‹ Pays et paysagesChapitre 56 sur 58 · CRÉPUSCULE D'AOUT · texte numérisé non relu

CRÉPUSCULE D'AOUT

La dernière heure d'une longue, d'une implacable journée de soleil. Il a disparu enfin ; il a abdiqué à regret, secouant ses flèches du haut de la colline. Il a disparu; mais l'incendie dure encore. La cour que je traverse est brûlante, d'une chaleur enfermée d'alcôve ; les platanes laissent pendre, tels des bras fatigués, leurs frondaisons immobiles.

Dehors, sur la routé, il fait grand jour. On dirait que la terre imbibée, saturée de rayons, renvoie à son tour du soleil.

Les cigales chantent, aussi âpres qu'en plein

midi; leur chanson emplit la cour, le jardin, la campagne.

Je descends vers la rivière. D'un vert pâle, transparent, elle repose entre les verdures alanguies ; des mouvements souples se propagent à la surface; des orbes se nouent et se dénouent, comme des écharpes de baigneuses invisibles...

La beauté du couchant transfigure la rivière.

Et le coteau est transfiguré, lui aussi.

La terre, les arbres, l'herbe, tout baigne dans l'or, un or fluide, d'une suavité jamais vue, jamais sentie.

C'est comme un pays nouveau devant moi, une autre terre, un autre ciel, quelque chose qui n'est pas le jour et qui est plus beau que le jour.

Et invinciblement je pense à Tau delà, à ce que nous verrons, peut-être, de l'autre côté de la mort.

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