé des embryons, j'ai fait de la moulure pathologique, je t'ouvre le musée Dupuytren de la politique contemporaine, je veux que tu sortes de là épouvanté, et préservé. Cette série de tableaux satiriques (1) est une revue des maux qui désolent la

(1) Deux de ces pièces (Plus heureux qu'un roi et Le lion du qartier latin) répandues en France par la presse clandestine, ont donné lieu à des poursuites contre les colporteurs et même contre les porteurs ou expéditeurs d'un seul exemplaire ; un d'eux a été condamné à trois mois de prison.

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France, sous le régime actuel ; si le spectacle t'intéresse, je te donnerai une seconde représentation; ceci n'est que le premier tableau; les pièces militaires en ont d'ordinaire douze ou quinze.

Je crois, dussé-je contredire le législateur du Parnasse, que la poésie sans être sublime peut être un puissant instrument de vulgarisation ; j'ai même, sur l'art inférieur, une théorie que je t'exposerai peut-être un jour. Pour aujourd'hui, je ne te rendrai pas d'autres comptes. Il me reste à justifier en deux mots mon titre et ma dédicace.

J'ai dédié mon livre à la mémoire d'un honnête homme et d'un bon citoyen, qui a combattu, en 1851, la rébellion bonapartiste et défendu la République contre les factieux. Dans un temps où la morale publique est à peine fondée, où la conscience publique est presque nulle, les hommes sont rares qui savent aimer la justice jusqu'à la mort, et pousser jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au sacrifice de la vie, l'accomplissement des devoirs de la vie pu-

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