‹ Pays d'ouestChapitre 1 sur 13 · MANON, FANCHON ET JEANNETON · texte numérisé non relu

MANON, FANCHON ET JEANNETON

Manon, Fanchon et Jeanneton, les trois vieilles filles, vieilles à peu près d'un siècle chacune, demeurent en un vis-à-vis de triangle, au bord de la petite rue tournante en colimaçon, à l'ombre du château féodal en ruines, dans la petite ville de Basse-Normandie. Elles passent ensemble leur vie, hormis les heures de leur sommeil léger, si court, interrompu à pointe d'aube. Vite levées, maigres et agiles, trottinant à pas menus malgré l'âge, le dos cassé, la tête chaque jour davantage penchée vers le sol, elles ont bientôt fait de ranimer les braises, de chauffer l'eau, le lait, de moudre le café. Elles paraissent, toutes trois en même temps, sur

le pas de leurs portes, sous l'auvent de leurs si petites maisons, tout juste grandes pour elles, pour leur ménage de vieilles poupées. Elles tiennent toutes trois en leurs mains sèches l'écuelle emplie jusqu'au ras de café au lait, de pain gonflé, de crème. Elles rient au jour, à leurs bicoques, à leur petite rue contournée, à l'ombre du château, elles se rient l'une à l'autre, s'asseoient sur leur seuil, mangent, satisfaites. C'est un des bons moments de la journée.

Rentrées du même mouvement, la porte et la croisée ouvertes, elles vont, viennent, s'agitent, balaient le sol, frottent le litarmoire, la table, le fauteuil de paille, le métier, lavent l'assiette, l'écuelle, la casserole, s'acharnent à tout faire briller, et de temps à autre passent leur tête en coiffe blanche à la lucarne, s'interpellent. Puis, tout de suite installées à leur métier, dans la lumière, la face attentive, les mains adroites.

Au premier coup de onze heures, trois sursauts, et la dînette du matin recom-

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