LES FILS DE LA VIERGE
Une fée laborieuse les a tissés cette nuit. La terre en est toute vêtue. C'est comme une trame
blanche, à larges mailles, qui flotte à la pointe de l'herbe. A chaque fil, la rosée a suspendu ses colliers de diamants. Des ruisseaux, des rivières de pierreries ont coulé, noyant les prairies et les chaumes.
Puis, le mystère de l'aube s'est fané. La princesse matinale à la robe brodée s'est réfugiée dans l'obscurité des taillis. Les pierreries se sont évaporées : la source des diamants a tari dans un baiser du soleil.
Ce n'est plus maintenant que de la soie, de la soie vivante qui palpite, qui s'effile au moindre souffle.
Sur les rudes labours, sur les chaumes flétris, sur les vignes dépouillées, il flotte, le manteau de beauté, le vêtement illusoire.
La décadence de la saison, l'agonie de l'herbe et des plantes s'enveloppe de cette grâce suprême.
• C'est comme un suaire délicat, un linceul précieux sur les choses qui vont mourir.