‹ Pays et paysagesChapitre 50 sur 58 · JARDIN SEUL · texte numérisé non relu

JARDIN SEUL

A la montée de Cabarieu. De petites maisons toutes pareilles, basses, avec leur portail à clairevoie, leur allée de platanes ou de cyprès. Du côté de la route, en vue des passants, la bâtisse s'enjolive d'un soupçon de couleur, d'un rien en terre cuite; l'autre visage, tourné vers la campagne, est tout à fait fruste : une façade de terre crue, gercée, crevassée comme une figure de paysan. Un peu de vie humaine remue de ce côté. La décuvaison envoie vers le soleil pâle, avec un bruit de paroles, la résonnance des futailles, la gaieté du vin qui fume, la danse grise des moucherons sur le noir de la porte grande ouverte.

Mais, vers 1a route, c'est le silence, la solitude. La maison est fermée, les volets clos sur les chambres vides. Et plus vide encore, plu solitaire, apparaît le jardin.

Oh ! la voûte éclaircie, la voûte sans mystère de la charmille, et la pelouse, écrasée naguère par

les jeux des tout petits, la pelouse, déserte maintenant, où les scabieuses refleurissent...

Le jardin s'ennuie. La charmille est triste de ne plus entendre les amoureux, le banc languit du roman commencé, lu à demi-voix, par la jeune fille.

Seul habitant du jardin, le rouge-gorge, arrivé d'hier, rôde le long des allées, à la lisière des massifs. Il chante. Oh! la chanson de cristal brisé! Un chant où il y a un peu des larmes froides de la rosée dans l'herbe automnale, un peu des éclats de rire lointains des vacances : des fusées grêles qui tombent dans du silence.

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