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PLEINE LUNE

Nous entrons dans la châtaigneraie. Sous la lune, les feuilles luisent, ruisselantes, au-dessus du chemin qui s'enfonce en voûte légère dans les arbres.

De haut, à peine obliques, les rayons tombent à larges nappes, se prolongent jusqu'au sol de la vallée; un morceau de taillis, une tête d'arbre, émergent seuls de l'obscurité des fonds.

Nous descendons la pente d'une gorge rocheuse. Un bruit d'eau courante accompagne notre marche; en minuscules cascatelles, le ruisseau s'épanche, obscur, entre les racines des châtaigniers et les bancs de granit. Le sentier franchit un gué, coupe dans un fourré, traverse un champ de seigle, débouche dans une friche. Quelques pas encore dans la brousse, et toute la combe se révèle : une dégringolade à pic de rochers et de broussailles, la lisière d'un bois, un champ de genêts; et, en face , rien qu'une muraille noire , une coulée épaisse, d'un seul bloc, avec, au sommet, la face luisante de la lune qui regarde.

Silence... Des eaux bruissent lointaines dans le pli du ravin, et pendant que nous écoutons leur vague musique, un rossignol en bas, loin de nous, au bord du ruisseau sans doute, commence à chanter...

Doucement, puis plus fort, de tout son cœur; et la combe, la vallée, le pays, s'emplissent peu à peu de la toute-puissante, de la divine mélodie.

Les Pesquiers, 17 mai.

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