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DU BLANC ET DU BLEU

Le long du Tescou ; une journée claire, blanche, toute criblée de rayons. L'air est vif, mais dans la coupure de la rivière, à l'abri du vent, le soleil de midi tiédit l'herbe, révèle les violettes aux creux de la berge. Au fond, l'eau chantonne , abondante , un peu trouble , entre les bordures pâles des vergnes et des peupliers. C'est le tout premier printemps. On ne le voit pas, on le devine, on le flaire. Il se pressent au rajeunissement de l'herbe, au gonflement des menues branches des peupliers. La sève monte; quelques arbres plus avancés portent déjà leurs chenilles rouges; des bourgeons éclatent; les écailles fleurissent l'herbe rase de leur pluie jaune parfumée d'encens. Les violettes foisonnent; il y en a davantage à mesure que je m'éloigne de la ville...

Un buisson d'épine blanche m'arrête; l'épine est en fleur ; les branchettes minces sont habil-

lées de blanc, et à travers les fûts des peupliers presque blancs aussi, luisants de sève, blanc sur blanc, le ciel monte, un ciel laiteux, d'une suavité incomparable.

Un éboulis m'oblige à grimper jusqu'au sommet de la berge. De là-haut, un morceau de vallée se découvre; de jeunes blés très tendres s'étalent bornés par des vignes en pentes, par des bosquets en terrasse.. .

Une fumée violette court à la cime des ormeaux ; des amandiers boutonnent... Le crépi d'une maison luit comme un bouquet à travers les branches.

Et voici qu'un peu de vent se lève ; un souffle léger qui éparpille à terre les semences des ormeaux, les chenilles des peupliers.

Le jeune blé frémit sous la caresse délicate, et en se courbant, pour la première fois de l'année peut-être — les tiges sont encore si courtes ! — il rend une musique frêle, entendue seulement de tout près, l'oreille au niveau de l'herbe.

Montauban, 21 mars.

SONNERIE DE VEPRES.

Le calme d'une après-midi de février, à la campagne. Des cloches sonnent les vêpres; on voit le clocher haut perché sur la cime d'un coteau. Plus près, dans une combe humide où les perceneige font des traînées blanches sur l'herbe irisée par l'hiver, un merle flûte à la lisière d'un bois. Un bruit d'eau vive, la chute sur les cailloux d'un ruisselet printanier, accompagne la musique du merle.

Puis, c'est l'appel prolongé d'un cornet à bouquin, qui vient d'un hameau; à deux ou trois reprises, longuement, la corne envoie son appel; et, dès que la corne s'est tue, tout de suite, une clarinette se fait entendre. Ce sont les jeunes gens de l'endroit qui s'amusent; la corne était pour appeler les filles à la danse, et aussitôt les danseuses arrivées, les voilà qui tournent au son de la clarinette. Et tant qu'il fera jour, la clarinette débitera sans discontinuer les quadrilles et les polkas...

Puis à la nuit tombante, les danseurs feront la conduite à leurs danseuses; deux par deux, ils s'en iront à travers les prairies et les bois, le long des sentiers fleuris de perce-neige.

Varennes, 22 février.

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