PECHE A LA LIGNE
Dimanche, au bord de la Garonne, un peu audessous de l'Embouchure. Sous le ciel bas, dans l'air glacé, la rivière fuit, brusque, bientôt disparue en aval dans une montée de brume noire. Au milieu, en plein courant, une barque est arrêtée, une barque étroite , effilée , pointue des deux bouts : un garrabot. Sur la barque deux figures se tiennent immobiles, deux cabans avec le capuchon baissé. Un des cabans tient un roseau; il pêche; long roseau, longue ligne flottante qu'il faut relever de minute en minute, jusqu'à ce qu'elle soit tendue de nouveau par le courant. L'autre est assis; plié en deux, le menton dans la main, il regarde. Chaque minute c'est la même manœuvre et le même résultat. Rien de pris. Et sans doute les deux pêcheurs sont là depuis
l'aube, les mains offertes à l'onglée, le nez au vent de bise. Ils espèrent. Quand l'un des deux ne peut plus serrer le roseau, l'autre le remplace. Et ce sera ainsi jusqu'au soir.
Ce ne sont pas des pêcheurs de profession.
Ils pèchent pour leur plaisir.
Toulouse, 23 janvier.